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La chronique de A. Merad

Bedoui, l’antithèse démocratique

14 mars 2019 à 10 h 00 min

Fondamentalement, c’est pour un nouvel ordre de droit, de justice et de liberté que la rue se mobilise.

En réclamant par un mouvement pacifique d’une ampleur inimaginable la fin du régime des clans, la liquidation pure et simple d’un système mafieux qui a ruiné le pays, le peuple revendique haut et fort un mode de gouvernance plus en rapports avec ses aspirations et qui va au-delà de la personne de Bouteflika, Or, comment peut-il espérer amorcer dans la confiance  cette évolution, ou ce changement sur lequel il cristallise son impulsion et ses espérances les plus légitimes lorsqu’il voit un homme du sérail comme Bedoui nommé par le Président à la tête d’un nouveau gouvernement pour mener la phase dite de transition, celle là même qui devrait répondre aux premières attentes populaires.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’ex ministre de l’intérieur incarne dans toute sa dimension la négation même de l’idéal démocratique pour lequel les algériens se sont soulevés.

En lui confiant une mission aussi délicate pour gérer cette période sensible (dont la durée reste indéterminée) du passage vers une ouverture démocratique véritable, Bouteflika sait à l’avance qu’avec un responsable pareil cette mutation tant espérée ne sera qu’un écran de fumée, comme toutes les flibusteries qu’il a accumulées jusque là pour rester au Pouvoir.

Que cherche-t-on en usant d’une ficelle aussi grosse sinon à gagner du temps, le temps que le mouvement s’essouffle et devienne moins menaçant. Il faut donc revenir à l’évidence que mettre entre les mains d’un homme qui a jusque là étouffé toutes les voix de la liberté un projet d’alternance aussi précieux relève d’une manigance diabolique portée par un esprit de suffisance et d’arrogance que le sérail n’est pas prêt encore d’abandonner.

En fait, le Pouvoir politico-militaire qui se montre très solidaire d’un Président en fin de règne, devenu l’ombre de lui-même et qui avoue être l’otage de cercles périphériques agissant dans l’ombre en son nom, ne fait que confirmer son obstination à ne rien céder de ses prérogatives et donc sa totale détermination à rester maitre du jeu quelque soit l’effervescence qui agite la rue.

Le nouveau chef de l’exécutif est dans cette optique la preuve tangible que dans les travées du sérail il n’y aura aucune concession sur l’essentiel. Les mêmes figures de proue, de préférence les plus impopulaires, pour consolider le front de la résistance. Le peuple peut manifester, ce sont ceux qui détiennent le pouvoir de décision qui pensent avoir toujours le dernier mot.

Et Bedoui pourra à loisir mener sa nouvelle barque à travers les reflux démagogiques de circonstance mais dans les limites impartiales du système qu’il connaît d’ailleurs personnellement très bien pour les avoir tracées quant il avait la charge de l’intérieur. Il est certes impensable qu’un homme comme lui, fervent défenseur du système inique que nous subissons, soit mis à la manœuvre pour ouvrir les horizons démocratiques, mais pour Bouteflika toutes les combines populistes sont bonnes à prendre pourvu qu’elles aboutissent au même résultat.

Moralité, il n’y a rien a attendre de ce commis de l’Etat qui a grimpé les échelons de la hiérarchie grâce à une persévérance de soumission incontestable et qui laisse derrière lui en tant que ministre de l’intérieur un triste bilan en matière d’exactions dirigées contre les forces progressistes du pays. C’est lui qui a infiltré le milieu associatif pour mieux neutraliser les associations qui refusent le jeu clientéliste et qui pouvaient avoir une liberté d’action jugée dangereuse pour les décideurs. Avec ce ministre, il y a eu une sorte de chasse aux sorcières par l’intimidation et la répression administrative qui a fait reculer parfois les volontés les plus tenaces.

C’est encore lui qui a mené les offensives les plus dures contre les partis d’opposition pour les empêcher de s’exprimer en public devant leurs militants. Avoir une salle de réunion avec lui relève du parcours du combattant tant il a fermé toutes les issues pour réduire à néant le champs d’évolution de ces derniers. De nombreux leaders de partis attendent à ce jour, un hypothétique agrément qui ne viendra jamais, alors que les walis ont reçu des instructions pour contrecarrer au maximum les voix discordantes au régime. C’est encore sous sa férule que la presse indépendante a subi les pires pressions politiques.

On compte par dizaines le nombre de journaux qui ont baissé rideau soit sous la pression administrative, soit pour des impératifs économiques étant donné le chantage publicitaire exercé sur eux. El Watan est bien placé pour en parler, et il n’y a qu’à ce référer aux pratiques policières usitées par le ministère de l’intérieur afin d’empêcher l’entreprise de récupérer son nouveau siège, pour avoir une idée sur le système de terreur mis en place dans le but d’anéantir la liberté d’expression.

C’est encore ce personnage froid et sans scrupules qui est derrière la répression des syndicats autonomes considérés comme des proscrits , qui a  malmené à coups de matraques les marches des médecins, des étudiants ou des avocats. C’est enfin lui qui a été le premier responsable à veiller sur l’interdiction des manifestations populaires dans la capitale avant que le rapport de force ne soit inversé. Le palmarès de répression et de représailles est plutôt effarent pour un homme qui veut aujourd’hui incarner une certaine idée du renouveau.

Mais quoiqu’on dise, Bedoui n’est qu’un pion dans l’échiquier conduit par Bouteflika et son clan. Le Président qui veut réaliser son rêve de mourir sur le trône, quitte à violer et encore violer la constitution aurait pu avoir l’intelligence de nous épargner cette figure tellement abhorrée à la tête du nouveau gouvernement, pour donner l’impression d’écouter un tant soit peu les clameurs du peuple, après avoir sacrifié le chef du RND qui avait fait preuve pourtant d’une fidélité inébranlable.

Il ne recula au contraire devant aucun signe de provocation en faisant passer ses propres calculs avant tout. Pitoyable donc fin de règne pour un Zaïm qui voulait nous enseigner la dignité avec son fameux « Erfed rassek ya Ba » (lève ta tête) et qui, retournement implacable de l’histoire, subit de plein fouet aujourd’hui comme un boomerang foudroyant cette même leçon de dignité de la part de la jeunesse qui lui demande de se retirer dignement de la scène. Bedoui ne peut qu’observer.             

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