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L’entrepreneurship, entre réalités et ambitions

17 décembre 2012 à 10 h 00 min

Le problème de tous nos gouvernants depuis l’indépendance réside dans le développement d’une économie productive hors hydrocarbures.  La plupart de nos problèmes ont résulté de notre incapacité à réaliser un tel objectif. Le chômage des jeunes qui se situerait selon les statistiques officielles à 24% (probablement beaucoup plus) et le boom des importations qui ont plus que quadruplé en 10 ans, en sont les conséquences les plus perceptibles de notre échec dans ce domaine. Nous avons une PME/PMI pour 60 habitants, alors que nous devrions en disposer d’une pour 30, au moins.

Toutes les statistiques économiques pointent du doigt une faiblesse manifeste : l’insuffisance en qualité et en quantité de l’appareil productif national, et notamment celle du secteur industriel. Les raisons sont complexes et interdépendantes. Nous en avons traités un nombre important de thèmes reliés à cette problématique : foncier, financement, administration, etc. Nous allons exposer brièvement la problématique relative au degré d’entrepreneurship et voir comment elle influe sur le développement et l’emploi.

Ce qui est généralement admis

Les scientifiques sont formels sur cet aspect : une variable clé du développement réside dans la qualité et la quantité des entrepreneurs au sein d’un pays. C’est par exemple la thèse centrale de l’économiste britannique Lewis, prix Nobel d’économie. C’est aussi la position-clé d’un des économistes les plus illustres du siècle dernier, l’Austro-Américain Joseph Schumpeter. Nous sommes en train d’expliciter quelque chose qui est admis et n’est sujet à aucune controverse : un pays ne pas se développer avec peu d’entrepreneurs ou de qualité médiocre.

Le degré d’entrepreneurship constitue un élément-clé du dispositif de développement. Il joue conjointement avec des tas d’autres facteurs, tout en constituant un dispositif-clé du dynamisme économique. Les spécialistes en prospective classent ce facteur parmi les tous premiers indicateurs avancés de la prospérité future d’un pays. Autrement dit, si un pays crée deux fois plus d’entreprises par 100 000 habitants qu’un autre, le premier a beaucoup plus de chances d’améliorer son bien-être et l’ensemble de ses performances économiques que le second. Pour cela, on scrute minutieusement les données dans ce domaine. Une tendance à la baisse inquiéterait les plus hauts décideurs. Des mesures correctives sont tout de suite apportées.

L’économie de marché est basée sur la création de dizaines de milliers d’entreprises dont certaines vont se développer et une poignée accèdera au rang de firmes multinationales. Si chaque année, le nombre d’entreprises créées est satisfaisant, alors le pays est sur la bonne voie. Des richesses et des emplois seront disponibles. Le pays s’améliore et le bien être se diffuse.   Tous les indicateurs pointent dans la même direction. Nous avons un gros problème dans ce domaine. Nous créons au moins quatre fois moins d’entreprises que les pays à niveau de développement similaire. Cette situation aurait dû inquiéter au plus haut point nos responsables. Elle ne transparaît pas comme une préoccupation majeure. Beaucoup de décideurs économiques préfèrent se réfugier derrière des formules idéologiques du genre : les fers de lance de la ré-industrialisation et du développement seront les entreprises publiques.

Cette question de choix de développement stratégique, par un secteur publique doté d’une culture managériale incompatible avec une efficacité acceptable, doit être revue très profondément. Cette problématique maintes fois évoquée sera revue très prochainement.
Par ailleurs, nous devrions cibler les créations d’abord dans le domaine de la substitution aux importations. Nous avons trois objectifs alignés : la réduction des importations, la création de l’emploi et l’enracinement du développement. On atteint trois buts par une même  action : accroître le rythme de croissance et surtout de naissance des entreprises. Nous avons à peu près 40% des PME/PMI que nous devrions en avoir pour réduire le chômage à des niveaux acceptables, et prétendre se hisser au rang de pays émergent. Il nous reste du chemin à parcourir. Le manque d’entreprises est comblé par l’importation.

Les grandes lignes des actions à mener

Le développement de l’entrepreneurship est un travail de longue haleine. Mais il y a des actions à mener à court terme qui peuvent améliorer la situation. En premier lieu, le programme d’action doit être intégré dans la réingénierie globale de l’économie. Les plans d’action conçus en vase clos ne s’exécutent que partiellement sur le terrain, et avec d’énormes surcoûts. Nous n’avons qu’à réfléchir au nombre d’institutions interpellées par le problème : l’éducation, le secteur financier, les administrations, etc. Les actions à mener, partant du court jusqu’au très long terme seront dans les directions suivantes :
1. Former des formateurs de managers de pépinières et d’incubateurs (nous avons besoin d’une assistance étrangère) ;
2. Former les managers de pépinières et incubateurs et créer ces instances dans chaque commune, université, centre de formation professionnel, etc. Ceci nécessite la décentralisation du développement local ;
3. Adapter le secteur financier, notamment la démultiplication de banques d’investissement, de micro-crédits, de leasing (pour aider les citoyens qui ne veulent pas travailler avec les intérêts classiques) ;
4. Intégrer dans l’éducation nationale et la culture le développement de l’esprit d’entrepreneurship (ceci est du ressort des spécialistes en psychopédagogie) ;
5. Responsabiliser les gestionnaires des institutions publiques (recteurs d’universités, responsables de centres de formation professionnels, walis, etc.) en incluant dans leurs contrats de performances un indicateur qui mesure le nombre d’entreprises créées ainsi que les taux de réussite ;
6. Libérer les initiatives des grandes entreprises ainsi que celles des managers d’institutions publiques.

Je serais tout à fait d’accord avec qui dirait : «C’est plus facile à dire qu’à faire». Par ailleurs, on peut même aller plus loin. Avec les institutions et les méthodes managériales actuelles, il serait un leurre de croire que l’on peut atteindre les normes moyennes de création et de développement des entreprises. La tâche qui nous attend est donc ardue. Avec les mauvaises nouvelles qui s’accumulent sur les perspectives du marché des hydrocarbures, nous n’avons plus de choix. Ou on réussit à créer cette économie productive hors hydrocarbures ; ou on expose les futures générations à des problèmes économiques et sociaux d’une ampleur jamais connue auparavant.  

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