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Plus rien ne sera comme avant…

19 décembre 2019 à 9 h 00 min

Une chose est sûre, il y aura un après-hirak. Le poids de la mobilisation populaire sera déterminant dans la configuration sociétale à venir.

Celle-ci aura en tout cas les propriétés génétiques d’un contre-pouvoir virtuel qui gagnerait à être institutionnalisé, du moins structuré le jour où on sera dans la IIe République. En attendant, nous pouvons dire que plus rien ne sera comme par le passé pour les dirigeants (nouveaux et anciens) qui doivent désormais faire preuve de probité et de vigilance dans leur gestion avant de prétendre aux postes de responsabilité.

En faisant éclater en mille morceaux les innombrables pans de la corruption qui ont gangrené – à un degré inimaginable – toutes les institutions du pays, le mouvement insurrectionnel a établi de facto un nouveau code de conduite dans les esprits, une mise en garde sévère contre toute nouvelle tentation de dilapidation des deniers publics qui ne pourrait plus jamais bénéficier d’une quelconque impunité, partant du postulat que les voleurs seront à l’avenir mis à l’index et démasqués plus facilement par la vox populi.

Il a réussi, en tous cas, là où tous les pseudos grands projets étatiques portant sur la «moralisation de la société» ont échoué en permettant aux citoyens et citoyennes de récupérer le droit de dénoncer avec force et librement tous les abus et toutes les pratiques de malversation. Si le phénomène de la corruption a trouvé un terrain favorable pour se développer à une échelle aussi astronomique, c’est à l’évidence parce qu’il a été encouragé par ceux-là mêmes qui prétendaient vouloir le combattre, pour en faire l’instrument diabolique de domination et de perversion. Aucune couche sociale, aucune catégorie professionnelle n’ont été épargnées, du fonctionnaire à l’intellectuel, en passant par le politique, le fléau s’est répandu comme une traînée de poudre dans chaque recoin de la vie active avant de nous livrer son effarante réalité.

Des milliards et des milliards de dinars ont transité des caisses du Trésor public pour aller dans les poches d’une clientèle parasitaire et d’une oligarchie mafieuse au détriment du développement socio-économique qui souffrait pendant des années d’un manque tragique de financement. L’argent du contribuable était ainsi honteusement détourné par des bandes de voyous sans foi ni loi, alors que les écoles, les universités, les hôpitaux, les infrastructures de tous genres faisaient cruellement défaut au pays.

La saignée a fait d’horribles dégâts à l’investissement et à la relance économique porteurs de progrès social, et on se demande comment le nouveau Président procédera-t-il dans l’urgence pour remettre de l’ordre dans les secteurs stratégiques affectés par la gabegie et la prévarication, étant entendu que le facteur humain a, dans cette optique, besoin d’être sérieusement reconsidéré à partir du moment où de nouvelles valeurs éthiques et compétences sont espérées.

Si le hirak devrait désormais apprendre à faire de la politique pour se donner plus de consistance dans sa représentation, plus de rigueur dans sa position privilégiée d’interlocuteur incontournable, capable d’influer sur le projet de société nouveau qui reste à construire, il est attendu du pouvoir fraîchement installé aux commandes de libérer, en même temps que les médias publics, le champ politique dans toute sa diversité en évitant de brider sa dynamique d’opposition. En fait, il y a nécessité aujourd’hui de revoir de fond en comble le paysage politique et partisan, sachant que celui qui a prévalu jusque-là a été, dans 90% des cas, phagocyté par le pouvoir dans le but de préserver le courant dominant de la pensée unique de toute forme de concurrence.

Plus de soixante-dix partis ont été créés dans la lancée du soulèvement d’Octobre 88 qui avait donné naissance au multipartisme, non pas pour consolider une option d’ouverture politique en faveur d’un système démocratique, mais bien pour noyauter et neutraliser les quelques partis traditionnels d’opposition ayant une base sociale, et ce, dans le but évident d’asseoir l’hégémonie du courant officiel dont la matrice reste celle du parti unique. Une deuxième République d’aspiration démocratique doit fonctionner avec un champ politique dans lequel toute contrainte de manipulation serait vaine et où les partis qui ont droit de cité doivent avoir les mêmes chances d’évolution pour conforter leurs bases sociales.

L’une des priorités qu’il faut assumer pour rétablir la confiance entre le peuple et ses gouvernants a trait précisément à «l’affinage» de la sphère politique. Dans cette perspective, il faut impérativement et plus que jamais arrêter la machine propagandiste et extrêmement polluante composée des quatre partis de la «majorité présidentielle», dont le rôle était, quand ils étaient dans les grâces du sérail, de ramener le débat et la réflexion politiques à leur niveau le plus bas pour éviter aux citoyens d’avoir une ouverture d’esprit en mesure de faire contre- poids aux thèses officielles.

Plus on faisait dans l’ineptie politicienne et dans le folklore communicationnel, et plus on avait la certitude que les courants contraires aux discours du pouvoir régnant étaient maîtrisés. En gros, le canevas pour tout centraliser, tout codifier autour de la pensée dominante s’articulait autour d’une méthodologie de parasitage du paysage politique dans lequel les avis contradictoires avaient très peu de chance d’émerger. Le FLN, le RND, le MPA et TAJ ont ainsi, durant les quatre mandats des Bouteflika, régné en maîtres absolus sur la chose politique avec arrogance et surtout l’assurance d’avoir toujours raison.

Le monde politique, incarné par une opposition presque formelle, a vécu, durant les années Bouteflika, avec beaucoup de violence des situations d’humiliation et de frustration qui réduisaient l’activité de cette dernière à des postures de figuration lui permettant simplement d’exister lorsqu’elle n’était pas utilisée pour servir d’alibi à un multipartisme de façade. Il faut que cela change, et la mesure la plus salutaire pour refonder la classe politique nationale serait d’abolir à jamais les quatre sigles de «l’alliance présidentielle» qui ont trempé dans la corruption et la concussion et dont les leaders se trouvent tous derrière les barreaux. Ce serait une preuve de courage politique qui pourrait redonner de l’espoir aux citoyens.

Mais attention, ces officines de propagandes ne s’avouent jamais vaincues. Habituées au confort de la couverture du pouvoir, elles se remettent à bouger.

Des appels du pied au nouveau Président sont lancés, des offres de service sont formulées discrètement. Les micro-partis, qui ont été nourris à la mamelle du clan présidentiel, ne lâchent pas prise eux aussi. C’est la cohorte des sangsues de la politique qui se révolte… pour garder ses privilèges. Après avoir couvert les mensonges d’Etat, assumé toutes les avanies du régime, cette communauté de courtisans ne désespère pas de rebondir, quitte à simplement renouveler le contrat d’allégeance. Tebboune a vraiment du pain sur la planche.

 

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