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le 11 août 1956 Amar Ath Chikh tombait au champ d’honneur

16 août 2015 à 10 h 00 min

 

Il y a 59 ans, au village Ibelqissen dans la région de Aïn El Hemmam (Tizi Ouzou), tombait au champ d’honneur Amar Ath Chikh et 13 de ses compagnons d’armes.


Né en 1906, issu d’une famille aisée de propriétaires terriens, Amar Ath Chikh fut l’un des premiers maquisards de la guerre anticoloniale. Adhérent du Parti du peuple algérien (PPA), puis du (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), il consacra toutes ses années de militantisme politique à la sensibilisation de la population à la Cause nationale.

Aux prises avec l’administration coloniale qui, après avoir tenté vainement de le corrompre, le soumit ainsi que sa famille à une répression permanente (convocations et perquisitions fréquentes, saisies de denrées alimentaires,…), avant de se résoudre à procéder à son arrestation.

Afin d’y échapper et bien instruit des méthodes policières de l’administration qui ne manquerait pas de trouver un prétexte pour l’emprisonner, Amar Ath Chikh entra alors en clandestinité début février 1948 et exprima aussitôt ce
souhait : ne jamais tomber, vivant ou mort, entre les mains des Français.

Ayant personnellement constaté lors des élections de 1946 — la fraude y a été la règle —  que le colonialisme n’était ni prêt à laisser le peuple algérien s’exprimer librement ni à respecter son choix, Amar Ath Chikh arrivera à la conclusion de l’inéluctabilité de la lutte armée contre le colonialisme.

Ce sentiment sera renforcé après l’entrevue qu’il a eue à Alger avec le chef du Parti de l’époque, entrevue qu’il avait sollicitée afin de s’enquérir des motifs pour lesquels des militants de grande valeur n’étaient plus conviés aux réunions du Parti.

Il ne cessera de prôner à toutes les occasions le recours aux armes comme moyen indispensable de lutte contre le colonialisme ; il le fera notamment pendant les réunions de travail qu’il tenait avec Belkacem Krim et Amar Ouamrane, maquisards depuis plus d’un an déjà mais qui conservèrent quelque temps encore quelques illusions sur la seule action politique pour la libération de notre pays.

Soutenu par sa seule famille et par de proches parents et amis qui lui vouaient une confiance et même une admiration sans limite, Amar Ath Chikh, tout en maintenant des liens particuliers avec les militants de la cause nationale, se mettra volontairement en congé du Parti tout en ne s’interdisant pas d’intervenir dans le sens de la modération et de la sagesse lorsqu’un conflit éclatait entre les militants.

Plusieurs de ces militants trouveront d’ailleurs refuge et soins dans la ferme discrète bâtie loin de toute zone habitée.
Cette ferme, Laaziv, continuera à servir de refuge, de lieu de halte et de réunion même après son bombardement par l’armée coloniale en mai 1955 inaugurant ainsi la trop longue série des destructions dans la région de Aïn El Hemmam.

Des abris et des passages souterrains seront aussi réalisés grâce à la bonne volonté d’ouvriers complices étrangers à la région ; certains de ces abris ne seront découverts que sur dénonciation et plusieurs années après le déclenchement de la lutte armée, leur ingéniosité sera remarquée et même saluée par les militaires français.

Parallèlement à la préparation matérielle de la guerre contre le colonialisme, homme d’action et de devoir absolument dévoué à la cause nationale, Amar Ath Chikh se saisissait de toutes les occasions pour sensibiliser la population à la lutte armée et dénoncer les injustices de l’administration coloniale et des quelques relais autochtones. Sa foi en la victoire finale était inébranlable ;  sa confiance dans les potentialités du peuple algérien pour mener la lutte qu’il pressentait terriblement longue était illimitée.

Amar Ath Chikh avait coutume de résumer son appréciation sur les événements par ce tercet kabyle : «Ad zwiren at nnif ; ad-d-rnun at
lhif ; ad-d-gwrin at bessif»(L’honneur poussera les premiers combattants à la révolte, les seconds y seront incités par la misère, les derniers suivront par obligation). Il faut bien remarquer que le sens de l’honneur est cité en tout premier lieu dans la lutte contre le colonialisme.

De fait, Amar Ath Chikh ne dérogea jamais aux règles de l’honneur, il plaçait cette vertu bien au-dessus de toutes les autres qualités. Militant d’une parfaite intégrité, sans aucune ambition personnelle, d’un courage exceptionnel, totalement dévoué à la cause nationale, il exerça une influence considérable sur la prise de conscience par la population de la nécessité du combat pour la liberté.

Ces qualités alliées à la pertinence de ses jugements et décisions, sa faculté fulgurante d’appréhender une situation dans tous ses aspects, l’impression de puissance qui se dégageait de lui, la sérénité qui en émanait, son charisme lui permettront d’être désigné dès les premiers mois du début de la lutte armée comme responsable de la zone VI, zone qui constituera la majeure partie de la future Wilaya III.

De bonne constitution physique, marcheur infatigable, il parcourait d’une seule traite des distances considérables ; il ne s’octroyait aucun privilège malgré son âge déjà avancé et prenait son tour de garde comme simple combattant ne se permettant quelques instants de repos qu’après s’être assuré que tous ses compagnons bénéficiaient au moins des mêmes conditions que lui.

Très exigeant et même sévère envers lui-même, il était naturellement enclin à la mansuétude et au pardon pour les autres car il voyait dans tout Algérien un patriote et un militant potentiel de la cause nationale. Début août 1956, Amar Ath Chikh reçut l’ordre de se rendre au lieu où devait se tenir le Congrès de la Soummam.

Il arriva avec son groupe de combattants dans la nuit du 10 au 11 août au village Ibelqissen dans la commune d’Iferhounen à une vingtaine de km à l’Est de Aïn El Hemmam. Informée de la présence dans ce village d’un fort contingent de combattants de l’ALN, l’armée coloniale y dépêcha un nombre considérable de soldats pour encercler tout le village et y déploya des moyens en matériels considérables.

Tous les combattants résistèrent héroïquement, aucun ne se rendit ni même envisagé de se rendre malgré l’impossibilité évidente de s’extraire de l’impressionnant étau ; certains, après de graves blessures succombèrent ou furent faits prisonniers. Amar Ath Chikh tomba les armes à la main à 11 heures dans une zone très accidentée et très difficile d’accès ; son corps ne put être repéré par les villageois qu’après le départ des militaires français plusieurs heures après la fin des combats.

Le souhait de Amar Ath Chikh aura été exaucé : il n’est pas tombé entre les mains des militaires français. En 1963, lors du transfert des cendres de Amar Ath Chikh au cimetière de son village natal (Ikhef Oussamer, Azrou Kollal) en présence d’une foule nombreuse et d’anciens maquisards, sa famille refusera la proposition faite par de nombreux citoyens et combattants de l’ALN : l’édification d’un mausolée.

La personnalité hors du commun de Amar Ath Chikh, son charisme, son idéal de justice et d’équité, sa haute valeur morale, sa parfaite intégrité, son courage exemplaire ont conduit un universitaire algérien, trop jeune pour avoir connu Amar Ath Chikh autrement que par la description qui lui a été faite, à remarquer qu’il n’y a jamais eu de prophète en Kabylie.

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