Hirak-Pouvoir : le temps de la surenchère | El Watan
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samedi, 08 août, 2020
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Hirak-Pouvoir : le temps de la surenchère

11 juin 2020 à 9 h 10 min

C’est une véritable armada qui est sortie de l’ombre ces derniers jours pour tenter de»désincarner» le Hirak. Il y a trop de coïncidences médiatiques pour ne pas y prêter attention.

Le motif qui semble dominer les arguments d’attaques tourne autour de l’idée que le Hirak «originel» a fait son temps, et que celui qui est aujourd’hui entretenu dans les réseaux sociaux est une pure création d’officines étrangères cherchant à déstabiliser le pays comme elles l’ont fait pour les fameux printemps arabes.

Une manière de le dévaloriser, de le rabaisser en le présentant comme incapable de se prendre en charge par lui même , ne possédant pas suffisamment de maturité pour résister à la manipulation, et plus grave succombant à la trahison en se mettant à la disposition de forces occultes contre son pays.

Il faudrait avoir l’imagination vraiment fertile et un mode de pensée diabolique pour faire croire que les millions d’algériennes et d’algériens de toutes conditions sociales sont sortis à travers tout le pays juste pour répondre en masse à l’appel des sirènes étrangères.

Alors même que le Hirak continue de subir dans le respect des règles sanitaires la phase de confinement, des offensives sont montées pour le réduire à néant, et auxquelles participent des personnalités publiques qui ont plus ou moins pignon sur rue. Rien ne permet, à vrai dire, d’affirmer que les consignes de diffamation ou de stigmatisation sont programmées au niveau des cellules stratégiques dirigeantes, mais un ralliement aussi ordonné autour de la pensée officielle demeure tout de même assez troublant.

Ce qui serait contradictoire avec la volonté du président de la République Abdelmadjid Tebboun de consacrer le Hirak dans la révision constitutionnelle.

Au lieu de servir de traits d’union pour rapprocher les réflexions constructives , au lieu d’instaurer des débats fructueux pour trouver les bonnes solutions et raffermir les alliances qui pourraient déboucher sur un vrai compromis tendant à changer tous les mécanismes nocifs du système inique qui a régenté l’Algérie, on semble privilégier encore une fois les vieilles méthodes de la surenchère politicienne et surtout radicale.

A défaut de pouvoir proposer des choses nouvelles pour ajouter une pierre à l’édifice, on préfère s’en prendre à la destruction de l’édifice lui même.

C’est malheureusement le constat qui permet de dire qu’au lieu de prendre le Hirak comme une plateforme dynamique porteuse d’espérances pour avancer ensemble dans la construction de la nouvelle République désirée par tous,certains esprits se braquent dans la partialité intransigeante de leurs positions, comme s’ils étaient dépositaires de la vérité. C’est d’ailleurs l’une des raisons majeures qui empêche la question du rapprochement et de la conciliation de se realiser malgré les oppositions des points de vue.

Nourredine Boukrouh que tout le monde connait pour la causticité de ses écrits a appelé ce comportement « le khechinisme» algérien au temps déjà de la pensée unique qui ne permettait aucun écart.

C’est la tête butée qui ne veut rien entendre, rien comprendre et qui fonce selon ses certitudes même si elle est dans l’ignorance ou le déni. Et cette tête n’est pas forcément du côté du Hirak bien que les jusqu’auboutistes se trouvent de part et d’autre. Faut-il laisser le fossé se creuser encore et ne faire parler que de politique sécuritaire ?Mais passons…

C’est généralement sous des thèmes polémiques que s’articule le hallali de nos contradicteurs de circonstance qui prends dans ce contexte l’allure d’une véritable catharsis.On y va avec la grosse artillerie mais en évitant de paraître trop engagé dans la contre révolution, car ça pourrait détruire toute une réputation même si elle est surfaite, et quitte aussi à réinventer son argumentation plus tard en n’hésitant pas à se contredire.

Les interventions des intellectuels de service qui font les plateaux de la télévision nationale et ceux des télés qui cherchent à tout prix à se faire une place dans cette conjoncture médiane sont très révélatrices sur cette position paradoxale d’une certaine élite face à un processus révolutionnaire qui pour l’heure n’a fait qu’apporter des évolutions salutaires à la société.

C’est le Hirak qui a arrêté le cinquième mandat de Bouteflika, c’est lui qui a intensifié la lutte contre la corruption et dévoilé l’ampleur de la prédation qui régnait, c’est grâce à lui que la plupart des membres de la «bande» qui nous gouvernait se sont retrouvés en prison, c’est surtout grâce à son esprit patriotique que l’unité nationale a été renforcée.

