La gouvernance par la mauvaise foi | El Watan
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vendredi, 03 décembre, 2021
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La gouvernance par la mauvaise foi

23 octobre 2004 à 0 h 00 min

Au moment précis où les partis islamistes, qu’ils soient dans l’opposition ou partie prenante de la coalition présidentielle, s’ attaquent avec férocité et force aux timides améliorations supposées aider la femme algérienne à relever sa tête dans un univers qui la bafoue, un ministre de la République, M. Ghlamallah, travaille avec insistance à créer le danger de l’évangélisation de la Kabylie et le risque, par conséquent, de sa rupture religieuse par rapport à la nation.
Saisies dans leur dimension politique, ses déclarations participent d’une manœuvre habile de la collectivité islamiste qui vise à affaiblir les forces du progrès et du changement, qu’elles soient au niveau de l’Etat ou au niveau de la société. Après les agressions contre les partis démocrates et les archs, le ministre de la République s’autorise cette fois une atteinte contre le MCB, patrimoine politique et culturel d’une région qui a tant souffert du mépris, mais aussi d’un pays que l’instrumentalisation de la religion a enfoncé dans l’abîme et qui aspire intensément à la paix et à la modernité. On offensant le MCB, matrice de la dynamique démocratique qui a pu contribuer, malgré des défaites partielles, à placer stratégiquement le pays sur la voie de la rénovation, M. Ghlamallah veut installer les démocrates dans une position défensive qui convienne à la reprise de l’initiative politique par les forces de la dérive historique. En désignant le MCB comme animateur de l’évangélisation en Algérie, monsieur le ministre dévoile son rôle de démolisseur religieux du bastion de la démocratie dans notre pays, mais surtout son manque de responsabilité et d’élévation politique. Le MCB n’est pas un mouvement religieux ; il n’est ni islamiste ni évangéliste. Prétendre autre chose, c’est faire preuve de mauvaise foi et d’hypocrisie inégalables. D’ailleurs, les investigateurs de monsieur le ministre sont mis au défi de trouver dans la littérature du mouvement, dans son parcours et ses actions une attaque ou une atteinte à la religion. Conscients des techniques utilisées par les artisans de la crise nationale et qui consistent, entre autres, à opposer la revendication amazighe à la religion, les animateurs du combat identitaire ont soustrait leur lutte à toute dualité improductive. Dans ce sens, nous pourrons aisément lire dans le rapport de synthèse du 2e séminaire du mouvement amazigh, tenu en juillet 1989 à Tizi-Ouzou : «Il est clair que dans la umma musulmane à l’apogée de sa civilisation, il n’y a pas eu de volonté d’arabiser les diverses communautés musulmanes. Les contacts culturels se réalisant sans pratiques dominatrices et exclusivistes (principe de tolérance et de respect de la différence dans l’Islam).»
Le MCB, dans sa nature démocratique n’est ni chauvin ni passéiste, au contraire, il est sans complexe aucun, partisan de l’ouverture sur les autres dimensions de la culture nationale et universelle. Il inscrit son combat dans le cadre du mouvement démocratique de tout le peuple algérien. Il ne prend pas position sur les systèmes philosophiques, sociaux et idéologiques, mais il lutte aux côtés de toutes les forces démocratiques de la société pour une démocratisation inconditionnelle de la vie politique et culturelle. C’est en ces termes que le MCB s’est défini. Ni les textes du mouvement culturel, ni la déclaration du 1er novembre 1954, ni la plateforme de la Soummam, ni la Constitution en vigueur n’obligent un mouvement ou un parti politique à vérifier l’appartenance religieuse de ses adhérents et militants. Celle-là concourt du domaine privé de chacun que tous doivent respecter. En réalité, le problème ne découle pas d’un souci religieux, il est fondamentalement politique. Ce n’est pas tant l’évangélisation qui pose problème, mais c’est le fait que la Kabylie, après des décennies d’isolement et de dénigrement, arrive à traîner dans ses élans revendicatifs et démocratiques les autres régions du pays. La fin de la diabolisation de cette région, le changement de regard entre des concitoyens poussés à se regarder en chiens de faïence, ne sont pas du goût de cercles habitués à vivre de l’instrumentalisation des fondements de la personnalité. Vouloir conditionner la population par le moyen de l’usage de l’insulte, pour la pousser à réagir négativement et justifier par la suite, par cet ennemi intérieur fabriqué de toutes pièces, une fonction politique qui n’a pas lieu d’exister explique d’une manière prodigieuse la stagnation de la culture politique de ses commanditaires. Les propos du ministre des Affaires religieuses sont d’une gravité certaine, du fait qu’ils engagent le gouvernement dans une stratégie de discorde nationale contraire aux options stratégiques déclarées. En effet, elles viennent se superposer sur un lourd sentiment de frustration qui traverse en profondeur la société, essentiellement sa jeunesse qui vient de sortir de trois années de révolte et de martyre et qui se retrouve la proie d’une campagne qui n’intéresse nullement son vécu et son avenir qui reste incertain. Pour conclure, il est important de dire que s’il est inadmissible d’utiliser tamazight pour nuire à l’Islam, il est d’un autre côté inacceptable que les adversaires de tamazight utilisent la religion pour porter atteinte à l’un des soubassements essentiels de notre nation.


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