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lundi, 30 novembre, 2020
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M. Chenine a-t-il intégré le cercle des décideurs ?

21 novembre 2020 à 10 h 18 min

Le président de l’APN a saisi le moment solennel du vote de la loi de finances 2021 pour glisser subrepticement à ses pairs le scoop selon lequel le retour du Président «est imminent» et que celui-ci «reviendra sain et sauf» (…).

Par cette formule pour le moins biscornue qui en principe devrait s’appliquer à un captif sur le point de retrouver la liberté, l’homme au perchoir voulait certainement préciser que le Président est complètement rétabli et que par conséquent il reprendra du service sitôt retourné au pays, exit serions-nous tentés de dire la phase de convalescence qui doit intervenir obligatoirement après une lourde hospitalisation.

De surcroît, il n’a même pas pris le soin d’employer le conditionnel pour balancer cette annonce qui détonna en plein débat sur les budgets prévisionnels, laissant croire qu’il est cette fois-ci sûr de la véracité de l’information sachant que la même nouvelle, publiée par un journal, a circulé deux jours auparavant et s’est avérée sans fondement. A la décharge du média qui, faute de transparence, aurait été piégé par un faux tuyau.

Relayée par de nombreux sites électroniques, l’info a donc été classée fake news bien que les autorités officielles n’aient pas pris le soin de la démentir tout en sachant l’exploitation dont elle ferait l’objet. L’imminence du retour au bercail du Président est ainsi remise sur le tapis mais par une voie plus officieuse puisqu’elle émane du premier responsable de l’Assemblée populaire nationale. Autrement dit, le régime scénarise de nouveau sa story telling pour neutraliser la forte pression qui pèse sur lui et prend de l’ampleur à mesure que sa fuite en avant devient flagrante.

Aussi surprenante qu’elle puisse être, cette communication intra-muros qui n’a pas été, faut-il le souligner, reprise dans le JT de 20h de la télévision publique, donne l’impression de relever davantage d’une improvisation de circonstance que d’une réelle «mise au point» des instances pour faire taire toutes extrapolations à venir. Faut-il s’étonner, d’abord, dans une période cruciale où le Pouvoir navigue à vue dans une instabilité politique chronique, qu’une annonce aussi déterminante soit confiée au représentant de l’institution parlementaire et non à celui de la communication (porte-parole du gouvernement), encore moins à une de nos sommités médicales dont la compétence doit prévaloir sur le sujet.

Depuis quand M. Slimane Chenine a-t-il intégré le cercle très fermé des décideurs qui contrôlent à leur niveau les caractéristiques de la maladie de Tebboune, ses différentes étapes d’hospitalisation et les résultats obtenus à ce jour sur son évolution ? Ces consignes médicales sont tenues au secret et seuls les quelques membres de la délégation qui a accompagné le Président en Allemagne, et dont on ignore les noms, sont à même d’avancer le moindre pronostic positif ou négatif étant en contact permanent avec les médecins traitants. Jusqu’à preuve du contraire, le président de l’APN est un simple exécutant à la tête d’une institution qui n’a aucun poids dans le système algérien, si ce n’est d’être une de ses caisses de résonance.

A-t-il voulu faire de l’excès de zèle en anticipant sur une info aussi compliquée dans le seul but de contrebalancer les «expertises» parfois un peu trop tirées par les cheveux produites par des sites qui tentent d’aller plus loin dans la recherche de la vérité en risquant des diagnostics excessifs ? Si c’est le cas, la dérive institutionnelle serait inédite dans la mesure où il y a manifestement abus de fonction et manipulation émotionnelle pour les besoins d’une démarche purement populiste.

Dans l’hypothèse où l’homme du perchoir a été le «répercuteur» d’une directive venant d’en haut, on reste alors toujours dans le jeu trouble des tergiversations classiques provoqué par le Pouvoir lui-même pour gagner du temps jusqu’au jour où il n’y aura plus rien à cacher. L’opacité du système et son inépuisable énergie à s’adapter aux situations les plus improbables aura été jusqu’au bout de sa logique.

A l’évidence, il y a comme un mélange des genres, plutôt une maladroite répartition des rôles à partir du moment où, dans la situation d’extrême fébrilité dans laquelle se trouve l’opinion publique en attente d’une décantation plus rigoureuse du carnet médical du premier magistrat, les autorités responsables continuent de répondre par des prédictions pour le moins approximatives et dilatoires.

