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mercredi, 22 mai, 2019
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La chronique de A Merad

«Le roi est mort, vive le roi…»

09 mai 2019 à 8 h 00 min

Mais où est donc passé Bedoui ? Personne ne le sait. Ce qui est sûr, c’est qu’il a disparu des radars au terme de sa dernière apparition publique lorsqu’il avait animé conjointement une conférence de presse en compagnie de Ramtane Lamamra, lui aussi d’ailleurs évaporé dans la nature depuis.

C’était tout juste après la nomination par Bouteflika du gouvernement dit de transition qui allait succéder à celui d’Ouyahia et dont il héritait la direction. Cette sortie médiatique lui avait été fatale puisqu’en tant que nouveau Premier ministre, Bedoui ne put jamais se mettre à la hauteur des sollicitations des journalistes qui le harcelaient de questions sur la nouvelle conjoncture créée par le mouvement populaire de contestation. Il donnait en fait, par ses réponses évasives et maladroites, des signes évidents qu’il n’était pas l’homme de la situation et que l’issue la plus honorable pour lui était de rendre le tablier avant qu’il ne soit éclaboussé par la vox populi.

Son nom n’a pas tardé au demeurant à être cité par la rue comme étant une figure symbolique du système corrompu qui devrait obligatoirement partir au même titre que les autres pontes du régime dont le nom commence par un B, en l’occurrence Belaïz le président du Conseil constitutionnel, et Bensalah, le président du Sénat. Les trois B sont devenus les principales obsessions du hirak comme préalable au démantèlement du système. Partout, à travers le pays, les noms de ces symboles du règne totalitariste du Président déchu figurent en bonne place dans les slogans de la révolte populaire.

Ils sont affichés en grand sur les pancartes des manifestants comme des points de repère pour orienter la revendication centrale du mouvement.

Pour les millions de citoyens sortis exprimer leur colère, le changement du système pour lequel ils se sont mobilisés doit impérativement passer par la mise à l’écart de ces barons qui ont tellement contribué, chacun à son niveau, au phénomène de la prédation qui affecte notre société. Bedoui a été le ministre de l’Intérieur qui a grandement participé à la consolidation du système de la fraude électorale au profit exclusif du régime totalitaire. Il a été également un instrument très inspiré de la répression contre les mouvements de contestation, qu’elle soit estudiantine, syndicale, ou médicale.

C’est donc cette «valeur» sûre du bouteflikisme qui a été désignée pour conduire la phase de transition alors qu’elle est vilipendée et rejetée dans tous les coins d’Algérie comme l’antithèse de la révolution démocratique.

C’est la réplique la plus méprisante qu’on pouvait opposer à la volonté du peuple pour lui signifier qu’à travers ses reliques les plus significatives et les plus détestables, le système n’a nullement l’intention de rendre les clés. Si Belaïz a tout de suite compris que sa carrière était terminée et qu’il ne servait à rien de faire de la résistance juste pour retarder l’échéance alors que la détermination de la rue demeure à son point culminant, ce n’est pas le cas pour le Premier ministre qui n’ose pourtant même pas se montrer en public, ni pour le chef d’Etat intérimaire qui se complaît, pour sa part, dans son rôle de figuration que lui a légué l’article 102 de la Constitution et que lui a conforté le patron de l’institution militaire pour les besoins de sa stratégie conçue fondamentalement pour pérenniser les acquis du sérail.

Il est quand même sidérant de voir un chef du gouvernement complètement absent alors que son équipe est envoyée pratiquement «en kamikaze» sur le terrain des opérations.

Bedoui sait pertinemment qu’il est disqualifié depuis que Bouteflika a pensé à lui pour continuer à représenter la caste dominante. Il sait aussi que démissionner aujourd’hui serait porter un rude coup à la politique de «continuité» menée par Gaïd Salah pour éviter de faire au mouvement populaire des concessions trop embarrassantes.

Entre deux feux, il préfère jouer encore la carte la plus incertaine, celle de se murer dans le silence complice en attendant que la grogne qui se focalise sur lui s’effrite. Mais il ne perd pas de vue qu’avec sa présence même dans une fonction fantôme, il devient un élément important de la survivance du système que la rue veut abattre.

Et dans cette optique, beaucoup d’analystes avertis pensent que c’est sous la férule du chef d’état-major qui contrôle fermement la phase préélectorale que Bedoui adopte cette attitude improbable comme une ligne de conduite entrant directement dans la confrontation avec le peuple. L’enjeu est capital pour le pouvoir militaire qui ne veut en aucun céder le champ de ses prorogatives, ce qui explique ses manœuvres dilatoires pour ne pas accéder aux revendications des Algériens.

Enjeu dans lequel évidemment s’inscrit le maintien de Bensalah à son poste de chef d’Etat de substitution alors que ce dernier est lui aussi très décrié par les manifestants. La preuve, alors qu’on attendait une annonce concernant sa démission, il nous demande de nous préparer à l’échéance électorale du 4 juillet.

Non seulement il confirme qu’à travers sa personne le système reste, mais que c’est sous son égide que sera organisé le scrutin présidentiel. Une élection qui paraît insensée pour l’opposition et les millions de contestataires, mais qui semble entrer dans la logique du plan de sortie de crise établi par Gaïd Salah.

Il faut donc se mettre à l’esprit que le pouvoir militaire, au lieu d’aller dans la direction de la souveraineté du peuple qui hurle depuis deux mois et demi son envie de tourner définitivement la page du régime totalitaire, préfère temporiser pour replacer un à un les pions de l’ancien système dans les nouvelles cases.

C’est dans cet ordre d’idées que l’on comprend pourquoi les «têtes de Turcs» du régime ne partent pas, et pourquoi les partis de l’ex-alliance présidentielle s’agitent dans leur tentative de recyclage, tout en accompagnant leur examen de réhabilitation par une allégeance inconditionnelle au nouveau maître de céans. Le roi est mort, vive le roi, dit l’adage à la gloire des nouveaux souverains, et que le vieux parti prend à son compte pour essayer de retrouver la lumière après quelques passages de la brume.

Le FLN ne pense ainsi jamais remettre le sigle au musée de l’Histoire comme patrimoine de la Révolution appartenant à tous les Algériens, il songe plutôt à se reconstruire pour une nouvelle aventure alors qu’il a perdu toute crédibilité. Sa résurrection, si elle est programmée, nous enseignera sur les visées réelles qu’aura le nouveau pouvoir sur l’optique du changement ou pas.

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