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Muselage à l’ombre du confinement

30 avril 2020 à 9 h 15 min

Le Pouvoir profite-t-il du confinement pour procéder à sa guise au démantèlement par touches successives des réseaux actifs du hirak ? Cette hypothèse a été déjà démentie par les sources officielles, notamment par le gouvernement qui a assuré que le seul soucis de l’Etat, durant cette période de réclusion, reste la protection sanitaire des populations.

Le Premier ministre a même trouvé choquant qu’on accuse l’exécutif d’exploiter politiquement le confinement pour des raisons sécuritaires. Mais alors que veulent dire toutes ces arrestations qui sont opérées à un rythme régulier, touchant aussi bien les «têtes porteuses» du mouvement populaire que les journalistes et autres représentants de la société civile.

Que veulent dire aussi tous ces actes de censure menés parallèlement et qui frappent médias en ligne et émissions de télé sans la présentation en bonne et due forme d’une justification judiciaire pour montrer que la démarche entreprise par les autorités ne sort pas du cadre législatif. Ce sont apparemment les deux ministères-clé, justice et communication, qui se trouvent les plus exposés à la critique dès lors que les décisions impopulaires ou paraissant outrancières par rapports à la loi qui sont prises souvent en catimini relèvent directement de leurs secteurs.

On compte aujourd’hui plus d’une cinquantaine de détenus d’opinions à travers le territoire national si l’on se réfère à la liste publiée par les différentes organisations des droits de l’homme et circulant actuellement sur les réseaux sociaux. Le dernier en date est le jeune militant sétifien Walid Kechida, animateur du groupe satirique «Hirak Memes» sur Facebook, qui a été placé en détention provisoire pour des publications jugées offensantes et diffamatoires par le tribunal de Sétif.

Dans ses mises au point par lesquelles il veut donner un caractère légaliste à son entreprise dite de «normalisation», le Pouvoir a toujours cherché à minimiser l’ampleur des incarcérations, affirmant qu’il ne s’agit que de quelques activistes notoirement connus pour leur inclination subversive et qui donc doivent répondre de leurs agissements devant la justice.

Si les motifs d’accusation ne font jamais allusion à leur appartenance au mouvement de contestation, tous les détenus sont en revanche considérés comme de vulgaires agitateurs qui portent atteinte à l’intégrité nationale et dont la propension principale est de créer le désordre dans le pays au moment où les nouvelles instances font tout pour ramener concorde et stabilité.

Ceci pour dire que la haute instance de la magistrature ne veut à aucun moment accorder aux jeunes écroués, placés en mandat de dépôt ou mis en détention provisoire le statut de «détenus politiques» laissant volontairement, par conséquent, admettre que leur inculpation relève du pénal. C’est à ce titre que les tribunaux du pays sont sommés de juger les activistes du hirak et leur infliger de lourdes sanctions que les défenseurs des droits de l’homme, et toute la corporation des avocats éprise des idéaux de justice trouvent scandaleuses, en tous cas gravement disproportionnées par rapport aux «délits» commis.

Les aberrations relevées dans les procès tenus à l’abri des journalistes, et dit-on aussi en l’absence souvent des avocats ne se comptent plus. Pour un écrit sur la toile respirant la flamme militante et défendant les libertés revendiquées par le hirak, pour une caricature qui tourne en dérision les dérives du Pouvoir, les auteurs écopent des peines de prison qui laissent les juristes sans voix.

Des sentences qui tombent comme des couperets et qui sont considérées par ces mêmes juristes comme des négations de la loi qui portent un préjudice énorme à la crédibilité de la justice algérienne,alors que le discours officiel, depuis l’installation de la nouvelle Direction du pays, porte sur le rétablissement du droit et de la justice dans une Algérie ouverte désormais à la Démocratie où les vieilles méthodes dictatoriales seront révolues à jamais.

A travers cette série de verdicts insensés qui cachent mal l’intention de l’institution judiciaire de frapper fort les animateurs du hirak et tous les leaders d’opinion issus du mouvement contestataire dans le but évident de créer un sentiment de terreur pour les éventuels candidats à la militance populaire ou simplement récidivistes, une intention qui veut laminer la lignée des «meneurs» pour mieux neutraliser dans le temps le Hirak, c’est la face hideuse de la dépendance de la justice algérienne vis à vis du pouvoir politique qui continue d’apparaître dans toute sa réplétion.

Ce n’est pas un simple constat de journaliste qui en fait état, mais toute la «famille» des magistrats, syndicat y compris,qui dénonce aujourd’hui l’instrumentalisation de l’institution, son glissement dangereux vers des objectifs contraires au sens de la probité et de la droiture qu’elle doit adopter en toutes circonstances, et sa déperdition dans les abîmes d’une allégeance dont la raison ne devrait plus exister. Au demeurant , c’est dans la perspective d’une réelle réhabilitation de la justice que cette «famille» des robes noires interpelle le Président de la République pour l’extirper des forces occultes qui persistent à la manipuler .

L’attitude de la justice telle qu’elle est appliquée aujourd’hui ne peut assurément être présentée comme conforme à l’image de l’Algérie nouvelle que le nouveau Pouvoir veut à tout prix imposer, elle demeure plus que jamais incohérente dans ses jugements, et par trop en déca des responsabilités qui lui incombent dans cette ère de transition démocratique où être activiste politique et appartenir à un mouvement qui se mobilise pour la liberté ne peuvent être retenus comme des délits et jugés comme des délinquants.

Personne ne pouvant se targuer de détenir le monopole de l’amour qu’on porte à L’Algérie, tous ces jeunes qui remplissent les geôles font simplement eux aussi preuve d’une affection particulière pour leur pays qu’ils désirent voir sortir des ténèbres de l’autoritarisme pour entrer dans la lumière de la démocratie. C’est pour cela surement que le Président Tebboune a tenu à «bénir» le Hirak comme force révolutionnaire par qui doit passer le changement de régime, mais sans pour autant conjuguer pleinement la parole à l’acte.

La preuve, la liberté d’expression continue dans notre pays d’être malmenée malgré les déclarations officielles tendant à soutenir le contraire présenté comme un plan d’action «réformiste» dans lequel la presse trouvera ses comptes. Le ministre de la communication est à ce titre lui aussi dans le viseur de la contestation pour la «caution» qu’il apporte aux actes de censure qui ne semblent pas anodins. A ce niveau également, des hypothèses de plus en plus présentes dans le débat font ressortir l’idée que le Pouvoir cherche à limiter le champs de la liberté d’expression et de la liberté de presse par l’emprisonnement des journalistes proches du hirak, et l’étouffement de divers médias, électroniques notamment,ayant pris trop de…liberté dans la critique politique du Pouvoir.

Cela parait aux yeux de la corporation comme une évidente contradiction avec les sentiments du Président quand il avait déclaré qu’il «était pour la liberté totale de la presse», emboîté par son représentant à la communication précisant que «nous avons (la Présidence) besoin d’un contre pouvoir politique et médiatique».

Le contre- pouvoir, il faut l’accepter donc. Sinon on retombe dans le langage à double facette. Comme celui qui laisse certaine télés off short grandir et devenir influente dans l’illégalité parce qu’elles se montrent simplement trop conciliantes avec le Pouvoir.


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