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jeudi, 09 avril, 2020
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Ce sera quoi avec le confinement ?

19 mars 2020 à 9 h 00 min

Faire une pause sanitaire ne signifie pas abdication pour le hirak. Au contraire, c’est une marque de grande lucidité dont font preuve les citoyens algériens au moment où, face à la propagation rapide du coronavirus, la question de sauver des milliers de vies humaines se pose avec acuité et urgence.

Si mardi la marche des étudiants a été «contrariée» par quelques manifestants plus inconscients que téméraires, elle a vite fait de rejoindre le train de la raison grâce aux appels soutenus de ses nombreux animateurs pour éviter d’offrir au virus un terrain encore plus alarmant de transmission qui pourrait s’avérer incontrôlable.

C’est donc avec un sens aigu de la responsabilité collective dans ce combat titanesque contre l’épidémie que le mouvement citoyen s’est momentanément retiré de la scène publique.

Tout en affirmant sa précieuse solidarité avec le large front ouvert pour venir à bout de cette catastrophe dans lequel la part que tient le corps médical et paramédical reste incommensurable. Il a fallu pour cela mener une campagne de sensibilisation sans relâche compte tenu des a priori souvent ridicules et irréfléchis qu’avait la population concernant l’ampleur du danger que faisait planer le coronavirus sur notre existence présente et future.

C’est, en effet, il faut le dire, avec un certain retard sur les projections sanitaires qui s’imposaient que les Algériens se sont «réveillés» à cette dramatique circonstance alors que l’Europe était déjà en alerte maximum avec ses lourdes statistiques enregistrées de cas positifs et de décès pour cause du virus venu de Chine.

Le spectacle incroyable diffusé par les télévisions du monde montrant des cités entières, hier grouillantes de vie, transformées désormais en villes fantômes, exactement comme dans les films de science-fiction, ne parvenait paradoxalement pas encore à alerter sérieusement les esprits de nos concitoyens sur la menace sanitaire qui s’annonçait et avançait à grands pas.

Les premiers signes détectés dans la ville de Blida et attribués à des porteurs du virus en provenance de l’étranger n’ont pas suffi à influer réellement sur le comportement des masses qui restaient étrangement passives, voire dans l’expectative, partagées entre la crainte et l’incertitude face à un phénomène mortellement sournois auquel personne ne s’attendait.

Partant de la fausse idée que le malheur ne frappe que les autres, les Algériens avaient du mal à admettre qu’ils pouvaient eux aussi être impliqués dans une tourmente importée d’ailleurs et pour laquelle ils ne se sentaient pas préparés psychologiquement.

Mais que pouvaient-ils faire d’autre quand on leur disait que le coronavirus est d’abord une «invention» du diable créée de toute pièce pour terroriser les peuples les plus désarmés (dixit les illuminés islamistes), et ensuite que cette épidémie avait peu de chance de trouver refuge dans les pays chauds qui en seraient immunisés naturellement (dixit les pseudo-scientifiques).

Et si on ajoute les objecteurs de conscience qui pensent que ce fléau est surmédiatisé pour des considérations de suprématie idéologique, on a le bouquet de la surinterprétation.

Il y a eu donc, de toute évidence, une très mauvaise concertation autour de cette agression virale au départ qui a fait que le pays est tombé, pendant un temps crucial où il fallait réagir opportunément, dans un processus d’attentisme qui ne correspondait pas aux véritables défis thérapeutiques à entreprendre.

Il est vrai que sous prétexte de ne pas sombrer dans l’alarmisme qui aurait pour effet d’entraîner les populations dans un mouvement de panique aux conséquences inimaginables, les autorités algériennes, le gouvernement en tête, ont donné la nette impression d’avoir été pris de court par les événements avant de retrouver un tant soit peu leurs esprits et se réadapter à la conjoncture.

Les plus réalistes diront que nos gouvernants ont quelque peu minimisé la catastrophe qui se déroulait pourtant à un rythme effréné avant de s’apercevoir que les petites mesures prises pour rassurer se sont avérées nettement insuffisantes par rapport à l’étendue de son implantation.

Le gouvernement a réagi comme s’il avait peur de choquer les gens. Il a fait plus de politique pédagogique que d’action rigoureuse de terrain face à une situation qui dégénérait ostensiblement et qui appelait une gestion sans complaisance.

On n’a qu’à prendre pour exemple la fermeture des mosquées qui a tardé à venir alors que la propagation du virus devenait très inquiétante dans ces lieux du culte où les concentrations de personnes dans une surface réduite forment des terrains très fertiles à la propagation rapide et spectaculaire de la maladie.

Au lieu de prendre la décision d’interdire les fréquentations des mosquées au même titre que les établissements scolaires, les universités et tous les autres lieux de rassemblement (salles des fêtes, stades de football), le gouvernement a préféré se décharger une première fois sur la compétence des imams pour régler ce problème avant de se raviser.

Une manière de fuir sa responsabilité face à un sujet d’une grande sensibilité alors que la santé des populations n’avait besoin d’aucune compromission.

Il en est de même, à quelques variantes près, de l’arrêt ou pas du hirak, une mesure qui visiblement a embarrassé les autorités alors que cette décision relevait aussi d’une volonté politique.

Ce sont finalement les hirakistes eux-mêmes qui ont fait preuve de sagesse en reportant à plus tard leurs marches dans le but d’éviter toute contamination à la population frondeuse, attitude qui montre que dans les moments difficiles où la solidarité doit être agissante, c’est souvent la base qui donne des leçons au sommet.

Mais pour revenir à la lutte commune qu’il faut livrer au coronavirus pour sauver des vies humaines, force est de reconnaître tout de même que la campagne de persuasion et de mobilisation menée pour convaincre les nombreuses réticences n’a pas été facile.

La raison est que l’Algérien traîne une drôle de réputation : il est réfractaire à la discipline, il est impatient et dans bien des cas inconscient. L’intrusion de la catastrophe virale chez nous a montré que ces signes ne sont pas faux. Si la solidarité est au menu de la vie active, il reste que l’indiscipline reste difficilement maîtrisable lorsque l’on constate que les règles de bienséance dictées par les services médicaux compétents ne sont pas respectées.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses entorses aux recommandations générales pour limiter la propagation du virus sont relevées. Les écoles sont fermées, mais on ne se gêne pas pour se rassembler par familles entières en nombre impressionnant dans les…parcs.

Les portes des mosquées sont closes, mais devant les lieux du culte on se regroupe par dizaines pour faire la prière. Des comportements fantasques qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur la vie communautaire. Et dire que nous ne sommes pas encore arrivés au confinement général.



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