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Pakistan : Pas facile d’être femme, chrétienne et haltérophile

08 septembre 2016 à 10 h 00 min

L’an dernier, Twinkle Sohail est devenue la première femme à représenter le Pakistan lors d’une compétition de powerlifting, un sport proche de l’haltérophilie, dans lequel on soulève le poids le plus lourd possible en   position allongée, fléchie ou debout. Elle a remporté la médaille d’or pour les juniors de moins de 57 kilos lors d’un championnat asiatique de powerlifting, appelé aussi «force athlétique».

Le lendemain, son équipière, Sonia Azmat, a remporté une deuxième médaille d’or pour  le Pakistan, dans la catégorie -63 kg. Ce doublé historique est une rare source d’optimisme pour la communauté   chrétienne pakistanaise, fréquemment ciblée par des attentats islamistes, comme celui de Lahore qui a fait 75 morts à Pâques. Les chrétiens pakistanais sont en outre souvent cantonnés à des emplois ingrats, comme le traitement des déchets, l’entretien des égouts ou le ménage, et vivent sous une épée de Damoclès : une loi controversée punissant de mort le blasphème.

Mais Twinkle et Sonia, 19 ans chacune, inspirent toute une génération depuis leur triomphe à Mascate, l’an dernier, face à douze autres pays —  amplifié par une troisième médaille d’or, remportée par une coéquipière musulmane, Shazia Kanwal. Le Pakistan, pays de cricket, va apporter un soutien plutôt rare en finançant une nouvelle participation des deux jeunes femmes aux championnats d’Asie en octobre à Tachkent (Ouzbékistan). Celles-ci visent encore plus haut : le championnat du monde de powerlifting l’an prochain à Orlando, en Floride.

Deux fois plus dur

Le chemin aura été long depuis les ruelles tortueuses des modestes quartiers chrétiens de Lahore où elles habitent. Twinkle, qui a débuté comme cycliste, a été repérée au gymnase où elle s’entraînait. Elle et Sonia «étaient les meilleures», assure leur entraîneur, Rashid Malik, lui aussi médaillé régional, en veillant sur ses championnes, tandis qu’une des coupures d’électricité quotidiennes plonge subitement la salle de sport dans le noir. Pour atteindre les podiums, Twink souligne qu’elle et son équipière ont dû travailler plus dur que leurs homologues musulmanes : «A l’école comme dans le sport, on doit travailler deux fois plus si l’on veut obtenir de meilleures places que la majorité musulmane», souligne-t-elle.

Sonia, dont le père a abandonné sa famille tandis que la mère cumulait plusieurs emplois pour faire vivre les siens, se souvient d’avoir regardé avec envie de jeunes athlètes s’entraînant au stade Railway à Lahore. Tous les jours, elle les voyait s’échauffer alors qu’elle se préparait à aller travailler à l’usine. «Je voulais aller avec elles, mettre des chaussures  de sport comme elles et faire la même chose qu’elles», raconte-t-elle à l’AFP.

Éclairer la voie

C’est désormais à son tour et à celui de Twinkle, dont le nom signifie «étincelle» en anglais, d’éclairer la voie. Avant elles, d’autres chrétiens pakistanais se sont illustrés dans le sport, en hockey, athlétisme et cricket — l’un des plus fameux étant l’ancien capitaine de l’équipe pakistanaise de cricket, Yousaf Youhana… même s’il s’est ensuite converti à l’islam. Mais Sonia et Twinkle sont des femmes, jeunes qui plus est, deux autres   facteurs qui jouent contre elles dans cette société très conservatrice et patriarcale. Et malgré tous ces obstacles, elles remportent des victoires… «Une médaille d’or, ce n’est pas ordinaire, ni habituel.» 
 


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