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Silence de campagne sur l’élection du 23 octobre en Tunisie

12 octobre 2011 à 1 h 00 min

Tunis
De notre envoyé spécial

Avenue Mohamed Bourguiba. Le bâtiment du ministère de l’Intérieur reste sous haute surveillance. Présence policière et voitures militaires veillent au grain. Le décor des blindés et des barbelés qui obstruent les accès aux institutions publiques semble ne pas trop indisposer la joie réputée de la placette. Pas plus en tout cas que cette pluie fine inattendue ce soir du deuxième dimanche d’octobre. N’était un léger mouvement de foule aussi bizarre qu’impromptu qui  vient arracher tout le monde de sa nonchalance. Un tumulte qui parvient à nos oreilles annonce une bagarre. Finalement, un sexagénaire est pris rudement à partie par un groupe de policiers visiblement très convaincus de leur acte.

La scène retient l’attention de tous. On entend les claquements de coups d’un groupe de policiers qui s’abattent sur un homme qui n’oppose aucune résistance. Mais vite la curiosité se dissipe et la placette reprend son rythme d’animation nocturne des consommateurs sous l’œil vigilant des services de sécurité omniprésents. A intervalle de quelques dizaines de minutes, un jeune homme est éconduit manu militari non sans susciter une certaine réaction de frémissement parmi les présents. Un jeune Tunisien marmonne devant nous ses commentaires peu amènes sur l’insidieux retour des forces de l’ordre sur la scène publique. Ses commentaires vont bon train ensuite sur la situation postrévolutionnaire et, surtout, le phénomène de pauvreté qui restent la partie cachée de l’iceberg dans ce pays d’à peine 10 millions d’habitants.

Alentour, aucun signe ni même indice d’une campagne électorale dont on escompte au bout du processus la mise en place d’un édifice démocratique susceptible d’atteindre les objectifs de la révolution tunisienne. Les Carthaginois devront, en effet, élire le 23 octobre la première Assemblée constituante de leur histoire et de l’histoire du monde arabe. Rien ne montre pourtant que cette société, qui vient de réaliser un exploit – qui jusqu’à la fin de l’année dernière en tous les cas était totalement inespéré- en chassant le dictateur Ben Ali du pouvoir comme un malpropre, était maintenant en train d’engager son destin dans la bataille de la construction démocratique d’un pays à jamais débarrassé de l’arbitraire et de l’exclusion.

Le pari est lancé, mais Tunis reste totalement discrète hormis une présence fort remarquée de la police et des voitures militaires aux abords des institutions publiques et des ambassades. A cause du prochain scrutin, témoigne-t-on. Depuis la  révolution de janvier, cette période électorale est peut-être ainsi celle où l’accent sécuritaire est mis le plus pour prévenir d’éventuels désagréments qui risqueraient de gâcher la fête. La campagne électorale manque de publicité sur la place publique, où seulement quelques pancartes ou affiches de candidats sont placardées sur l’espace qui leur est réservé sur des murs bien indiqués en petits carrés.

Dans les médias aussi. Et pour cause ! La loi électorale interdit toute publicité aux candidats sur les supports médiatiques. Tout comme elle refuse d’ailleurs — assez surprenant ! — à tout leader de parti ou responsable d’une quelconque formation ou seulement candidat à la prochaine élection de parler ou de faire des déclarations à un média étranger. Contacté par téléphone, Nourredine Lebhiri, numéro 2 du parti islamiste Ennahda, nous affirme que les textes de loi sur l’élection l’empêchent de s’exprimer dans des organes de presse étrangers durant cette période de compétition. Mais l’espace de couverture dans la presse tunisienne est aussi bien codifié, histoire de ne pas permettre les écarts de langage redoutés, mais aussi la discrimination des moyens entre les multiples candidats dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne partent pas au front à armes égales.

L’ancrage de chacun dans la société ainsi que les moyens dont ils disposent est un élément important qui, à lui seul, pourra faire la différence sur le chemin de la course à l’Assemblée constituante. Des journaux comme Dar Essabah, Echourouk, Essahafa affirment qu’ils traitent de l’évènement avec une certaine circonspection. Comment en effet couvrir une élection dont le nombre de candidats enregistré au niveau de la haute instance indépendante des élections s’élève à 1609. Le mode du scrutin choisi (scrutin de liste mixte) ne facilite pas la partie pour les médias qui auront ainsi à s’intéresser à pas moins de 857 listes de partis acceptés sur un total de 898 listes candidates, 757 listes de candidats indépendants, à 52 listes (coalitions).

D’autant que les médias tunisiens découvrent eux aussi pour la première fois l’élection plurielle, la vraie. Mme Naïma Kadri, responsable politique au quotidien arabophone public, dont l’encadrement d’ailleurs vient d’être renouvelé, impactées que furent certaines rédactions jusqu’alors inféodées au pouvoir de Ben Ali par la Révolution du jasmin, soutient que «pour les besoins de cette campagne, on a dû créer un service politique nationale. On est ensuite passé de deux pages réservées à cette actualité à quatre pages maintenant. On fait du reportage de terrain, on s’intéresse aux conférences de presse de l’ISIE (Instance supérieure indépendante pour les élections) et des partis politiques. Aussi, se base-t-on sur les informations de la TAP (Tunisie agence presse).

Mais Mme Kadri ne cherche pas à dissimuler son désarroi face à la nouveauté et à la complexité de ce scrutin. «Les gens ne savent pas comment les élections vont se dérouler», affirme-t-elle l’air un peu angoissé devant l’inconnu. Pour les professionnels des médias comme pour les électeurs eux-mêmes, l’expérience de la première fois conserve tout son mystère. Une pléthore de 111 partis politiques, plus de 1600 listes toute catégorie confondue et pas moins de 11 000 candidats. «C’est le grand flou chez le citoyen !», lâche-t-elle avant de se reprendre : «Tout est nouveau. Avant, il y avait un seul parti». Les Tunisiens semblent ainsi désemparés par le vote.

Hanane, à peine la trentaine entamée, employée à l’Office du tourisme de la capitale, affirme qu’elle ira voter elle qui dit avoir fait la révolution comme la plupart des Tunisiens descendus dans la rue pour crier à la face de l’ex-dictateur : «Ben Ali Dégage !» Seulement reconnaît-elle : «Je n’ai rien compris au vote. Voter pour qui ? Il y a beaucoup de partis.» Tout le monde ainsi semble naviguer à vue au sujet de cette première élection plurielle en Tunisie malgré tous les efforts mis en place par les organisateurs et les acteurs de la scène. Mais, selon Rafik Benabdellah, responsable de la rubrique nationale au quotidien Essabah : «Aucun ne sait réellement le poids de chacun des partis politiques. On découvrira cela au lendemain du 23 octobre.»

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