C’est le Hirak qui a désintégré le système dépravant et qui a permis aux algériens de retrouver dignité et conscience politique. Le Hirak comme toute révolution populaire émergeant spontanément face à l’injustice et au déni de liberté est, certes, traversé par des courants idéologiques divers et des tendances politiques divergentes, il reste cependant solidaire et très vigilant sur les objectifs fondamentaux pour lesquels il s’est unifié et dévoué en acceptant tous les sacrifices.

Dont celui de voir nombre de ses représentants croupir depuis des mois en prison pour avoir réclamer un vent de justice et de liberté.

Renier cette fantastique percée c’est être soit de mauvaise foi soit s’impliquer dans une mission sordide de désinformation qui ne peut être que suicidaire.

Son bilan, en tous état de cause, après une année de lutte pacifique est extraordinairement positif. Il est même devenu un exemple dans le monde où plusieurs manifestants imitent l’attitude des algériens en évitant de tomber dans la violence pour obtenir leurs exigences revendicatives.

Comment donc est-on arrivé à ce stade de jeter l’anathème sur le Hirak alors qu’il fait la fierté de l’Algérie hors de ses frontières ? Quelles dividendes politiques ou autres ramassent ses intellectuels qui ne sont mandatés par personne, en voulant à tout prix démontrer que le soulèvement populaire est une œuvre délétère qu’il faut absolument casser?

Nous reviennent, à ce titre, les propos de l’écrivain-chercheur qui, sur canal Algérie, ont attribué le déclenchement du mouvement à partir d’une réunion tenue au siège de la chaîne islamiste Al Magharibia, propos qu’ils modérera par la suite quand cette dernière lui demandait de s’expliquer.

Il venait de laisser une piètre image de son intervention en se lançant un peu trop vite dans la diatribe mal calculée. C’est dans la même veine qu’on retient les affirmations virulentes de l’écrivain Ahmed Ben Saada, résident au Canada qui, dans un livre consacré au Hirak, au titre énigmatique sur ses prétentions d’acteur dans le conflit «Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien», accusent ouvertement certains personnalités politiques et non des moindres, ardentes militantes du Hirak comme Tabou, Bouchachi ou Assoul d’être au service d’organisations internationales comme la Freedom House ou la NDA et d’autres ONG encore et financées par elles depuis des années dans le but de porter atteinte à l’intégrité de la nation.

Sans preuves, cet écrivain joint donc sa plume dans un timing curieux pour semer la zizanie au sein du mouvement,avant de se raviser en affirmant à la chaîne 3 «que je n’attaque que ceux qui mènent le Hirak dans un sens qui est voulu par un agenda étranger». Allusion faite en dernier ressort aux membres intégristes de l’association RACHAD financée par les quataris qui cherche effectivement à infiltrer le mouvement.

L’amalgame est pernicieux même s’il a tenté de rectifier. Depuis quand les politiques du Hirak visés par son ouvrage se sont-ils autoproclamés leaders du mouvement? C’est le peuple qui a placé en eux une confiance au regard de leur détermination, mais cela il ne le dit pas.

Exactement comme le parti pris des chaînes télés publiques et privées arrimées aux berges du Pouvoir qui avaient attaqué la grossière fumisterie du documentaire de F5 sur le Hirak alors qu’il portait sur la mal vie de la jeunesse,oubliant qu’elles avaient toute la latitude de réaliser leur propre film sur la révolution du sourire qu’elles avaient honteusement dénigrée et qu’elles n’avaient jamais eu le courage de le faire. Au delà de la déontologie professionnelle, ces chaînes savaient que le sujet leur était interdit.

Reste la polémique stérile entre le docteur Sadi et le chef du parti Djil el Djadid Soufiane Djilali à propos de la démarche de ce dernier auprès du Président de la république pour la libération, sous forme de grâce, des deux homme politiques du Hirak Karim Tabou et Samir Belarbi. Pour l’ex leader du RCD une telle initiative sert de caution à l’arbitraire dans la mesure où le fait du prince ne peut s’appliquer qu’après le procès.

Pour S.Djillali, elle entre dans le processus des mesures d’apaisement souhaitées, et relève selon lui d’une action strictement partisane qui ne vise aucune récupération politique. Deux hommes engagés normalement dans un même combat qui s’entre déchirent sous les yeux du Pouvoir.

Le Hirak a-t-il besoin d’être encore divisé alors qu’il subit des feux nourris de toutes parts? L’ Algerie a plutôt besoin de sérénité, de concertation, d’intelligence collective et faire les concessions nécessaires pour affronter les immenses défis économiques qui s’annoncent.



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