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lundi, 29 novembre, 2021
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Histoire de vaccins

19 décembre 2020 à 10 h 10 min

On vous parle, une fois n’est pas coutume, d’un sujet qui, chez les gens ordinaires, préoccupe plus que la politique. Un sujet qui a un rapport direct avec la santé de la population mais que «la grande presse» a hélas tendance à banaliser. Il s’agit pour l’heure du vaccin antigrippal, et non pas encore de celui que tout le monde attend avec impatience pour en finir avec la psychose de la pandémie qui empoisonne l’existence humaine dans toute la planète.

Pourquoi donc ce vaccin est-il introuvable en cette période de grippe saisonnière où il devrait, comme les années précédentes, être disponible dans toutes les pharmacies du pays ? Le ministère de la Santé avait pourtant tenu à rassurer les masses en disant que toutes les dispositions étaient prises pour que cette campagne de vaccination facultative (qui intéresse les personnes vulnérables) se déroule sans problèmes et de façon graduelle. Comprendre que théoriquement, et compte tenu du programme mis en place qui devrait s’étaler sur quelques mois, le vaccin ne souffrirait d’aucune pénurie. Nous sommes en plein mois de décembre et le produit se fait toujours désirer. Certaines officines ont eu la chance de recevoir le précieux sérum en très petites quantités, vite écoulées, alors que la grande majorité des pharmacies à travers le pays attendent toujours d’être servies.

Il y a rareté, personne ne peut le nier, mais plus curieux encore, le prix du vaccin a pratiquement doublé. Il était à environ 700 DA, il est aujourd’hui refilé à près de 1400 DA. Malgré cette augmentation, la demande a été ressentie de manière assez conséquente cette année avec comme explication la volonté d’essayer d’atténuer l’impact d’une éventuelle contamination de la Covid-19. En effet, nombreux sont les Algériennes et les Algériens, même d’un âge relativement jeune, à prendre la décision de se faire vacciner contre la grippe pour surmonter le souci, comme le suggéraient les recommandations sanitaires, soit d’une double contamination (grippe et corona) soit d’un amalgame de la contagion épidémique quand les symptômes des deux affections s’entremêlent. C’est une mesure préventive certes, mais qui a cependant alerté beaucoup de monde, non sans provoquer une certaine tension auprès des pharmacies. L’autre particularité constatée cette année est l’interdiction, sous peine de lourdes sanctions, faite précisément aux pharmaciens, de procéder aux injections du vaccin.

C’est, nous a-t-on dit, pour parer aux graves complications que pourrait avoir le patient s’il se présentait avec l’ignorance d’être positif au virus de la Covid-19. Il est donc demandé, démarche très logique, aux solliciteurs du vaccin d’effectuer au préalable un examen sérologique avant de se rendre dans les unités hospitalières ou sanitaires pour se faire piquer par le personnel indiqué pour cette tâche, les pharmaciens qui apportaient leur contribution jusque-là, étant comme il est dit exclus. Mais subir le test sanguin pose lui aussi problème. Où faire l’analyse sanguine ? Dans les services compétents des hôpitaux, des centres de soins ou des dispensaires de quartiers, on ne semble pas être en mesure de répondre facilement à ce genre de besoin tant qu’il ne s’agit pas d’une urgence ou d’une sollicitation médicale prescrite par un médecin. Pour décliner les frais supplémentaires d’une consultation chez ce dernier, il reste donc la solution d’aller directement dans les laboratoires privés, mais le test n’est pas gratuit.

Il est facturé à 1400 DA. En résumé, pour se faire vacciner contre la grippe saisonnière, il faut débourser la somme minimale de 2800 DA, ce qui éloigne les bourses modestes des 650 à 700 DA d’avant la pandémie et encore si le produit est mis à la portée de tous, ce qui est pour le moment loin d’être le cas. Cette tension, petite ou grande, vraie ou supposée, sur le vaccin grippal, il faut le dire, a suscité sans qu’on n’y prenne garde un sentiment d’appréhension certain chez nombre de citoyens quant à la projection de la future campagne de vaccination contre la Covid-19 qui, elle, revêtira un tout autre aspect puisqu’elle sera autrement plus massive et exigera une organisation administrative et sanitaire d’une autre dimension.

