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mardi, 12 novembre, 2019
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La révolution victorieuse

07 novembre 2019 à 9 h 00 min

Entre le pouvoir militaire, qui s’est transformé en «gestionnaire» politique subissant de plein fouet les événements, et le mouvement populaire, le fossé ne cesse de se creuser. L’accompagnement promis au début de la manifestation par l’état-major s’est transformé, au fil des semaines, en un embrigadement étudié et musclé avec l’intention toujours renouvelée de réduire au maximum la portée du hirak.

S’il y a une conclusion à tirer aujourd’hui, d’aucuns diront que c’est pour prémunir l’agenda électoral contre toute forme de pression tendant à le remettre en cause que les autorités sont montées en cadence (en puissance) dans leur organisation répressive, en n’hésitant pas à commettre les atteintes les plus scandaleuses en matière de respect du droit, de la justice et de la liberté.

L’intrusion des forces de l’ordre dans une enceinte sacrée comme un tribunal pour «mater» la révolte des magistrats est une preuve supplémentaire de l’escalade de la violence dans laquelle s’est engouffré le pouvoir militaire.

Pour «dégonfler» le vaste mouvement de contestation, on a donc décidé en haut lieu de faire régner la terreur en agissant dans un premier temps sur les personnalités les plus marquantes pour les réduire au silence, et ensuite sur les simples anonymes fidèles marcheurs parmi les fidèles qui, pour un slogan, une pancarte ou une chanson à la gloire du hirak, se sont retrouvés en prison en compagnie des acteurs et des activistes politiques. Le bâton et la prison ont fonctionné fort ces dernières semaines, avec la bienveillance d’une magistrature qui semblait avoir choisi son camp avant de se rebiffer un tant soit peu quand ses intérêts ont été touchés.

Mais pour quel résultat ? Côté pouvoir, on a la certitude qu’avec ces méthodes punitives la route d’ici le 12 décembre sera dégagée.

C’est une manière peu orthodoxe pour mener l’élection présidentielle à bon port même si elle noircit encore davantage la crédibilité des gouvernants, notamment à l’internationale où les réactions sont devenues un peu moins conciliantes.

Côté hirak, on reste persuadé que les conditions idoines pour élire démocratiquement un nouveau Président ne sont pas réunies et que, par conséquent, il serait vain de maintenir un agenda qui voudrait se réaliser sans la volonté populaire. En d’autres termes, pour les Algériens partisans du changement radical du système, le passage en force pour atteindre cet objectif ne présage rien de bon pour l’avenir du pays si tant est que la révolution pacifique, qui a déjà désagrégé une bonne partie de ce système, ne donne visiblement pas l’impression de vouloir brader ses principes ni de céder à un quelconque chantage.

Entre les deux positions diamétralement opposées et placées sur orbite de l’affrontement, il y a la crainte du pire qui s’installe. Qui peut faire une projection objective sur l’après-élection ? Même le commandement militaire en serait incapable à partir du moment où il a jeté toutes ses forces dans la réussite de la mission électorale, sans penser au lendemain. La preuve, il n’a même pas prévu dans son agenda… une date pour un deuxième tour si jamais les candidats sortants n’arrivent pas à obtenir un score majoritaire.

Pendant ce temps, le hirak poursuit son combat avec la même détermination. La même conviction. La même intensité dans la mobilisation. Ce sont les trois traits de sa personnalité que le pouvoir a cherché à atteindre, mais sans jamais réussir. Plus la tentative de division a été ouvertement déclarée, plus les rangs de la solidarité se sont consolidés. Comme quoi, la guerre d’usure entreprise par le commandement militaire pour affaiblir la révolution populaire, et bien sûr la neutraliser, n’a pas donné les résultats escomptés. Il en fallait davantage pour amener les marcheurs à aller à contre-courant de leurs aspirations.

Evidemment que les gens du sérail ne sont jamais restés à court d’idées pour désarticuler le mouvement de protestation. Ils ont essayé toutes les recettes maléfiques pour briser son union et sa capacité à se reproduire à la moindre petite faille. La chasse aux porteurs de l’emblème amazigh a été dans ce sens l’initiative la plus perfide. Elle voulait tout simplement, en plus de la grossière visée de monter les «Arabes contre les Kabyles», semer la zizanie en portant atteinte à l’identité culturelle des Algériens. Un plan diabolique qui a été accompagné par des mesures répressives extrêmement dures et brutales dans le seul but d’amputer la révolution d’une de ses dimensions considérée parmi les plus dynamiques et les plus actives.

Si dans la capitale l’opération «dissimulation» du drapeau amazigh a été plus ou moins imposée par l’instauration d’un climat de terreur qui n’avait d’égal que la férocité des moyens de proscription mis en œuvre pour la mener à terme, à l’intérieur du pays elle a ressemblé à un bide dont les autorités ne se sont jamais relevées. A Tizi Ouzou et Béjaïa, pour ne citer que ces deux villes qui portent à bout de bras le combat identitaire et démocratique, l’emblème amazigh a continué à accompagner vaillamment les foules dans une ambiance de résistance qu’aucune mesure coercitive n’a pu ébranler.

Il en a été d’ailleurs de même dans la plupart des villes et régions d’Algérie où le hirak s’est étendu avant de devenir une force de rassemblement qui donne du fil à retordre aux missions policières chargées de les «encadrer» ou de les contrôler. Finalement, l’offensive emblème amazigh, lancée éperdument par les maîtres-penseurs du pouvoir et censée introduire des fissures dans les impressionnantes colonnes de manifestants, a volé en éclats grâce à la vigilance dont a fait preuve la grande majorité des Algériens, et à la conscience militante qui les anime pour éviter tout dispersement inutile.

La réponse est venue d’elle-même et reprise à l’unisson : tous frères mobilisés pour la même cause ! Donc pas de Kabyles, d’Arabes, de Chaouis, de Mozabites, des gens du Centre, de l’Est, du Sud ou de l’Ouest, mais des Algériens décidés à prendre en main leur destin commun derrière un seul étendard, celui de la liberté, du droit et de la justice. Pour l’heure, la révolution pacifique du 22 Février ne veut pas se poser trop de questions sur son destin. Elle s’estime suffisamment forte de sa conscience politique, de son sens du sacrifice et de son abnégation pour avancer. Et avancer, c’est déjà un mouvement victorieux.


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