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lundi, 29 novembre, 2021
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L’auberge espagnole

26 décembre 2020 à 10 h 25 min

Chers amis, on n’est pas sorti de l’auberge. C’est le moins que l’on puisse dire après une année de Covid-19 (et pas que…évidemment) qui n’a laissé aucun répit à l’humanité entière. Mais on ne parle pas ici de l’Auberge espagnole connue pour être un grand… foutoir (excusez l’expression), plutôt de l’auberge algérienne qui n’a pas encore son égale dans l’art d’entretenir l’opacité, l’embrouillamini et l’enfumage.

De toute façon, s’il fallait l’inventer cette auberge pour parler de la grande confusion qui règne dans notre pays, pour décrire (ou essayer de décoder) un profil directionnel, une politique, une stratégie, une démarche ou tout simplement une situation qui interpellent par leur complexité, on l’aurait fait. Car tout semble marcher de travers au moment où les nouveaux dirigeants nous présentent un tableau des plus prometteurs de la nouvelle Algérie qu’eux seuls arrivent à voir, à discerner et à servir.

Ce n’est pas pour ajouter à la déprime ambiante qui est palpable partout où on passe, ni tenter de jouer gratuitement au rabat- joie contre les discours éloquents et parfois carrément mirifiques, qui dominent la rhétorique officielle, mais on a beau chercher à approcher, même de loin, cette «bulle» arcadienne que le pouvoir veut absolument greffer au-dessus de nos têtes, impossible d’y parvenir.

On reste la plupart du temps sur un mirage. Bien sûr que les indécrottables courtisans, qui constituent la clientèle périphérique du pouvoir, ne sont pas de cet avis. Pour eux, il ne pourrait s’agir que de malveillance et de mauvaise foi pour casser la dynamique dite du renouveau. Ils sont quand même assez diligents ces bureaucrates de métier qui ne renoncent jamais à leur rôle subalterne pour nous chanter la philosophie du changement alors qu’ils sont connus pour être des auxiliaires très rompus au combat d’arrière-garde quand leurs intérêts sont mis en danger. S’ils ne trouvaient pas «leurs places» dans le concert actuel ouvert par l’ère Tebboune, croyez-nous, ils se seraient rangés naturellement dans la lignée des contestataires.

Et que dire de cette armada de politiciens opportunistes qui reviennent toujours par la fenêtre après avoir été chassés par la grande porte pour instrumentaliser les vertus de «l’ouverture démocratique», alors qu’ils sont eux aussi connus pour être d’ardents défenseurs de la pensée unique qu’ils brandissent, à chaque fois qu’ils se sentent menacés dans leur carriérisme, comme une doctrine inaltérable contre le péril progressiste et moderniste.

Et que penser encore de cette «armée» de porte-voix médiatiques qui ravalent sans le moindre scrupule toutes les valeurs éthiques de la profession en échange de quelques avantages matériels pour se mettre au service de l’ordre dominant au lieu de servir la communauté. Ce sont ces entités médiatiques qui glorifiaient hier, avec la même ferveur et la même obséquiosité à la fois, le règne pervers de la îssaba, qui viennent aujourd’hui reproduire, sans aucune gêne, sur les plateaux de télévision, les thèses glorifiantes de la nouvelle donne politique sous forme, comme toujours, d’une allégeance honteuse prête à toutes les compromissions.

Atouts

Ces éléments constitutifs que le pouvoir utilise au gré de son inspiration et de ses résolutions sont en fait des atouts indispensables aguerris dans la propagande populiste et la dialectique démagogique pour faire perdurer l’ordre établi et non pas permettre au système d’évoluer en fonction des aspirations des masses populaires. S’il y a dans les intonations officielles des accents vantant le changement du système, c’est uniquement dans les mots et la phraséologie lénifiante que cette musique trouve pour le moment refuge. Autrement dit, rien aujourd’hui n’indique qu’entre l’Algérie gérée par Bouteflika et celle qu’on cite sous le vocable de «nouvelle», il y a une quelconque différence, palpable, visible, notoire…

A quel niveau politique, sociétal ou économique perçoit-on cette différence ? Est-ce que les Algériens vivent mieux présentement ? Leur pouvoir d’achat s’est-il amélioré ? Leurs droits sont-ils mieux préservés ? Sont-ils plus libres d’exprimer leurs opinions ? Ont-ils l’impression de devenir des citoyens à part entière ? Ont-ils la certitude qu’un système démocratique est en train de se mettre réellement en place ? Que la corruption, le népotisme, l’abus d’autorité ont disparu du paysage ? Ont-ils des raisons de croire à une presse libre, à une justice indépendante, à une gouvernance issue de la volonté populaire ? Doivent-ils penser que notre diplomatie a retrouvé sa vigueur, que l’économie du pays ne bricole plus ? Les questions vitales ne manquent pas.

