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lundi, 30 mars, 2020
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Encore une plongée dans l’inconnu ?

02 janvier 2020 à 9 h 00 min

On a pris l’habitude, nous les Algériens, de dire sur un ton fataliste que «l’année qui s’en va est toujours meilleure que celle qui arrive».

C’est à force de collectionner les bilans précédents, négatifs à tous points de vue, que nous sommes arrivés, par anticipation, à cette sinistre conclusion, alors que généralement, dans le monde entier, même dans les pays les plus atteints économiquement et ceux ravagés par des guerres fratricides, le Nouvel An est par essence porteur d’espoirs et de perspectives plus rayonnantes.

On a donc pris l’habitude de traverser la ligne qui sépare l’année qui part et celle qui nous ouvre ses portes avec beaucoup de circonspection, un sentiment de banalité qui n’augure à l’horizon, pour nombre d’entre nous, aucun changement sensible ou prévisible de notre quotidien marqué par tant et tant de contrariétés.

Il est vrai que dans une Algérie qui régresse de manière alarmante économiquement, socialement, culturellement, le rêve devient une denrée précieuse et toute projection qui ne tient pas compte de la réalité est vouée à l’échec. Echaudé par tant de promesses sur un avenir qu’on lui annonçait toujours radieux, l’Algérien qui n’est pourtant pas de nature pessimiste a appris, en fait, à être plus mesuré avec ses propres attentes qui restent très rationnelles.

2019 a été, dans cet ordre d’idées, une année particulièrement agitée pour servir de repère à sa réflexion et lui permettre de ne pas trop s’égarer dans des considérations béates.

Elle lui donne conséquemment, en tout cas, toutes les raisons pour rester vigilant devant les vrais-faux serments qui alimentent la parole politique, devenue pour la circonstance plus une parole de propagande qu’un argument rigoureux de débat : serments de stabilité sécuritaire, de relance économique, de projet démocratique qui n’a jamais vu le jour, de surenchère électoraliste.

En quoi 2020 sera différent et novateur ? Question piège qui ne mérite même pas d’être posée. Mais il faut s’y résoudre en ne se trompant pas de direction. Il y a certes le hirak qui a bouleversé les assises féodales du régime prédateur, mais est-ce suffisant pour dire que les lendemains seront plus bénis pour nous ?

Ce serait aller trop vite en besogne, car à voir comment le système a été «récupéré» après plus de dix mois d’insurrection populaire visant à le dégager, il y a de quoi se montrer un tantinet sceptique face aux résultats pour le moins disproportionnés obtenus par la révolution pacifique.

On espérait les voir plier bagages après avoir lamentablement mis le pays dans un état de déliquescence incroyable, ils sont encore tous là, présents et aux manettes. Les pontes et autres barons du régime, en compagnie de tous leurs affidés, ont résisté à la bourrasque avant de réapparaître plus arrogants que jamais.

On a l’impression que le souffle du hirak n’a fait que les effleurer, et encore… Alors que l’armée se souciait de la défense de la stabilité du pays, menacé, nous dit le commandement militaire, de l’intérieur et de l’extérieur, la clientèle du sérail profitait de la moindre opportunité cosmique pour réoccuper subrepticement le terrain et l’espace de servitude qui lui convient le mieux.

Le rituel des Algériens et Algériennes, qui marchent pour exiger le respect de leur dignité et revendiquer un changement radical du mode et du personnel de gouvernance, ne semble pas les concerner. Ils sont au-dessus de la mêlée et envoient avec dédain des signes que l’Algérie appartient encore à ses dignitaires malgré toutes les extrapolations qu’on pourrait faire.

L’image de la cérémonie d’investiture du nouveau président de la République est à ce propos saisissante de vérité. Tandis que le bon peuple était dans la rue, la fastueuse salle abritant le cérémonial réunissait tout le ghota du système en décrépitude, lequel n’avait aucune gène à célébrer la «messe» alors qu’il était la cible de violentes critiques. Toutes les têtes connues et honnies étaient présentes, comme une provocation à une contestation populaire qui n’avait que sa voix et l’espace public pour s’exprimer.

Comment parler de promesses de changement quand aucun représentant digne de ce nom du peuple hirakien ne faisait partie de la liste des invités. C’est la preuve qu’au-delà des formules populistes qui servent à calmer le jeu et les esprits, il n’y a dans le camp des décideurs pas la moindre intention d’ouvrir le portail de la gouvernance aux contestataires.

Cela a commencé avec le panel de Karim Younès, puis s’est poursuivi avec l’Autorité nationale indépendante des élections de Charfi avant d’aboutir à cette «apothéose» aux allures claniques qui renseigne sur l’importance qui est accordée réellement à la révolte citoyenne. Si on va plus dans le détail, on s’aperçoit que les raisons qui font douter les Algériens sur l’avenir du hirak sont nombreuses.

La main tendue du Président n’est pas suivie par la libération sans conditions des détenus politiques, soit l’une des revendications majeures des manifestants et figurant parmi les mesures d’apaisement comme préalables à la sortie de crise. Ceux qui viennent d’être remis en liberté ont pour la plupart purgé leur peine et ne sauraient donc servir d’une quelconque caution.

Plus grave, d’autres incarcérations d’activistes politiques sont opérées. L’ouverture des médias publics à toute la classe politique, particulièrement aux partis de l’opposition, reste pour le moment un vœu pieux. Une manœuvre dilatoire pour charmer la foule. Et pour ajouter à la complexité de la liberté de la presse, on ne trouve pas mieux que d’accentuer son verrouillage en menaçant tout écrit qui ne se réfère pas à l’info officielle.

On le voit, entre les paroles idylliques d’ouverture démocratique et le réflexe de conserver les règles de l’autoritarisme en l’état, le choix est vite fait par les gouvernants. Et même ceux qui arrivent avec des idées… plus ou moins révolutionnaires qu’ils avaient clamées avant, rentreront vite dans les rangs.

Ceci pour un motif essentiel, la volonté politique de changement ne figure pas dans les tablettes du sérail qui n’a pas encore atteint le stade de la démence pour se faire harakiri. Alors de là à penser que la nouvelle année sera porteuse d’espoir d’ouverture, les Algériens n’y croient pas tellement. Même si la force mentale du hirak sera encore omniprésente dans les esprits. Car derrière cette révolution, il y a surtout une situation économique désastreuse qui s’annonce et qui fait peur si elle n’est pas confiée à des experts. Le gouvernement de Djerad est averti.

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