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Le gaffeur et les flagorneurs

31 octobre 2020 à 10 h 45 min

Ainsi donc, le «cancre» du gouvernement n’a pas été sanctionné pour avoir offensé le peuple. En dépit de la colère citoyenne qu’il a soulevée, il est maintenu à son poste qu’il doit certainement à ses accointances familiales.

Dans une République digne de ce nom, et compte tenu de la gravité du dérapage, son limogeage aurait été décidé sans aucune hésitation. En haut lieu, on a préféré faire comme l’autruche.

Certes, son écart de langage a été recadré par le ministre de la Justice qui a qualifié son acte de «dangereux» pour justifier une réaction officieuse, mais dans cette affaire, c’est l’étrange silence du Premier ministre, son supérieur hiérarchique, qui est relevé. En recourant lui-même à la formule classique de substitution selon laquelle ses propos ont été extirpés de leur contexte pour dire qu’il a été tout bonnement «incompris».

Le gaffeur s’est empressé, pour limiter les dégâts, à faire ses plates excuses aux Algériens, reconnaissant implicitement l’impardonnable faute qu’il a commise. Cependant, en termes de préjudice causé à la culture d’Etat et son respect en toutes circonstances, cela ne pourrait suffire.

La condescendance qui lui a été accordée équivaut à une banalisation de l’impair, voire à la «validation» d’une attitude quasi dévoyée et fondamentalement irresponsable que l’actuelle équipe dirigeante ne cesse pourtant de dénoncer en surface pour essayer de convaincre de sa propension à se démarquer des mœurs politiques de l’ancien système.

Quand on parle de culture d’Etat, on fait référence en priorité au sens de la responsabilité dans sa dimension professionnelle et civique, des valeurs morales et éthiques dont on doit s’imprégner et de l’engagement qu’on prend pour se mettre au service du citoyen. Le ministre impénitent a d’un trait bafoué toutes ces valeurs, emporté qu’il était dans son délire emphatique.

A titre de comparaison, le ministre tchèque de la Santé a tout récemment été prié par son chef du gouvernement de déposer sa démission pour avoir enfreint les mesures restrictives (qu’il a lui-même imposées) prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19. Son forfait ? Il a été surpris aux environs de minuit sans masque dans un restaurant censé être fermé au public. La photo publiée par la presse locale a fait scandale, et c’est naturellement qu’il a été poussé vers la sortie sans que lui-même ne trouve à redire.

Des exemples de ce genre sont légion dans les nations où les citoyens ont un droit de regard sur le devoir d’accomplissement de la responsabilité attribuée à leurs dirigeants.

C’est dire que dans les pays démocratiques où ce droit est respecté et protégé, où les rapports publics entre gouvernants et gouvernés sont normalisés et transparents, et où notamment une personnalité politique officielle, qu’elle soit ministre, haut cadre de l’Etat ou militaire, ne peut en aucune manière se prévaloir d’un esprit de supériorité dû à sa fonction et à sa position sociale, on ne badine pas avec les principes sacrés de la gouvernance. D’une gouvernance rigoureuse qui a ses règles déontologiques et ses impératifs civilisationnels.

Cela dit, l’épisode Khaldi, pour revenir à lui, a quoi qu’on dise drôlement pollué la dernière phase de la campagne pour la révision de la Constitution, mettant dans l’embarras aussi bien les services de la présidence de la République, l’institution militaire que tout le gouvernement qui s’est investi avec beaucoup d’acharnement pour la réussir.

Une campagne qui se termine dans un climat d’indifférence populaire pesant au moment où la situation sanitaire repart à la hausse tandis que l’état de santé du président Tebboune est présenté comme «inquiétant» suite à son transfert d’urgence à l’étranger. C’est le pire scénario qui pouvait arriver à un agenda référendaire tracé par ses initiateurs comme une feuille de route académique et piloté avec un sens aigu de la démesure.

