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La chronique de A Merad

Quand Djemaï veut combattre l’affairisme…

13 juin 2019 à 8 h 07 min

Les résistances au hirak sont nombreuses et sournoises. Elles maintiennent en tout cas vaille que vaille le système dans son fondement d’abord, dans son fonctionnement ensuite à travers ses multiples tentacules. Elles lui donnent l’aspect d’un prolongement de son activité, de sa vitalité.

Ces résistances au changement peuvent intervenir à plusieurs niveaux. Dans l’administration, dans les services de sécurité, dans certains médias dont la ligne éditoriale tourne avec le vent. Mais on les retrouve surtout très fortement implantées dans les partis qui ont servi la sinistre alliance présidentielle de Bouteflika.

Cet aréopage composé de quatre formations qui se détestent par-dessus tout et que le peuple a complètement rejeté pour avoir été un vulgaire collectif de mensonge et de trafic d’influence menant à l’état de délabrement du pays, refuse d’abdiquer. Il s’agite plutôt avec cet espoir de voir la situation se «normaliser» en faveur d’un statu quo synonyme d’une miraculeuse réhabilitation. Le FLN comme chef de file est le parti qui se démène le plus pour tenter de revenir dans le jeu sans trop de fracas. Depuis qu’il a été intronisé à la tête du parti, le nouveau secrétaire général ne cesse de réaffirmer des positions de principe alignées sur les thèses du pouvoir militaire.

Pour lui, si changement il y aura, il devrait forcément emprunter la marche à suivre tracée par la grande muette. Sinon, ce serait non jouable. Le salut qui passe par les résolutions d’AGS. Une prospective qui offrira à son parti les garanties d’une résurrection débarrassée de ses scories.

Tout est donc dit à ciel ouvert. Sans la moindre hésitation. Dans les mœurs, dirions-nous, de cette culture d’allégeance qui fait qu’entre le vieux parti et le pouvoir dominant il y a toujours une histoire passionnée… d’intérêts réciproques. Pour le moment, le FLN est à la recherche de son troisième souffle pour sortir de l’abîme dans lequel le mouvement révolutionnaire l’a poussé. Il cherche la méthode idoine pour plaire aux deux camps.

Toute une alchimie pour soutenir le diktat de l’armée et en même temps se solidariser avec les revendications du peuple. Le nouveau patron du FLN sait qu’il doit être très habile dans la communication pour réaliser une opération aussi délicate dans une logique d’incompatibilité absolument insoutenable. Il a ainsi recours à ses réflexes calculateurs pour retrouver d’abord une virginité dans le monde politique, et montrer que sous sa conduite les choses seront autrement…

Le discours à forte charge populiste qu’il avait adressé à ses militants lors de son installation va dans ce sens. Il fallait créer une atmosphère émotionnelle forte pour installer la nouvelle figure devant traduire la rupture avec la précédente équipe dirigeante vite vouée aux gémonies. Djemaï eut alors cette géniale idée de demander pardon au peuple algérien pour absoudre toutes les fautes commises par le FLN.

C’est la première fois dans l’histoire politique algérienne qu’un parti se soumet à cette épreuve psychologique pour expier publiquement ses… péchés. Car, aux yeux du nouveau dirigeant, le FLN d’avant a fauté et a même trahi ses engagements vis-à-vis du peuple et du pays.

Et que par conséquent il fallait lui ouvrir une nouvelle page où la moralisation de la vie partisane serait au centre des préoccupations. D’un trait de langage, il a voulu effacer soixante années de concussion, de permissivité, de marchandages en tous genres qui ont fait du FLN le parti le plus sordide de la classe politique qui a accompagné volontairement toutes les dérives du système. La FLN, parti affairiste au sens le plus bas du terme, parti de la répression, parti de la fraude, parti où le népotisme a fait des ravages et où le clanisme a fait fureur.

Comment réhabiliter cette image auprès de la population et la transformer par un claquement de doigts alors que le FLN refuse à ce jour de tirer les leçons de son échec en retombant dans les mêmes travers, les mêmes pratiques, les mêmes formules d’obséquiosité pour se frayer une place sous le parapluie des puissants. Djemaï a tenté d’émouvoir avec sa théorie du pardon, mais il oublie de dire qu’il fait partie des hommes-clés qui ont mené le parti à la ruine.

Entrepreneur connu à l’est du pays où il a réussi dans les affaires de friperie, c’est avec une certaine notoriété «oligarque» qu’il a été élu avec l’assentiment d’un clan dominant qui a tout fait pour prendre la place du précédent.

Le SG qui veut donc introduire plus de rigueur dans le vieux parti où tout le monde connaît tout le monde, plus de transparence aussi, a encore omis de rappeler qu’il a été un fervent défenseur du 5e mandat de Bouteflika, et qu’il a été surtout parmi les richissimes sponsors qui avaient soutenu financièrement les campagnes du 4e mandat du Président déchu.

Il veut s’élever contre la pratique odieuse de l’argent sale qui a pénétré le parti par l’intermédiaire de la «chkara» – des sacs d’argent pour se faire élire à l’Assemblée nationale –, mais son passé de député parle pour lui lorsqu’il s’était vivement dressé contre l’adoption de la loi portant sur le payement par chèques. Impliqué lui-même dans le système de la «chkara», il a donné une piètre image de lui en tant que parlementaire.

C’est au temps fort de la gabegie régnante qu’il fallait dénoncer fortement ces traditions honteuses si les principes qu’il énonce aujourd’hui étaient réels. Le natif de Tébessa est versé dans le marché de la friperie et le commerce clandestin avec la Tunisie.

Il s’était encore, en sa qualité de député, opposé à la liquidation de ce négoce qui faisait fructifier ses affaires. Ce sont quelques traits de sa personnalité qui ne relèvent d’aucun secret, et qui autorisent à douter de la subite politique de moralisation du FLN qu’il veut introduire alors qu’il a été un acteur de premier plan dans l’agitation clanique et antidémocratique au sein de l’APN.

Alors, le nouveau patron de la formation des caciques est-il sur un nuage alors que le hirak a déjà classé le FLN et n’attend plus qu’il entre au musée de l’histoire ? C’est tout le côté surréaliste de cette confrontation entre les hommes du passé qui font de la résistance stérile juste pour survivre et les hommes du renouveau qui se battent pour une Algérie plus digne.

Que peuvent apporter encore au décor des reliques du système comme le FLN, le RND, TAJ, le MPA et tous les satellites périphériques nourris à la mamelle de la rente pour parasiter le paysage et permettre aux barons de tout contrôler ?

Que de la nuisance ! Le pouvoir militaire auquel il veulent encore s’accrocher doit se méfier de leurs offres de service. Elles ne sont jamais innocentes.


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