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La seconde vie du kif marocain

04 octobre 2013 à 10 h 00 min

«2022. Le Maroc a légalisé il y a six ans la production et la consommation de cannabis. Le soleil se lève sur Boulizem, un douar perdu au fin fond du Rif. Dietrich et Ulrike, un couple de bobos berlinois, se réveillent avec le chant du coq. La veille, chez la famille de kificulteurs du gîte de L’Herbe verte, ils ont dégusté un poulet succulent nourri au bon grain de cannabis» : c’est ainsi que se projette le magazine marocain Actuel après les informations évoquant l’étude prochaine du Parlement à Rabat d’une proposition de loi légalisant la culture du cannabis.

Proposition de loi portée par le Parti authenticité et modernité (PAM, proche du Palais royal) et la Coalition marocaine pour l’utilisation du cannabis à des fins médicinales et industrielles. Le texte en question propose entre autres la dépénalisation de la détention, de la production et du façonnement du cannabis pour usage médical. Selon l’hebdomadaire La Vie économique, même les islamistes du PJD (au pouvoir) ont été approché et auraient accueilli favorablement ce projet inédit. Le débat n’est pas nouveau au Maroc : à l’automne 2012, précise La Vie économique, les parlementaires Noureddine Mediane, du parti conservateur, l’Istiqlal, et Tarik Kabbaj, député-maire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) d’Agadir, ont été les premiers à aborder le sujet au Parlement, lors d’une séance de questions orales.

Ce combat pour légaliser la culture du cannabis, qui fait vivre, selon les statistiques officielles, près de 700 000 personnes (soit 90 000 familles) essentiellement dans la région du Rif, a un visage et une voix, ceux de Chakib El Khiyari, président de l’Association Rif des droits de l’homme. Lauréat du Prix intégrité 2012 de Transparency Maroc, ce militant infatigable a connu la prison dans sa campagne contre les barons de la drogue : il a été condamné en 2009 à trois ans d’emprisonnement – avant d’être gracié par le roi Mohammed VI en 2011 – pour «atteinte à corps constitués, infraction au code des changes et dépôt de fonds dans une banque étrangère sans l’autorisation de l’Office des changes».

Alors qu’en fait, le militant avait publiquement dénoncé le trafic de la drogue dans la région du Nador et l’accès à des postes de responsabilité de personnes impliquées dans un réseau de narcotrafiquants. Pour ce militant, la vraie guerre contre la drogue et ses barons au Maroc passe d’abord pas la légalisation de sa culture et le développement d’une production traçable et destinée exclusivement à l’industrie et aux besoins médicinaux. Le Maroc reste le plus important exportateur de kif au monde. Avant 1983, les terres de cannabis cultivées étaient estimées à 12 000 hectares, aujourd’hui on parle de 180 000 hectares, selon l’économiste Driss Ben Ali, cité par Actuel.

«Nous sommes pour ce projet de loi parce que l’interdiction ‘‘officielle’’ ne sert à rien, commente Saïd Chaoui, de l’Association marocaine des droits de l’homme, (AMDH) et originaire du Rif. Mais en même temps, ce genre de loi portant légalisation ne peut faire l’économie d’un Etat de droit et d’une administration locale intègre, ce qui n’est pas le cas au Maroc.» Et d’ajouter : «Parce que le vrai problème reste les barons de la drogue qui gagnent des milliards sur le dos des simples paysans du Rif ; ces barons qui ont des complices très hauts placés dans l’administration.» «La lutte contre la drogue au Maroc n’a pour objectif que de limiter sa production, pas plus, appuie Ould Ayad, président de l’AMDH dans la région du Rif. Je pense que ce débat actuellement au Maroc autour de la légalisation de la culture du cannabis n’est qu’une manière de répondre aux critiques de nos voisins européens et de l’Algérie quant à l’explosion de l’exportation du kif. Dans quelques mois, on va encore nous annoncer une nouvelle guerre contre le trafic et un meilleur contrôle des frontières, mais ça ne sera que de la poudre aux yeux.»

Aux yeux des sceptiques, qui encouragent quand même cette proposition de loi, le chantier dépasse un simple sursaut dans les textes. «Il faut d’abord s’occuper réellement du développement de cette région du Rif qui est restée très pauvre et marginalisée ; il faut également avoir le courage de ‘‘nettoyer’’ l’administration des barons de la drogue, il faut aussi réorganiser légalement la propriété foncière des terres agricoles du Rif qui obéissent à des lois traditionnels», énumère un militant de la région septentrionale du royaume chérifien.


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