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Attention, escroquerie !

23 janvier 2020 à 9 h 38 min

Elle fait autant sinon plus de ravages que la corruption. Elle a intégré les secteurs les plus insoupçonnés. Administration, syndicat, presse, milieu associatif, sport… Lancinante, n’ayant peur de rien, elle continue d’avancer en toute impunité.

C’est l’escroquerie ! Pas celle qui alimente généralement la rubrique des faits divers, mais celle qui affecte directement la déontologie professionnelle et la respectabilité morale. Le sujet n’est pas simple, il est d’une grande conséquence sur la marche de la société.

Il est parfois ahurissant de voir comment se développe chez nous l’esprit de mystification qui mène directement à l’escroquerie…intellectuelle. L’échelle des valeurs étant difficilement mesurable dans une société qui a perdu ses repères les plus fondamentaux, autant avouer que les portes se sont naturellement ouvertes aux opportunistes de tout bord et aux falsificateurs de tous genres qui ont trouvé un terrain de prédilection pour se projeter, pour nombre d’entre eux, à des postes de responsabilité pour lesquels ils ne disposent ni des compétences ni de l’envergure requises pour les assumer.

Il n’y a sûrement pas beaucoup de pays dans le monde où comme en Algérie on trouve un potentiel d’élite avéré mais se trouvant hélas en flagrant décalage avec les impératifs des fonctions qui lui sont attribuées. Nous voulons dire par là qu’accéder à une charge importante, que ce soit dans l’administration, les services ou dans la politique ne nécessite pas, chez nous, une qualification et des aptitudes couronnées par des diplômes ou un parcours professionnel identifiable. C’est par la voie du népotisme ou du clientélisme le plus dégradant que les carrières se déterminent, que les promotions se distribuent et se développent.

Avoir un parent, un ami ou une connaissance bien placée est mille fois plus avantageux qu’un curriculum universitaire bien rempli pour postuler aux grades supérieurs auxquels le mérite donne droit. L’incurie, la gabegie et la déliquescence économique, les trois grands fléaux sociaux dans lesquels a sombré le pays depuis pratiquement l’indépendance ont été souvent rattachés au phénomène de l’incompétence et de la médiocrité qui ont marqué les gouvernances successives.

Quand l’école est livrée aux dogmes, et l’université au conservatisme le plus étroit, il ne faut pas s’attendre à des miracles en matière de livraisons de talents ou de génies. Les résultats sont ressentis cruellement au niveau du développement économique, culturel, technologique qui place l’Algérie parmi les bons derniers de la planète.

Il faut cependant reconnaître que la particularité de notre pays dans cette régression permanente est que la médiocrité active, plus qu’une fatalité, est une donnée intégrée dans le logiciel des plans de carrière qui virent au carriérisme en fonction des conjonctures et des besoins du moment. En ce sens que celle-ci est parfaitement maîtrisable par les structures du pouvoir comme l’arme infaillible du clientélisme racoleur entretenu et consolidé pour être un défenseur inamovible du système.

Avec un personnel dont le niveau intellectuel est tout juste approximatif pour ne pas le qualifier autrement, le sérail se met à disposition, dans les moindres rouages qui le servent, un large éventail de «commis» de service, dociles et corvéables à merci, prêts à toutes les besognes et sans jamais rechigner, comme preuve de ralliement en contrepartie d’une accession dans l’échelle sociale souvent miraculeuse voire inespérée si les règles de compétence et d’éthique étaient scrupuleusement respectées.

Mais autant est compréhensible la pratique du pouvoir de se doter de serviteurs dont la faiblesse – intellectuelle ou professionnelle – ne risque pas de mettre des grains de sable dans ses méthodes de gestion, autant est scandaleuse l’inclination des candidats potentiels aux postes auxquels ils sont conviés alors qu’ils sont conscients au départ qu’ils seront complètement dépassés par le poids de la responsabilité. En acceptant par complaisance le rang de prestige, ils ne se soucient nullement des dommages qui seront causés, par leur impéritie, au secteur d’affectation.

L’escroquerie prend ici toute sa signification à partir du moment où elle se confond avec une sorte d’audace mal placée (k’faza) qui en plus tend à devenir la norme dans un pays où les vraies compétences ne sont pas les plus recherchées ou les plus sollicitées.

Les «faussaires» – peut-on les appeler autrement ? – sont à tous les niveaux d’activités. Ils ne sont pas une poignée d’opportunistes pour qui la chance a tourné favorablement un jour, mais une «armée» d’arrivistes assumant des fonctions de haut rang qui se prennent au sérieux et qui ont pignon sur rue, certains s’attirant sur eux les feux médiatiques, alors que leur nullité crève l’écran. L’intellectualisme au rabais a trouvé sa meilleure interprétation dans le milieu de la presse par exemple où, du jour au lendemain, et sans avoir fait preuve d’un parcours professionnel honorable et rigoureux, beaucoup qui se reconnaîtront dans cette catégorie d’opportunistes se sont retrouvés à la tête «d’empires médiatiques» – journaux, télévisions, magazines – en se mettant juste du bon côté de la barrière.

Ils sont passés maîtres dans l’art de suivre la direction du vent, et de donner la leçon de morale aux autres pour mieux camoufler leur manquement aux principes déontologiques et éthiques de la profession. Ils font donc eux aussi partie de la clientèle du régime, qui, dans le même registre, envoie ses experts en communication porter ses discours sur des plateaux de télévision où ils sont en terrain conquis.

Du gagnant-gagnant pour rester dans la boutade officielle. L’escroquerie intellectuelle est également agissante au sein de la classe politique, où certains chefs de partis d’opposition ou proches du sérail ne sortent de leur léthargie que lorsque le pouvoir les actionne.

On les revoit généralement lors des campagnes électorales pour parasiter le paysage, après ils retournent à leur sieste. Entre-temps, ils coûtent de l’argent aux contribuables puisque c’est l’Etat qui assure leur survie. Comment peut-on se prévaloir d’être un acteur politique, de surcroît un leader, alors que derrière la vitrine le carambouillage est sidérant, la malhonnêteté flagrante ?

On peut même dire que l’opportunisme a réussi à gagner les strates gouvernementales en ce sens que même certains ministres sont soupçonnés de ne pas avoir les aptitudes exigées pour tenir des postes aussi importants. Si on peut classer dans la série anecdotique le joueur de football qui touche des sommes faramineuses sans avoir les capacités du haut niveau pro, il serait grave si l’escroquerie intellectuelle venait à investir les plus hautes sphères.

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