La chronique de  A. Merad  : Les conspirateurs de l’ombre toujours actifs | El Watan
toggle menu
vendredi, 24 mai, 2019
  • thumbnail of 20190524

La chronique de  A. Merad  : Les conspirateurs de l’ombre toujours actifs

18 avril 2019 à 9 h 00 min

Alors que les choses semblent s’accélérer plutôt favorablement pour le mouvement citoyen contestataire, avec d’une part le départ forcé d’un «baron» du système de Bouteflika, Tayeb Belaïz en l’occurrence, l’une des figures symboles dont la tête était fortement réclamée, et d’autre part, le rapprochement un peu plus prononcé du chef d’état-major de l’armée des thèses affirmées par la mobilisation populaire, nombreux sont les manifestants qui se posent encore cette question cruciale : faut-il signer un chèque en blanc à Gaïd Salah ?

Le peuple algérien, qui exige depuis deux mois sans interruption la chute du régime corrompu, a été tellement échaudé par des engagements factices de sa part qu’il en est venu à douter de tous ses effets d’annonce aux relents parfois populistes qui affleurent sans être suivis,ou alors rarement, de mesures concrètes allant dans le sens de ses légitimes revendications.

Le chef d’état-major vient une nouvelle fois de hausser le ton pour faire part, avec davantage de conviction encore, de son adhésion inflexible à la ligne de changement exprimée par le mouvement citoyen, tout en adressant des menaces à peine voilées aux manipulateurs de l’ombre, qui chercheraient à entraver la marche de la Révolution pacifique, à la détourner de son objectif, à porter en somme atteinte à la souveraineté populaire, mais est-ce suffisant pour crédibiliser son engagement et lever les doutes sur la fiabilité de ses intentions ?

A-t-il enfin saisi la portée profonde du message politique délivré par le hirak après avoir longtemps considéré son projet comme un peu trop surréaliste, impliquant en tous cas, selon ses propres aveux, des «concessions impossibles à satisfaire» ? Il faut dire que le nouvel homme fort du régime n’a pas pris de gants pour mettre en garde les adversaires (les ennemis) de cette Révolution non violente, comme pour signifier aux millions d’Algériens qui attendaient de lui un déclic que sa position – et celle bien entendu de l’armée vis-à-vis de la mobilisation citoyenne – est désormais claire et irréversible.

En se proclamant premier défenseur de cette mobilisation impressionnante qui reste fermement attachée à son idéal et au combat pour la dignité qu’elle mène pour transformer radicalement le destin de notre société, en faisant publiquement le serment que l’armée ne fera couler aucune goutte de sang d’un Algérien, Gaïd Salah a envoyé un signe fort qui fera certainement date comme un tournant d’une importance capitale dans la nouvelle histoire que l’Algérie s’apprête à écrire.

Cependant, si de discours en discours, sa volonté d’accompagner le mouvement citoyen se libère en théorie, il en est parmi les Algeriens engagés corps et âme dans la lutte pour l’instauration d’un état démocratique, qui constatent avec une réelle amertume que dans la globalité de sa configuration le système, honni avec pratiquement ses principaux acteurs, demeure bien en place. Actif et médiatiquement présent, alors qu’il devrait s’effacer devant la pression de la rue.

La manifestation la plus révoltante de cette résilience – qui ressemble à un pied de nez adressé aussi bien au mouvement citoyen qu’à l’institution militaire – est donnée par la persistance des clans maffieux et autres cercles occultes relevant d’un fantomatique cabinet noir, dont l’influence sur le fonctionnement des institutions et les rouages sensibles de l’Etat reste intacte.

Les allusions du chef d’état-major sur leurs agissements et leurs tentatives de semer la confusion et la division ont été bien perçues, mais force est de reconnaître que pour l’heure trop de liberté de manœuvre sournoise et pernicieuse est laissée à ces clans pour ne pas s’inquiéter des dangers de déstabilisation qu’ils peuvent encore produire.

Si Gaïd Salah a violemment rappelé à l’ordre l’ancien patron du défunt DRS, versé, d’après ses informations, dans la complotite pour créer des troubles à la Révolution du peuple, il ne réserve pas pour autant un traitement similaire aux frères du Président déchu qui ne sont pas moins impliqués dans la même conspiration.

Ces leaders de la sédition – comme semble les qualifier le premier responsable militaire que l’ex-président Liamine Zeroual a dénoncés implicitement – ne sont pas placés en résidence surveillée comme annoncé par une certaine presse, mais jouissent en toute quiétude de leur liberté d’action, alors qu’ ils ont des comptes à rendre.

Sont-ils protégés par un quelconque deal passé avec l’ancien Président ? La non-neutralisation des activistes tapis soit dans l’antre de la Présidence soit dans celui des Services laisse penser que Gaïd Salah n’a pas encore réglé le problème de la guerre des clans qui mine le pays et empêche de trouver une solution juste et durable à la crise.

Cette situation de conflit latent, nourri en permanence par les cercles occultes alors que les manipulateurs sont identifiables, pourrait donner un aperçu sur les trafics d’influence que le chef de l’armée ne peut encore maîtriser pour différentes raisons. C’est précisément ce manque de détermination qui s’apparente à une marque de faiblesse qui étonne alors que ce dernier a pris le soin de se doter de tous les moyens de décision et d’intervention. Et qui par conséquent ne dérange pas les résidus du système qui sont toujours actifs.

Comment expliquer dans ce cas qu’un magistrat, connu pour avoir été l’un des bras les plus répressifs contre les jeunes contestataires en Kabylie lors du Printemps berbère, jetant en prison lycéens et étudiants sans le moindre scrupule dans des conditions de détention atroce, un homme traînant une sinistre réputation de zélateur impénitent de l’ordre autocratique puisse se retrouver à la tête du Conseil constitutionnel, au moment où le peuple algérien exige des personnes intègres et propres, aux valeurs démocratiques intrinsèques pour conduire le processus d’alternance.

Comment expliquer encore que malgré les rappels à l’ordre du commandant suprême de l’armée aux services de police, on continue d’assister à des exactions scandaleuses contre les manifestants, notamment contre la jeunesse estudiantine. Qui sont ces responsables qui donnent les consignes pour réprimer les manifestations pacifiques et qui apparemment bénéficient d’une certaine impunité ?

S’il y a un pré-bilan à faire du hirak, il apparaîtrait très maigre par rapport à l’extraordinaire mobilisation qui l’a soutenu, et qui n’a abouti finalement qu’au dégagisme d’un despote en fin de règne et de l’arrêt de son farfelu 5e mandat. Toutes les ramifications de son système légué comme un champ de mines restent productives d’une manière ou d’une autre.

Le FLN et le RND, les deux grosses machines de propagande et viviers de l’affairisme véreux, sont plus que jamais à la manœuvre souterraine, non sans une certaine arrogance, alors que l’un doit retourner au musée et l’autre disparaître à jamais de la scène pour avoir dévoyé la politique.

Sidi Saïd continue de narguer les travailleurs, alors que la télé publique a toujours peur de se démocratiser. Le défi démocratique s’avère immense avec des excroissances aussi nuisibles contre lesquelles le pouvoir militaire semble désarmé. De là à entrevoir une transmission de ce pouvoir aux civils…. 

Lire aussi

Loading...

Related Post

S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!