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La chronique de A. Merad

Gaïd Salah, pour ou contre la démocratie ?

11 avril 2019 à 9 h 00 min

Gaïd Salah est-il digne de confiance quant à la mise en œuvre du processus de transition démocratique telle qu’espérée par le peuple ? Si tant est qu’il s’agit d’un rapport de confiance entre l’institution militaire et les masses populaires, et non d’une relation de défiance réciproque qui mettrait les deux camps dans une situation d’adversité, alors qu’ils devraient être complémentaires et projetés vers un même objectif. C’est au désormais homme fort du régime de leur créer le lien dialectique nécessaire et indispensable pour en faire une force solidaire ayant une vision identique, mais le veut-il vraiment ?

En termes plus prosaïques, se trouve-t-il dans la même mouvance citoyenne pour l’aspiration démocratique qui défraie l’actualité depuis plus d’un mois ? Si on le suspecte de plus en plus de laisser traîner les choses et d’attendre le moment opportun pour desserrer l’étau, il reste que sa propension à vouloir monopoliser tous les attributs constitutionnels fait craindre le danger de voir l’institution militaire devenir encore plus influente et plus imposante dans le débat politique. Et pour être plus clair, être en position de force pour orienter la transition selon sa volonté. D’en être la tutelle. Tout l’enjeu politique se trouve donc dans cette appréhension : Gaïd Salah et l’armée sont-ils oui ou non pour l’instauration d’un ordre démocratique ?

En fait, en concentrant à son niveau personnel tous les pouvoirs de décision, ceux-là mêmes que détenait outrageusement le Président déchu, en faisant notamment passer sous son contrôle les services de renseignements, dirigés jusque-là par Bachir Tartag, le chef d’état-major laisse planer autour de son personnage et du rôle qu’il compte incarner dans cette phase de mutation un doute et une ambiguïté que partagent l’ensemble du mouvement citoyen et des acteurs politiques qui le pressent de se déterminer avec plus de conviction et de… lisibilité.

Bien qu’il se soit engagé dans une posture inclinant, par touches calculées, vers les espérances de changement nourries par la contestation populaire, passant d’un discours radical de menaces de répression à un autre plus «modéré», enclin à accompagner les revendications exprimées pour la transformation du système, le nouveau maître du sérail n’a pas réussi à donner suffisamment de gages pour rassurer la population sur ses intentions réelles.

C’est le moins que l’on puisse dire, lorsqu’on voit qu’il y a comme une volonté délibérée, du côté du régime et de ceux qui le représentent, de diluer l’esprit révolutionnaire du mouvement populaire dans une expectative sans fin , une atmosphère de «guerre des nerfs», qui semble être volontairement créée et entretenue pour permettre aux résidus du système d’exploiter à leur profit le facteur temps, en attendant de s’inventer à brève échéance une perspective moins contraignante. Le fait de ne pas répondre avec suffisamment de clarté, et surtout avec des actes qui vont dans le sens des attentes citoyennes, confirme cette hypothèse.

Exemple, quand le peuple exige le départ de toutes les figures impliquées dans le désastre du règne des Bouteflika, toutes ces têtes qui symbolisent l’incompétence, la corruption, la gabegie, comme préalable aux conditions du changement, il n’obtient en retour que des attitudes figées de la part des cercles dirigeants, qui confirment l’esprit manœuvrier de ces derniers comme arme de résistance contre la pression de la rue. C’est à travers ces tergiversations que nous comprenons comment, en filigrane, le système tient à rester en place, refuse de partir, et mieux, se prépare à se redéployer sous une autre forme.

Il va de soi que maintenir Bedoui à la tête du gouvernement, laisser Belaïz diriger encore le Conseil constitutionnel, et surtout user de son influence pour placer Bensalah comme intérimaire à la magistrature suprême, alors que ces trois hommes sont rejetés par les citoyens pour leur implication dans le système corrompu, apporte une réponse claire à ceux qui ne se sentent pas encore fixés sur la nature du plan établi par le chef d’état-major de l’armée.

En restant inflexible sur le principe de la «conformité» à l’article 102 de la Loi fondamentale, dans cette conjoncture où la solution politique est réclamée par de nombreux acteurs de l’opposition pour surmonter le vide créé par la crise institutionnelle, Gaïd Salah sort en fait progressivement de la logique du compromis pour imposer par le rapport de force une feuille de route qui lui paraît la plus apte à éviter de déstabiliser le fonctionnement du régime.

Et pas besoin d’être un grand clerc pour concevoir qu’il n’est pas dans son esprit l’intention de céder sur les revendications de base exprimées par les Algériens. Sans entrer dans la confrontation avec la contestation populaire, il signifie par sa détermination à protéger la survie du système qu’il y a dans cette grave crise constitutionnelle et institutionnelle des «concessions» impossibles à satisfaire, selon lui, au risque de mettre l’équilibre de l’Etat en péril. Sauf que c’est l’establishment encore aux commandes qui complique le phénomène de rupture par son obstination à refuser de se remettre en cause.

D’ailleurs, pensant que le gros de la tempête est passé, les apparatchiks du système commencent un à un à sortir de leurs tanières, comme si la situation commencait à se «normaliser». On a revu les Ould Abbès, Goudjil, Tayeb Louh, Amar Ghoul, Mouad Bouchareb, Ouyahia, Seddik Chihab et d’autres encore dont les noms sont intimement liés au dramatique échec de la politique de Bouteflika revenir subrepticement sur le devant de la scène médiatique, comme s’ils n’étaient concernés en rien par la colère du peuple.

Les symboles du système ont la peau dure. Ils donnent la nette impression de disposer de suffisamment de tempérament pour s’adapter à la conjoncture. Aidés en cela par le laxisme orienté du chef d’état-major, qui leur assure une certaine couverture au nom de la légalité. Il y a donc de sérieux motifs d’inquiétude pour ravaler son optimisme, surtout que des signes de contre-offensive répressive commencent à planer sur le mouvement de contestation.


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