Cette inquiétude est formulée sous forme de questionnement à propos de la disponibilité du vaccin pour tout le monde alors que le gouvernement éprouve visiblement de sérieuses difficultés à couvrir les besoins du vaccin contre la grippe, même si comme on le laisse entendre les réseaux de production sont perturbés au niveau des fournisseurs traditionnels à travers le monde. «Le vaccin antigrippal manque, qu’en sera-t-il du vaccin contre la Covid-19 quand l’Algérie entrera dans la phase effective de vaccination à grande échelle ?» Pour l’heure, les dirigeants ne semblent pas tellement préoccupés par l’urgence d’une opération d’envergure assez complexe à mettre en œuvre. Ils disent qu’ils ont tracé leur plan pour que les Algériens ne subissent aucune défection.

A entendre le ministre de la Santé, le vaccin arrivera au moment opportun et en quantités suffisantes pour traiter radicalement la pandémie. Mais à part l’annonce de sa gratuité, et des promesses d’approvisionnement en doses suffisantes auprès de pays producteurs, parmi lesquels la Chine et la Russie, seraient vraisemblablement en pole position, peu d’indices rassurent sur le fait que l’on se prépare dès à présent à l’extraordinaire vague vaccinale qui s’annonce.

C’est encore trop tôt pour en parler ? Personne ne sait, mais ce que les Algériens constatent, en revanche, c’est que la plupart des pays européens engagent concrètement avant la fin de l’année leurs campagnes de vaccination avec des dispositifs d’accueil et de gestion technique, administrative et médicale qui témoignent de leur volonté à ne pas perdre de temps, voire à être offensifs et efficaces à la fois. C’est tout un branle-bas de combat qui est mené alors que la Covid-19 fait encore des ravages et impose des mesures de confinement de plus en plus drastiques, contrairement à nous qui paraissons un peu attentistes, un peu en retard sur la mise en place du dispositif organisationnel. Ce qui renforce cette idée de se voir éventuellement pris de court alors que le monde s’emballe, c’est l’alignement de nos voisins sur l’effervescence qui agite actuellement les grandes nations.

La Tunisie et le Maroc auraient déjà passé leurs commandes et s’apprêtent eux aussi à entamer dans les plus brefs délais leurs cycles de vaccination. Bien sûr qu’il n’est nullement question de verser dans la précipitation de prestige qui risque de réserver de mauvaises surprises si elle n’est pas maîtrisée, mais a contrario, beaucoup se demandent si nos dirigeants ont vraiment conscience que c’est bien une course contre la montre qui est ouverte au niveau mondial et qu’à ce titre les arguments les plus fiables et les plus convaincants seraient ceux qui s’accorderaient, avec une anticipation intelligente concernant l’utilisation rationnelle des moyens dont nous disposons et des relais que nous avons au plan international pour espérer réussir un défi colossal mais surmontable.

Face à l’antidote de la pandémie, l’enjeu du vaccin contre la grippe saisonnière paraît certes moins déterminant sur les tensions psychologiques qui pèsent sur la société, mais c’est quand même un test «politique» qui permet une lecture sur le court et le moyen termes. Toutefois, il n’y a pas que le vaccin qui ramène le débat sur l’état réel de notre situation sanitaire et médicale, situation qui reste pour le moins sujette à toutes les discordances tant qu’elle ne jouit pas encore d’un statut privilégié en matière de développement.

Il y a le sous-équipement de nos structures sanitaires et l’insuffisance criante de notre infrastructure hospitalière qui nous rappellent qu’au-delà des marques d’auto-satisfaction de circonstance pour épater la galerie, le système de santé de l’Algérie est loin d’être le meilleur et le plus performant en Afrique et au Maghreb. S’il tient encore debout, c’est grâce souvent au haut degré de conscience de son personnel médical. Le ministre de la Santé a été clair à ce sujet. Objet d’attaques incessantes, il répond que la vulnérabilité de ce système tant décrié aujourd’hui remonte bien avant sa venue dans ce secteur.

C’est donc pour de multiples raisons liées aux incohérences qui caractérisent notre système de santé que l’on se demande quand, comment, et dans quelles conditions va se dérouler chez nous la vaccination contre la Covid-19 ? Légitime appréhension, n’est-ce pas, sur laquelle les responsables doivent être plus précis.


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