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Le hirak doit-il avoir peur des islamistes ?

05 mars 2020 à 9 h 26 min

Faut-il avoir peur des islamistes ? A l’heure où des activistes de la mouvance intégriste appartenant au parti dissous (FIS) tentent désespérément des «infiltrations» au sein du hirak pour l’orienter idéologiquement, la question fait débat.

Les vidéos montrant les réseaux dormants de cette engeance ressurgir aux premières loges des marches du vendredi et exhorter des slogans qui rappellent les ténébreuses processions de la décennie noire suffisent à elles seules pour soulever des interrogations sur les velléités de manipulation et de récupération qui pèsent désormais sur le mouvement populaire.

La devise est claire : l’expression religieuse des cris de ralliement a pour but de dévier le hirak de ses fondamentaux démocratiques pour l’impliquer progressivement dans un combat idéologique vis-à-vis duquel, pourtant, il a depuis son lancement pris ses distances.

En perte de vitesse dans son activisme politique, et en flagrant déficit de crédibilité devant l’opinion publique, c’est en fait derrière ces têtes de Turcs nostalgiques d’une époque dramatique qu’on croyait à jamais révolue, toute la mouvance islamiste qui s’est concertée pour s’investir dans cette entreprise de falsification dans le but évident de redorer un blason complètement terni, notamment depuis que la révolution citoyenne a fait savoir à ses principaux leaders qu’ils n’avaient pas leur place parmi elle.

Tous les chefs de partis islamistes qui avaient risqué une incursion dans le hirak pour se refaire une santé politique à moindre frais après avoir longtemps louvoyé avec le système des Bouteflika ont subi le même outrage. Le dégagisme populaire a tranché, il a surtout tenu à avertir que la mobilisation citoyenne est d’abord l’expression démocratique du peuple exclusivement orientée vers la recherche d’un Etat de droit et de justice, et que partant de ce postulat elle ne saurait servir d’un quelconque tremplin pour recycler des politiciens en mal de réhabilitation après s’être longtemps coupés des masses. Mais ce message, a priori, ne semble pas être bien compris par les animateurs du courant islamiste qui continuent de penser que les foules qui battent le pavé restent toujours manipulables, et qu’il suffirait d’un bon tempo démagogique pour les faire basculer.

C’est en tout cas sous cet angle complètement farfelu qu’il faudrait voir la récente sortie médiatique de celui qui prétend être à la tête de la «première force politique» du pays, offensive pour le moins brutale et non contrôlée par laquelle il ne trouva pas meilleure formule pour rappeler son existence que celle d’attaquer le hirak, l’accusant d’être infiltré par les laïcs extrémistes. Il reproche au mouvement populaire de s’être affranchi des formations politiques, et dévoile au grand jour sa véritable ambition en affirmant que «l’Algérie sera novembriste-badissiste pour réaliser l’unification de l’Afrique du Nord dans sa dimension naturelle arabo-musulmane».

Tout un programme en réalité frappé avant tout de référents relevant de la religiosité militante, qui démontre que la voie suivie par la mobilisation citoyenne ne convient pas à la mouvance islamiste et donc qui devrait selon lui être rectifiée selon les concepts et les standards intégristes.

Si le peuple exige un Etat démocratique au sens le plus politique du terme, c’est en raison à ses yeux de l’influence exercée sur lui par le mouvement laïc extrémiste (le fameux hizb frança), les francs-maçons et l’Etat profond, (allusion au puissant ex-DRS auquel la plupart des partis devaient allégeance). Cela entre autres nous rappelle bizarrement les diatribes distillées à doses régulières par le défunt chef d’état-major lorsqu’il avait entrepris de déstabiliser de l’intérieur le hirak, mais sans jamais y parvenir. Les mêmes expédients sont repris par le chef islamiste pour semer le trouble et la confusion au sein d’une révolution pacifique qui donne par ailleurs une leçon de civisme, de militantisme, de pertinence à tous ses détracteurs.

Pour revenir à la question centrale qui est dans les esprits aujourd’hui, à savoir si le hirak devrait craindre à l’avenir la pression fondamentaliste, la réponse du camp islamiste par la voix de celui qui veut fédérer désormais cette mouvance ne souffre d’aucune ambiguïté, puisqu’il souligne sans la moindre pudeur que le hirak ne pourra atteindre ses objectifs que s’il intégrera les partis politiques, dont le sien, bien sûr. Mais comment peut-on à la fois se montrer impartial avec la force de frappe des citoyens qui militent depuis une année pour abattre le système, et se résoudre à s’allier avec ce même système en lui faisant ouvertement des offres de service ?

C’est ce qu’on appelle la politique de l’entrisme agissante qui veut avoir plusieurs fers au feu, mais qui, par expérience, finit toujours par perdre la boussole. Le débat, cependant, sur la projection démocratique du hirak serait resté au niveau des pâquerettes s’il n’y avait pas eu cette polémique autour de la visite effectuée par trois figures du mouvement à l’ancien numéro deux du FIS dissous.

En médiatisant cette rencontre présentée pourtant comme une simple visite de courtoisie à un citoyen comme un autre, les trois personnalités ont sans aucun doute voulu adresser un message politique qui d’ailleurs n’a pas tardé à tomber dans la sphère de la critique publique. Quel message ? Le plus lisible aura été celui de vouloir redonner du crédit à un chef intégriste dont le nom est intimement lié à la décennie noire, et ce, au moment où des «troupes» d’excitateurs sont envoyés pour noyauter le hirak. De cause à effet, il a forcément une interaction des idées et des projets. Des sociologues, des politiques, des intellectuels se sont sentis interpellés par ces «imprévus» de l’histoire qui ne sont jamais innocents pour donner leur avis sur la question.

Les uns disent que la marche de la révolution démocratique est irréversible et qu’elle n’a rien à craindre de cette «gestation» des islamistes à la recherche d’un positionnement salutaire. Les autres, au contraire, admettent que le courant islamiste reste encore l’ennemi juré de la démocratie et du modernisme.

Qui détient la vérité ? Allons-nous revivre les confrontations idéologiques infernales qui nous ont menés vers la tragédie des années 90’ ? Islamisme et démocratie, qui doit se fondre dans l’autre…S’il a réussi à réconcilier les Algériens et les Algériennes dans un vaste mouvement citoyen riche de sa diversité, le hirak n’a pas encore pu se débarrasser de cette épine. 



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