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La chronique de A. Merad

La «gauche» algérienne en pole position ?

30 mai 2019 à 9 h 00 min

Le mouvement insurrectionnel s’est imposé comme une force citoyenne incontestable, l’idéal serait qu’il se transforme en force politique conquérante en prévision des campagnes électorales à venir. Compte tenu de son inclination résolument avant-gardiste, le hirak a clairement affirmé ses engagements pour l’instauration d’un Etat démocratique authentique appelé la deuxième République. Partout à travers les contrées les plus reculées d’Algérie où la mobilisation populaire s’est exprimée, les revendications portaient (et portent encore) sur l’abolition du régime totalitaire et son remplacement par un Etat de droit, de justice et de liberté, que seul un système démocratique peut promouvoir.

La conviction générale à la base de la protesta ne peut donc soulever aucun doute sur la nature et les objectifs du combat libérateur que mènent les Algériens. Mais pour que ce combat soit capitalisé au profit du projet démocratique, le hirak, par son énergie, sa vigueur et sa maturité politique est tenu de faire basculer en sa faveur le rapport de force dominant sur l’enjeu électoral, lui-même déterminant pour l’avenir de la société. Autrement dit, si le bulletin de vote est devenu l’arme la plus efficace pour faire entendre sa voix, ses idées et ses convictions de la manière la plus transparente qui soit, il est fait obligation, par devoir patriotique, à toutes les forces démocratiques de concevoir l’usage de l’urne comme l’aboutissement naturel de leurs sacrifices.

C’est aussi simple que cela. Pour gagner une élection, il faut aller voter massivement pour le projet auquel on aspire. Jamais peut-être le devoir électoral du citoyen n’a été au centre des préoccupations politiques et idéologiques que celui qui présidera aux destinées de l’élection du prochain président de la République qui doit incarner, par son programme et sa vision politique, la nouvelle Algérie dont nous rêvons.

Ce scrutin ne sera forcément pas comme les autres. Il marquera le passage historique d’une ère dite totalitaire, qui a mené le pays à une régression endémique depuis son indépendance, vers une autre porteuse d’espérances, plus ouverte sur la dignité et le progrès social, économique, culturel. Véritable acte de rupture, ce sera donc le scrutin de l’espoir qui ne tolérera aucun absentéisme ni aucune forme de romantisme le jour où il faudra faire son choix.

Mais c’est surtout un défi majeur qui va se dresser inéluctablement devant les millions de contestataires qui continuent de battre le pavé pour faire triompher la démocratie. Car l’élection présidentielle, qui se tiendra, selon les prévisions les plus réalistes, probablement dans les six mois à venir (et certainement pas le 4 juillet), sera le premier jalon fort ou la première assise solide de tout l’édifice démocratique à construire sur lequel il faut bien réfléchir.

Faut-il craindre pour cette entreprise que le lien entre la mobilisation populaire et le devoir électoral ne soit pas suffisamment puissant pour matérialiser les exigences du hirak ? A travers cette question qui nous renvoie à l’idée de ne jamais concevoir un combat aussi périlleux soit-il sans penser à sa finalité, ce sont les forces démocratiques dans leur diversité et leurs divergences qui sont les plus interpellées pour le rôle décisif qu’elles sont appelées à tenir dans un terrain de confrontation où l’adversité politique et idéologique sera redoutable.

En d’autres termes, s’il doit d’abord mener une bataille contre lui-même pour unifier ses rangs et donner naissance à une force représentative qui pourrait lui ouvrir une victoire à la mesure de ses ambitions, le courant démocratique auquel le hirak semble avoir apporté un peu de sang neuf ne doit pas négliger les deux autres courants (conservateur et islamiste) qui pèsent sur la vie politique nationale et dont la perception du concept démocratique est totalement différente.

En fait, si aucune étude sociopolitique n’a jamais été faite pour déterminer les appartenances «géographiques» exactes de ces courants dans le jeu et l’espace politiques, on peut par les positions et les visions des partis au service de ces trois grandes mouvances déterminer, non peut-être sans un brin de subjectivité, qui évolue à droite, à gauche ou au centre. Face à des protagonistes qui tiennent le bâton plutôt par le milieu, pour paraphraser une expression populaire familière, c’est le courant dit démocratique qui incarne le plus la tendance progressiste du paysage politique qu’on pourrait donc classer à gauche et qui par conséquent porte le mieux les espoirs d’un changement sociétal ouvert sur la liberté, le progrès et la modernité.

Ce courant a vu sa veine grandir en voyant ses positions se greffer presque naturellement avec celles du mouvement révolutionnaire. En défendant les principes fondamentaux de la démocratie, les partis de gauche ont trouvé au sein du hirak un prolongement à leur lutte partisane. C’est un apport populaire d’une densité extraordinaire qu’il convient de convertir en dynamique électorale, pour peu que les partis de la mouvance démocratique arrivent à transcender leurs divergences égocentriques, notamment celles touchant le point sensible du leadership.

On se rappelle dans les années 1990, où la troisième force politique avait des chances d’émerger contre les courants rétrogrades, le pôle démocratique qui devait contenir les espoirs de la société civile avait longtemps souffert du syndrome du zaïmisme avant d’abdiquer. L’erreur fatale serait de reproduire les mêmes penchants là où la notion du consensus s’impose, alors que les courants conservateur et islamiste restent très vigilants et surtout savent faire front quand il y a péril en la demeure.

Il faut quand même dire que ni les partis de la «famille révolutionnaire», ni ceux du courant fondamentaliste ne sont actuellement en position de force pour prétendre régner sur les campagnes électorales. Si la révolution du peuple a réussi à désagréger les deux béquilles de l’ancien système, le FLN et le RND, semant le désarroi dans le camp des conservateurs qui ne pourront plus compter, comme avant, sur l’aide du sérail pour rebondir, le désastre causé à l’islam de par le monde par Daech et le jeu des compromissions dans lequel ils se sont fourvoyés ont, quant à eux, porté un rude coup à l’ascension des islamistes.

Ces derniers, toujours à la recherche d’un «guide» providentiel, ne sont plus sûrs de pouvoir obtenir des scores majoritaires dans les suffrages, bien qu’ils restent toujours maîtres de l’entrisme et de la… récupération. Mais rien n’indique qu’une telle analyse soit conforme à la réalité tant la vie politique nationale que nous subissons reste très fluctuante et en proie d’être atomisée à tout moment. La perte de terrain peut-elle être avantageuse pour les démocrates ? L’échéance électorale qui nous attend nous donnera sûrement les premiers indices.


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