A ce propos, à côté du gaffeur qui a eu la palme du désaveu cinglant que pourrait subir un membre du gouvernement dans l’exercice de ses fonctions, on compte des ministres – et pas des moindres – qui se sont eux aussi «distingués» de manière fantasque en versant dans l’outrance oratoire pour mieux marteler les esprits.

On peut déjà parler de tendance généralisée et flagrante à la «mystification» sachant que la majorité des membres de l’Exécutif, envoyés sur le terrain de la communication-propagande pour ratisser large au niveau de la participation – l’abstention massive au scrutin restant comme une menace obsessionnelle –, ont eu des instructions pour «consacrer» de facto ce projet de révision constitutionnelle comme une revendication du hirak et non comme une priorité du régime.

C’est affirmé lors des meetings en salles fermées et sur les passages télé comme une vérité absolue alors que le mouvement populaire depuis son lancement n’a jamais inscrit dans ses exigences une telle demande, fixant plutôt ses revendications prioritaires sur le changement radical du système à travers toutes ses ramifications, du personnel de la îssaba l’incarnant et des méthodes iniques de gouvernance qui ont prévalu. La matrice du discours racoleur est la preuve qu’un tel raccourci était indispensable pour donner un sens au projet. Sauf que… la greffe ne semble pas avoir répondu à une opération concluante.

Il fallait dès lors être plus inventif, peut-être plus audacieux, en n’hésitant pas à taquiner carrément l’absurde. Comme cette homélie emballée du Premier ministre qui soutient que «ceux qui opteront pour le Non sont pour le retour de l’ancien système». L’allusion est adressée au hirak qui appelle pourtant de ses vœux à bâtir un nouveau système. En tentant de diaboliser la position du mouvement populaire, le chef de l’Exécutif impose la loi de l’unanimisme alors que paradoxalement il répète à l’envi que les Algériens sont libres de leurs choix.

On retient par ailleurs le laïus sous forme de prêche encore plus frénétique du ministre des Affaires religieuses qui, suivant la même lignée que son prédécesseur sous les Bouteflika, va jusqu’à affirmer sans sourciller que «voter pour la Constitution, c’est emprunter la voie du prophète», abusant ainsi de sa fonction pour instrumentaliser la religion au service de la politique.

Au moment où la nécessité de séparer le politique du religieux est en débat pour réaliser le projet de société démocratique, la tutelle des Habous nous ramène à la case départ, tandis que la Constitution remodelée n’apporte pas de plus amples clarifications sur le sujet. Ni même d’ailleurs sur l’indépendance de la magistrature qui reste un vague programme, et sur lequel le ministre de la Justice, lui aussi en bon défenseur de la cause constitutionnelle, n’a pas cru utile dans ses sorties publiques de trop insister sur cette réflexion. Son algarade à lui, pour inciter les Algériens à se rendre nombreux aux urnes, est de leur parler d’économie, de valorisation des terres agricoles, de logements, et d’autres thèmes de la vie sociale mais pas de… justice.

Plutôt des grands bouleversements que connaîtra le secteur qui le concerne directement. Bizarre, non ? En tout cas, moins irrévérencieux que les propos d’un apprenti consultant «politique» de la chaîne TV qui monte et qui a pris le relais (pour Tebboune) de celle qui s’était mise effrontément au service des Bouteflika, bien qu’à l’origine celle-ci avait, elle aussi, servi ostensiblement la cour du Président déchu.

Courtisanerie interchangeable à la carte selon la direction du vent, notre consultant, pour s’attirer probablement les grâces du nouveau Pouvoir qui a déjà consenti des privilèges conséquents à sa publication (publicité ANEP, non-paiement des factures d’imprimerie, entre autres) est allé loin dans le déraisonnable et l’extravagant de la flagornerie en affirmant froidement que «la principale motivation des jeunes harraga est d’aller chercher ailleurs un toit et… une compagne.» Sans commentaires. Que répondre à une telle ineptie ?


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