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La chronique de A Merad

L’élection du 4 juillet ne se tiendrait pas

16 mai 2019 à 8 h 00 min

C’est déjà dans l’air, mais l’option qui paraissait inévitable semble se confirmer, selon certaines sources crédibles : l’élection présidentielle programmée pour le 4 juillet serait ainsi annulée pour des raisons objectives et ne tarderait vraisemblablement pas à être annoncée officiellement.

On pense que cette décision serait mûrement réfléchie en haut lieu pour montrer la détermination du pouvoir militaire à se mettre, après moult hésitations, en concordance avec la volonté du peuple.

Ce serait, si cette mesure venait à être confirmée, une réponse directe à ce dernier, qui n’a cessé d’exiger, à travers son mouvement de contestation, que l’organisation de cette élection, en même temps que la phase transitoire, soit confiée, pour être crédible, à une instance indépendante issue de la société civile et non à des représentants de l’ancien système qui sont complètement disqualifiés.

Différer l’élection pour faire baisser la tension serait, certes, une attitude raisonnable de la part du commandement militaire, mais se détacher complètement de sa supervision reste tout de même une position qui mérite clarification et sur laquelle aucune spéculation n’est permise pour le moment.

En d’autres termes, si l’armée consentirait à modifier son agenda électoral, rien ne dit que c’est dans l’optique d’une concession capitale qui l’obligerait à redistribuer les cartes dans une partie où elle risquerait de perdre le contrôle de la situation.

Ce qui est sûr en revanche, c’est que le pouvoir militaire soit sans aucun doute arrivé à la conclusion que persister dans la perspective tracée pour faire passer une présidentielle aux biceps ne mènerait nulle part, sinon à une aggravation dangereuse de la crise, avec notamment les menaces d’infiltrations et de manipulations idéologiques, réelles ou supposées, qui pèsent sur le mouvement populaire.

Selon des informations dignes de foi, il semblerait dans cette optique que chez nos voisins de l’Ouest, des cellules travaillent en laboratoire et à travers les réseaux sociaux pour ce genre de noyautage, le but étant de créer le désordre au sein de la mobilisation insurrectionnelle pour éviter la contagion.

La vigilance est ainsi plus que jamais à l’ordre du jour…

Pour revenir à l’élection du 4 juillet autour de laquelle s’articulait toute la stratégie du «statu quo» constitutionnel prôné par le commandement militaire, il y a lieu d’appréhender, parmi les points qui militent encore pour son report, la certitude de mener un scrutin de cette importance vers un fiasco total, compte tenu du boycott qui plane sur les urnes et qui a été d’ailleurs exprimé massivement par les Algériens.

Ce n’est un secret pour personne, la rue rejette radicalement la prévision «électoraliste» préconisée par le pouvoir militaire et appelle à la faire capoter par une abstention record qui a toutes les chances de se produire si le hirak arrive à conserver le même degré de conviction et de radicalisation.

Une troisième raison de cette déprogrammation électorale est donnée par l’étroitesse des délais impartis à l’organisation matérielle et politique du scrutin, sachant, d’une part, que la logistique n’aura pas le temps de se mettre en place d’ici là, et que, d’autre part, aucune pointure politique, à une semaine de la date butoir de retrait des formulaires de candidatures, ne s’est présentée, alors que les quelque 70 postulants anonymes qui l’ont fait n’ont par confirmé la collecte des signatures y afférentes.

Comment donc voter sans électeurs, et pour qui voter ? C’est sûrement la question inédite jamais posée dans l’histoire de nos campagnes électorales et qui s’invite sur la table par la force d’une feuille de route qui semble surréaliste, même si elle s’appuie sur les référents de la Loi fondamentale.

On verrait mal en effet l’état-major de l’armée rester droit dans ses bottes, alors que la situation évolue autrement dans l’esprit des populations, et surtout que, paradoxalement, la solution envisagée sur un registre strictement constitutionnel mène tout droit à l’impasse.

Oui, l’impasse nous y sommes, affirment les politologues, qui ont déjà dénoncé à maintes reprises le manque aussi bien de pragmatisme dans la vision politique pour surmonter les épreuves conjoncturelles que de réalisme dans le traitement didactique de l’incompréhension qui s’est installée entre le peuple et son armée. La demande de ce dernier n’a rien, en réalité, de chimérique. Il ne demande pas l’impossible.

Puisque la souveraineté lui appartient, statut que lui reconnaît la Constitution et auquel l’armée se plie, il veut que le système corrompu et tous ceux qui l’ont aidé à se construire et à se consolider partent.

Il veut le changer par un autre plus juste, plus démocratique. Pour cela, il veut donc qu’on respecte sa souveraineté et qu’on accède à ses exigences.

Cela paraît simple dans le raisonnement théorique, mais résoudre une telle équation alors que les positions demeurent figées devient un sujet insoluble et prend la forme d’un antagonisme larvé qui semble sans fin.

Au demeurant, on s’attendait à ce face-à-face qui est devenu inévitable, compte tenu des positions diamétralement opposées, atteignant même un point de non-retour.

Entre le peuple et l’armée y a-t-il seulement un dialogue de sourds ? Ce serait aller vite en besogne de croire qu’il s’agit simplement d’un jeu de concessions de part et d’autre pour trouver la piste idoine qui arrangerait tout le monde.

Si le peuple a suscité l’admiration par son pacifisme et sa persévérance, on retiendra à ce jour que l’armée, principale interlocutrice dans ce combat à distance, n’a encore jeté aucune passerelle sérieuse pour ouvrir avec lui le dialogue et trouver ensemble les solutions qui permettront de cerner les contours de la nouvelle Algérie à construire.

La balle est donc dans le camp de l’institution militaire pour débloquer la situation, partant du postulat que c’est elle qui tarde à faire des propositions concrètes allant dans cette direction, alors que le leitmotiv de la requête populaire tourne invariablement autour de l’idée du changement du système, de l’instauration d’un autre projet de société.

Faut-il percevoir l’annulation de l’échéance électorale du 4 juillet comme un signe de bonne intelligence pour mettre fin à une situation conflictuelle latente qui n’a que trop duré et ouvrir la voie à une concertation dans laquelle le peuple, à travers ses représentants, aura toutes les garanties de faire entendre sa voix ?

Tous les Algériens soucieux de voir leur pays projeté dans une dynamique démocratique l’espèrent vivement, à condition que le hirak arrive enfin à faire émerger une élite consensuelle capable de convertir le combat révolutionnaire en acquis politique.


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