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dimanche, 05 avril, 2020
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Le hirak a-t-il besoin de leaders ?

09 janvier 2020 à 9 h 00 min

Le hirak entame la nouvelle année sans projet précis, sans perspective claire, si ce n’est sa forte propension à continuer de faire pression sur le pouvoir en occupant la rue deux jours par semaine.

Cette stratégie ou simplement ce mode opératoire qui dure depuis plus de dix mois a réussi, certes, à fédérer des millions d’Algériens autour d’une résolution capitale axée sur le changement radical du système, mais ne livre pas pour autant la méthode la plus efficiente pour concrétiser cet objectif. Il pose donc, aujourd’hui, avec une certaine acuité la problématique de savoir s’il faudrait poursuivre le mouvement sur la même tonalité et dans la même attitude, ou passer à un autre type de démarche qui consiste à donner, à travers une forme de structuration, plus de visibilité et de cohérence à ses revendications.

Deux visions, à ce propos, se sont fait jour. L’une veut carrément maintenir le hirak dans sa configuration actuelle en soutenant que c’est grâce à sa spontanéité, sa liberté d’action et sa ferveur populaire que celui-ci a pu ébranler les fondations du système. En termes plus clairs, cette tendance ne veut pas brider ni bouleverser la fibre révolutionnaire du mouvement en essayant de l’inclure dans une organisation politico-structurelle qui pourrait lui être fatale.

L’argument massue laisse croire qu’en étant structurée sur le plan de sa représentativité, en dégageant pour ainsi dire des «leaders» qui pourraient éventuellement susciter une certaine unanimité autour d’eux, la révolution pacifique s’exposerait à de fortes représailles qui risquent de lui coûter cher. Cette version est portée par de grandes références du hirak, parmi lesquelles des personnalités politiques, des sociologues, des universitaires. Pour ces figures, il y a véritablement danger à doter le mouvement d’une élite représentative qui aurait pour mission de parler et de prendre des décisions en son nom.

Ce serait aller au suicide devant un régime aveugle qui n’aura alors aucune difficulté à affaiblir le mouvement en mettant ses représentants en prison. L’expérience amère est déjà vécue avec l’incarcération de plusieurs activistes considérés comme des meneurs potentiels du hirak, parmi lesquels Karim Tabbou, Fodil Boumala, Samir Belarbi pour ne citer que les plus intraitables. A chaque fois qu’une nouvelle «tête» sort du lot, elle est immédiatement ciblée et réduite au silence, rendant ainsi le soulèvement citoyen plus vulnérable dans sa mutation. La solution, par conséquent, pour les défenseurs de cette thèse c’est de protéger autant que faire se peut le mouvement en le laissant suivre son cours avec la même philosophie et la même détermination, tout en veillant parallèlement à ce que son souffle reste toujours aussi puissant, et son volume aussi impressionnant. En restant compact, maître de son destin, il demeure intouchable et se dote de moyens de défense naturels pour faire valoir ses droits. Il ne faut pas croire, nous disent ces théoriciens, qu’en l’absence de leaders ou d’interlocuteurs, les résultats de la mobilisation n’auront pas été à la hauteur des espérances.

En maintenant pendant dix mois la tension sur le sérail et ses articulations, le hirak a fait chuter lourdement le clan mafieux de Bouteflika, lancé une poursuite implacable contre la corruption et imposé le respect aux citoyens. Il a créé un climat terrible de suspicion autour des affidés du système qui ne doivent plus se sentir à l’aise comme autrefois. Il a par sa force mentale, qui a résisté à une répression féroce, ouvert une nouvelle ère pour le combat démocratique qui a déjà, en quelques mois, mené la vie dure à l’imposture, la médiocrité et l’intolérance dans leurs déclinaisons les plus odieuses.

Il a surtout donné aux Algériens l’espoir d’une existence plus digne dans un processus de mobilisation qui reste encore long et dur à réaliser, mais ô combien passionnant. Sans remettre en cause – bien au contraire – la véracité de ces acquis qui ont fondamentalement agi sur nos comportements et nos rapports aussi bien avec la société qu’avec les gens qui nous gouvernent, les défenseurs de l’autre vision ne restent pas moins persuadés qu’après une longue période d’incubation, le moment est venu pour le hirak de reconsidérer intelligemment sa stratégie confinée dans deux marches hebdomadaires mais sans savoir exactement jusqu’où pourrait-on aller en tournant en rond.

Plus prosaïquement dit, ils développent l’argument central selon lequel sans représentants désignés ou élus, sans porte-parole dûment mandatés pour transcrire et plaider ses revendications, le hirak se condamnerait lui-même à rester une entité impersonnelle, non identifiable comme acteur majeur sur la scène politique. Il y a donc nécessité pour ces militants avisés au sein desquels on retrouve également de fortes figures politiques, des intellectuels de tout bord, des syndicalistes, d’engager désormais le mouvement dans un combat politique plus frontal pour l’amener à la conquête du pouvoir. Le hirak, selon eux, devrait apprendre à faire de la politique pour devenir encore plus redoutable dans ses manifestations.

Et pour cela, il devrait impérativement se structurer et laisser émerger une élite représentative capable de traduire devant les instances concernées ses exigences et de les transformer en résultats plus concrets. Face à la répression du régime, il faut opposer une solidarité sans faille. En restant uni, fort de la maturité politique qui anime sa composante, le mouvement se trouve donc à la croisée des chemins. Il est partagé entre deux tendances qui ne sont pas fausses. Il lui reste à trouver sa voie sans perdre la boussole, car il y va de son avenir.

A l’heure où le régime donne l’impression de se remettre en place avec un nouveau Président et un gouvernement trié sur le volet du système, le hirak n’a pas d’autre choix que de poursuivre son combat pour l’instauration d’un Etat de droit, de liberté et de justice, que seul un système démocratique peut générer. Pour ce faire, il doit programmer à court ou moyen terme son entrée dans les institutions, car c’est dans ces rouages que son apport serait efficient.

L’idéal, disent les hommes de progrès, serait que la formidable énergie du hirak et sa conscience révolutionnaire soient mises au service d’un grand courant démocratique qui régnerait sur la politique en Algérie. Il doit investir les apc, les wilayas, les assemblées parlementaires et tous les secteurs névralgiques pour réaliser un dessein aussi grand. Rien n’est utopique dans cette perspective, il suffit de prendre les résolutions les plus réalistes.  

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