Comme si, ne maîtrisant pas toutes les données de leurs discours, elles ont peur de s’engager avec plus de conviction pour éviter un retour de manivelle encore plus fulgurant. Quitte à laisser planer des doutes en espérant meubler le terrain des incertitudes le plus longtemps possible. Cette stratégie de la communication à géométrie variable est aujourd’hui plus présente que jamais dans le mode d’emploi officiel concernant la gestion médiatique des événements estampillés secret d’Etat.

Le fait de tenir des propos aussi vagues («retour imminent») renseigne sur le recours à l’improvisation des autorités et leur incapacité à se mettre à la hauteur d’un impondérable sanitaire qui est venu, comme un vent contraire, bousculer leur agenda. Pour revenir sur les propos débordant d’optimisme de Chenine, le dictionnaire indique que «imminent» est le caractère de ce qui va se produire dans peu de temps, très bientôt.

L’annonce ayant été faite mardi, il va sans dire que le retour du Président (rétabli) ne devrait pas dépasser les deux ou trois jours qui suivront. Si au jour de parution de cette chronique (aujourd’hui samedi) l’avion transportant le Président de Berlin n’a pas encore atterri à Alger, l’énoncé de l’annonce deviendrait forcément obsolète.

A moins que la notion du temps ne soit tellement élastique chez nos décideurs qu’elle en perdrait sa rationalité. Mais ce qui est frappant, c’est qu’aucun indice, aucun signe ostentatoire pouvant accréditer la thèse d’une telle assurance n’est exhibé comme il est d’usage en pareille circonstance.

Contrairement à Bouteflika qui a eu droit à des images et des séquences tv le montrant aux Algériens plus ou moins retapé pendant ses séjours hospitaliers, comme celle prise au Val de Grasse en pyjama entouré de ses proches collaborateurs, qui avait d’ailleurs fortement frappé les esprits, Tebboune est gardé curieusement dans une totale circonspection qui a fini, au bout d’un mois, par susciter moult interrogations sur la véritable nature de sa maladie. C’est d’ailleurs sur les réseaux sociaux que les questions les plus pertinentes et les plus alarmantes sont posées.

Craignant d’être abusés de mensonges, les Algériens se demandent si Tebboune ne serait pas dans un état plus grave qu’on pourrait l’imaginer pouvant compromettre sa carrière présidentielle. Certains le donnent carrément out avec des séquelles aussi traumatisantes que celles de son prédécesseur. Faute de communication transparente, la Toile s’emballe, part dans tous les sens…

A qui la faute ? C’est dire l’amplitude de l’inconscience des dirigeants au moment où il faut être très serein et avoir un haut degré de franchise vis-à-vis de l’opinion publique. Une inconscience – assortie soit d’incapacité soit d’incompétence – qui est d’ailleurs ressentie dans la conduite des affaires du pays avec un gouvernement sans relief particulier qui se retrouve encore plus déboussolé depuis que le chef suprême légataire de tous les pouvoirs de décision a été dans l’obligation d’abandonner momentanément le gouvernail.

Ecartée de la gestion politique, médiatique et sociale de l’épreuve imposée par la maladie du Président et de son processus médical, l’équipe dirigée par Djerad a vu sa crédibilité et sa valeur chuter un peu plus. Elle a été ainsi la cible privilégiée de nombreux parlementaires qui ont exigé carrément sa démission au motif qu’elle représente «le gouvernement le plus faible que l’Algérie ait connu». Surenchère de députés en mal de se doter d’une nouvelle virginité ? Pas si exagérée que ça, si on admet que les avis des citoyens sur la fiabilité de leurs ministres sont loin eux aussi d’être conciliants.

Dans cette crise de la pandémie qui a redoublé de férocité avec son second pic de contamination, l’attitude des Algériens est restée circonspecte envers certains membres du gouvernement parmi les plus «médiatiques» comme ceux de la Santé, du Commerce, de la Justice, de la Communication, de l’Intérieur ou de l’Industrie, incapables à leurs yeux d’être plus entreprenants dans leurs secteurs, et donc coupables de passivité flagrante dans leurs missions.

Entre la vérité d’en haut et celle d’en bas, il y a une marge… et à propos de franchise citoyenne qui efface tous les boniments du sérail, nous ne pouvons terminer sans évoquer «le coup de gueule» du professeur Kamel Bouzid contre les walis qui avaient autorisé les meetings du FLN et du RND en pleine ascension de la pandémie. «Ils sont les premiers responsables du désastre actuel» a-t-il dit en parlant de la recrudescence exponentielle du virus qui a augmenté dramatiquement le nombre de cas positifs et de décès à cause de cette grave négligence politicienne.

Saine réaction d’un représentant de la société civile soucieux de sa responsabilité qui tranche avec les ambiguïtés démoniaques du Pouvoir, et ça fait du bien de l’entendre…

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