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Le pouvoir ne sait parler qu’à lui-même

12 décembre 2020 à 10 h 10 min

Qui n’avance pas recule. Mais comment reconnaître qu’il y a régression (non féconde) dans notre pays ? C’est simple, il suffit de prêter attention à ce que dit la classe dirigeante algérienne pour s’en faire une idée. Complètement déconnectée de la réalité, celle-ci produit parfois des discours et des réflexions qui traduisent un mode de pensée d’une autre époque.

Des propos où la langue de bois domine, et où la suffisance et l’autosatisfaction béate lui donne l’impression d’être positivement en phase avec l’évolution de la société alors qu’elle s’en écarte de manière tragique sans prendre la mesure des conséquences désastreuses induites par cette terrible marche à reculons. Le hirak a réussi à dévoiler, en fait, le visage superficiel et lymphatique d’une élite dirigeante démunie de convictions et capable de travestir, avec un aplomb inouï, la nature des événements dans le seul but de prolonger le bail avec la frénésie du commandement.

La meilleure source d’inspiration reste incontestablement la ligne appliquée aux médias lourds dans laquelle les instances officielles se retrouvent et se reconnaissent en tant qu’acteurs tenant les rôles principaux. Comme dans un miroir magique qui ne reflète jamais le revers de la médaille, ils aiment s’entendre parler.

Depuis la nuit des temps, la télévision nationale transforme, on le sait, l’actualité non pas comme l’impose l’objectivité et la déontologie professionnelle même si elle est amère, mais en fonction des satisfecits que ressentent les gouvernants en voyant leurs images bien cadrées reprises à des heures de grande écoute, ils sont en ce moment-là certains d’appartenir à une caste qui a son importance.

Le narcissisme politique, ça existe et devient incontrôlable et bien sûr dangereux quand il est pris au sérieux. Cela dit, c’est le caractère absolutiste du système qui rend la gouvernance autiste et aveugle, et ceux qui l’exercent imbus de leur prépotence, avec ce droit de débiter toutes les aberrations possibles sans risque d’en payer le prix devant l’opinion publique en l’absence d’un contre-pouvoir universellement reconnu pour remettre les pendules à l’heure. Il faut dire que les pires dérives ont été connues sous l’ère de Bouteflika.

Face à une opposition et une presse indépendante qu’ils se sont attelés à museler, les gouvernants pouvaient proférer les absurdités qu’ils voulaient en étant certains que le moindre propos de leurs déclarations ou affirmations ne fasse médiatiquement l’objet d’une analyse contradictoire. L’Unique, et par la suite ses clones, viennent toujours à la rescousse pour envelopper le discours de qualificatifs élogieux et le rendre accessible, même s’il n’apporte rien de particulier.

C’étaient d’ailleurs quelque-uns parmi les plus zélés des ministres du Président déchu qui, au comble de leur flagornerie pour faire plaisir au Chef, n’avaient aucune retenue ni aucune pudeur à déclarer que la qualité de vie en Algérie était deux fois supérieure à celle des pays européens les plus avancés. Ils lançaient ce genre d’inepties en toute impunité en sachant pourtant que le mensonge était trop gros pour passer.

Mais c’était une façon de gouverner où ils devaient paraître comme des sujets dominants alors que leur médiocrité et leur incompétence étaient par trop criantes. Toute la rhétorique officielle tournait ainsi autour du maquillage de la raison, sauf que le constat à la base était à mille lieues des a priori euphorisants sortis des refuges sacrés du pouvoir décisionnel qu’il soit institutionnel, formel ou agissant dans l’ombre.

A force d’être galvaudés, les termes démocratie, liberté d’expression, indépendance de la justice, défense des droits de l’homme sont devenus, au fil d’une gouvernance à sens unique, des slogans creux auxquels personne n’accordait un quelconque intérêt. Pas même leurs propres auteurs qui ont fini par les assimiler comme de simples expédients de communication prêts à servir en toutes circonstances. Dans l’ère de la «Nouvelle Algérie», la dialectique politique n’a pas tellement changé. Les acteurs d’hier ont été remplacés par d’autres issus du même moule, ou si vous voulez de la même matrice, et la philosophie du discours dominant est reprise avec autant d’application… et de déraison que celle qui a prévalu jusque-là.

Exemple : c’est en toute «bonne foi» que le président du Conseil algérien des droits de l’homme a déclaré tout dernièrement que «les citoyens algériens bénéficient de plus de droits de l’homme que les citoyens européens». Etait-il sérieux en prononçant une telle énormité politique en sa qualité de responsable d’un organisme étatique dont la mission est scrupuleusement suivie par les chancelleries installées chez nous ? Apparemment, il n’avait pas l’air de plaisanter avec cette phrase sentence qui a dû faire beaucoup rire dans les chaumières.

La preuve, il vient de récidiver en répondant avec arrogance et une tonalité identique au Parlement européen suite à sa résolution dénonçant les atteintes aux droits de l’homme et à la liberté d’expression par le gouvernement algérien. Bouzid Lazhari a saisi l’opportunité de la célébration de la Journée internationale des droits de l’homme pour s’épancher sur la thèse officielle selon laquelle la défense des droits de l’homme et de toutes les libertés est intégralement garantie en Algérie, tout en stigmatisant avec virulence la politique de deux poids deux mesures pratiquée par l’institution européenne.

Il était donc dans son rôle de porter la voix inébranlable de l’Algérie nouvelle, même s’il s’agit d’une sortie médiatique tout à fait circonstancielle, tellement scrupuleux et vertueux d’ailleurs qu’il a remis (en son absence) le prix symbolique des droits de l’homme à une personnalité marquante, Ali Yahia Abdennour en l’occurrence, qui s’est toujours opposée avec acharnement au pouvoir en place pour ses graves manquements à la défense des droits de l’homme précisément. Inutile de chercher s’il y a une logique ou une cohérence dans cet acte – il n’y en a pas –, il y a juste une séquence politicienne qu’il faut remplir et qui nous renvoie au manque flagrant de conviction cité plus haut, le dogmatisme communicationnel reniant outrageusement l’autre versant de la vérité sur laquelle les masses populaires ne badinent pas.

Quelle vérité ? Celle bien sûr qui est constamment rejetée par les instances et qui nous interpelle à chaque coin de rue. Celle qui parle d’un pouvoir autoritaire, de l’incarcération de milliers de jeunes pour leurs opinions ou leur activisme politique, de l’étouffement systématique de la presse, des atteintes flagrantes aux libertés, aux droits de l’homme, au droit syndical…

Mais au sommet de l’Etat, on n’en a cure des expressions populaires qui pensent autrement. On retrouve ce réflexe d’exclusion, devenu naturel, chez tous les ministres et cadres de l’Etat.


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