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La chronique de A. Merad

La gérontocratie à l’épreuve de la jeunesse

25 juillet 2019 à 10 h 00 min

Pour débloquer la situation, il faut repasser… C’est un peu le sentiment général qui est ressenti. Même si la rue reste très alerte et ne lâche rien, la lassitude se lit quand même sur les visages. Elle se devine. Les Algériens sont avides de changement. Ils le disent. Ils veulent que l’histoire de leur révolution pacifique aboutisse enfin. Dans l’intérêt du pays. Mais lassitude ne veut pas dire découragement ou abdication.

C’est une colère sourde qui gagne du terrain contre les assoiffés de pouvoir qui font perdre à l’Algérie un temps précieux pour la reconstruction démocratique. Ces indécrottables relais du régime qui ne désespèrent pas de voir un jour le bouteflikisme renaître de ses cendres pour sévir encore, et encore. Chaque jour qui passe devient un énorme gâchis qu’on payera lourdement demain. Politiquement, économiquement, socialement.

Cinq mois de mobilisation massive, régulière, imperturbable, et le système grâce à ses affidés tient encore. Il reçoit banderille sur banderille, mais ne veut pas rendre l’âme. Ses armes ? les manœuvres dilatoires, les faux plans, le parasitage, la récupération, la répression. La panoplie de ses vieilles recettes autoritaristes est toujours en action. Tout un mode d’emploi pour éviter de s’effondrer, alors que le monde bouge et se transforme. Le mot d’ordre : ne pas céder, ne rien promettre. Cela permet de gagner de temps, de tourner en rond pour user psychologiquement l’adversaire. Le pouvoir se sent maître du jeu.

Il pense détenir le monopole du patriotisme et… du paternalisme nationaliste pour imposer, parfois de façon brutale, parfois de manière grotesque, sa vision du devenir du pays. Son illégitimité, il n’en a cure. Acculé dans ses propres contradictions constitutionnelles, il trouve toujours les raccourcis qui l’arrangent pour rester prépotent. Et gare aux frondeurs qui pourraient être assimilés à des séditieux à la solde d’une quelconque officine étrangère.

Il ne faut pas confondre entre révolutionnaire et… révoltés même si la cause est identique. Résultat des courses : ça patine. L’horizon demeure brouillé. Et qui n’avance pas recule. Sur le tas, la table des discussions censée nourrir l’espoir de voir la fin du cauchemar reste affreusement vide de ses interlocuteurs. Le dialogue de sourds semble s’installer pour une durée encore indéterminée, dans une ambiance plutôt malsaine et terrorisante.

Mais qui est responsable ? Côté officiel – c’est-à-dire pouvoir militaire, présidence de la République, gouvernement – on reste sur une position tranchée, immuable : ce sont les partis d’opposition et les représentants de la société civile dans toute sa diversité qui ne font pas preuve de suffisamment de «pertinence» pour instaurer un climat propice à la résolution de la crise. «Ils font dans la surenchère politicienne», dit-on comme pour marquer un territoire. En fait, décodé, le message veut dire que si la greffe du dialogue n’a pas pris, c’est parce que les lignes directrices de l’instance militaire ne sont pas suivies à la lettre. Plus compliqué encore, elles sont contestées, voire rejetées.

Côté hirak, on accuse ouvertement les tenants du pouvoir d’ user de subterfuges pour entraver tous les projets qui ont germé à partir du terreau révolutionnaire et qui répondent d’abord aux exigences du peuple. Le pouvoir veut élire rapidement un nouveau président de la République sans passer par une phase transitoire. Le peuple, pour sa part, réclame comme préalable à toute solution négociée le départ de tous les symboles de l’ancien système parmi lesquels le chef d’Etat par intérim et le premier ministre, la libération immédiate des détenus d’opinions, et l’arrêt immédiat des mesures répressives contre les manifestants. Il suffit pourtant que Bensalah et Bedoui reviennent à la raison en annonçant officiellement leur retrait pour que la situation se décante un tant soit peu.

Que les tenants du pouvoir, avec lesquels il faut s’asseoir autour d’une table, désignent ouvertement leurs représentants au dialogue pour que l’on vienne à entrevoir un signe miraculeux d’ouverture et probablement d’entente. Que les personnalités emprisonnées en raison de leurs idées ou de leurs expressions politiques quittent leurs geôles pour que la confiance s’installe et ouvre les perspectives les plus prometteuses à la négociation.

La libération de ces détenus – parmi eux des figures de la Révolution algérienne dont l’état de santé donne des inquiétudes – est une mesure d’abord humaine avant d’être politique. Que cesse la répression contre les marcheurs pour que le climat général de cette crise devienne plus respirable. Il faut se demander pourquoi les instances dirigeantes refusent catégoriquement de souscrire à ces revendications de base, alors que c’est une option irréversible qu’elles devront tôt ou tard prendre en compte.

Pourquoi donc s’obstine-t-on en haut lieu à tourner le dos aux aspirations légitimes des Algériens alors que cette révolution est inscrite dans la marche de l’histoire programmée pour connaître un dénouement heureux ? Il ne s’agit pas de philosopher sur le destin du hirak qui n’a pas d’autre choix que de mener la lutte de la mobilisation populaire vers le succès, mais de dénoncer les goulets d’étranglement, réels ou provoqués, qui mettent de semaine en semaine, de mois en mois, le pays dans une situation de déshérence véritablement inquiétante.

Si les énergies juvéniles sont une richesse inestimable de compétence capables de relever les défis les plus insensés le jour où elles accèderont aux responsabilités, il y a lieu de situer aujourd’hui les dégâts engendrés par le maintien aux postes de commande d’une gérontocratie qui n’a ni la vision ni la pertinence pour se mettre au diapason du développement économique, technologique, culturel dans lequel un état moderne et démocratique doit s’insérer s’il ne veut pas rester à la traîne. L’Algérie veut gagner ce pari, mais on bloque sa force vive de partout.

Dire que nos dirigeants sont dépassés par les événements est une lapalissade. Mais c’est leur persistance à vouloir régenter le pays alors que leurs horloges se sont arrêtées au siècle dernier qui n’est plus tolérable dans un pays où 75% de la population a moins de 40 ans. Le mémorable triomphe de Djamel Belmadi et ses hommes en Coupe d’Afrique des nations est là pour démontrer que la jeunesse algérienne est en mesure de rivaliser avec les plus grands. Comme au foot, elle peut faire des miracles en politique, en gestion économique, dans les domaines de l’art et de la science. Il faut juste lui transmettre le relais et lui faire confiance.


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