Ce sont là des motifs de réflexion qui doivent en principe faire l’objet de débats passionnés et passionnants avec la participation du grand public pour savoir exactement où nous en sommes. Mais les affirmations péremptoires des fameux «auxiliaires» squattant la communication officielle, pour soigner le tableau d’analyse, sont toujours présentes pour exclure les notes discordantes. Le pouvoir veut rester seul dépositaire de la vérité des chiffres, des statistiques, de l’argumentaire politique. Il refuse le combat contradictoire et préfère le mensonge d’Etat. C’est plus commode pour lui. Mais on ne peut parler de changement comme on viendrait réciter un texte de loi et l’imposer à l’opinion publique.

C’est dans la réalité et les turpitudes de la vie quotidienne que les choses apparaissent sans fioritures. Et dans cette optique, le verdict populaire est sans appel. Les Algériens estiment à une large majorité que la situation actuelle, après une année de gouvernance du nouveau pouvoir, n’a pas évolué, et qu’au contraire, elle s’est encore considérablement dégradée dans pratiquement tous les domaines. «C’est le même système qui fonctionne avec les mêmes méthodes, pense-t-on, mais avec un personnel autre.»

Pour la vox populi, il y a trois indicateurs qui peuvent renseigner sur l’héritage assumé et laissé par le Président déchu. Primo, la justice n’est toujours pas une institution indépendante. Secundo, la presse est complètement neutralisée. Les quelques îlots de liberté qui existaient au temps de Bouteflika ont disparu, et les médias publics (tv et radio) sont encore plus redondants qu’avant. Tertio, la vie politique est agonisante.

Le pluralisme est détruit, l’opposition est harcelée, c’est le retour de la pensée unique. Bouteflika n’est pas allé aussi loin dans la «pacification». Mais il n’y a pas que cela. Les prisons sont remplies de détenus d’opinion, des jeunes activistes du hirak et de journalistes qui tiennent à leur liberté.

Les syndicats libres, les associations non gouvernementales sont ignorés. Les libertés individuelles et collectives sont bafouées. Si on ajoute que la courbe du chômage ne cesse de s’envoler, que l’inflation est plus que galopante, et que la diplomatie algérienne est en train de perdre un à un ses titres de noblesse, on se demande objectivement sur quelle notion scientifique ou pragmatique nos dirigeants articulent leurs appréciations pour nous dire que l’Algérie nouvelle se porte bien, elhamdoulillah…. n’en déplaise à ses détracteurs qui lui veulent du mal parce qu’ils ne savent pas ou refusent de voir. L’année qui s’en va, lourdement impactée par la Covid-19, est à mettre très vite aux oubliettes. Elle n’a rien apporté aux Algériens sinon de fausses espérances liées aux nombreuses «zones d’ombre» dans lesquelles patinent les différentes fractions des «décideurs» pour qui l’avenir de l’Algérie ne pourra être que celui que ces derniers veulent bien lui tracer.

Elle se termine, pour l’anecdote, avec le retour «politique» de Khaled Nezzar lavé de tout soupçon, mais qui reste une énigme, une de plus, sur laquelle le peuple algérien n’aura droit à aucune explication, et par la convalescence prolongée du Président en Allemagne d’où il continue d’envoyer ses instructions par tweet pour montrer que le pays n’est pas à l’arrêt, en évitant toute allusion à un éventuel rapprochement avec le hirak pourtant salutaire et synonyme d’une conversion politique plus réaliste…

2021 frappe à nos portes alors que nos angoisses sont toujours présentes, accentuées par la menace sioniste qui vient de s’installer aux abords de notre frontière ouest. Résilience et vigilance pour dire à tous «Bonne année quand même, en souhaitant que le cauchemar corona ne soit bientôt qu’un mauvais souvenir, inch’Allah».


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