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Il était une fois le cinéma espagnol

27 septembre 2007 à 0 h 19 min

Le nouveau cinéma espagnol s’est réellement imposé avec Pedro Almodovar dont tous les films sont des réussites magistrales, quoi qu’il fasse. Almodovar est né avec une cuillère d’argent dans la bouche, car il transcende à lui seul les limites de son pays, suscitant une admiration universelle qui pousse à le mettre au même niveau que le peintre Salvador Dali. Almodovar appartient, il est vrai, à cette génération de cinéastes espagnols qui n’ont pas connu, dans l’exercice de leur métier, la féroce dictature de Franco (1892-1975). Sous le règne du Caudillo, toute pensée divergente était exclue et pouvait valoir à son auteur de disparaître sans laisser de traces. Le général Franco a tenu l’Espagne dans une main d’acier, de 1939 à sa mort. Dans un documentaire diffusé sur Arte, on retrouve l’ombre menaçante du dictateur sur une Espagne encore tétanisée par les séquelles de la terrible guerre civile. C’est de cette Espagne misérable, selon le mot du réalisateur Fernando Trueba, que rendent compte les magnifiques œuvres de Juan-Antonio Bardem (1922-2002) ou Luis Garcia Berlanga, né en 1921, et qui continuait à tourner au début des années 2000. Almodovar, né en 1949, n’avait que 26 ans à la mort de Franco et l’évolution de la société espagnole vers la reconquête de la liberté d’expression allait aider à son ascension vertigineuse, absolument impossible quelques années plus tôt. Dès les années 1980, l’Espagne se libère de la pesante chape de plomb qui avait pesé sur la création artistique et littéraire. Pourtant, de la terrible époque de la dictature franquiste sont sorties des œuvres comme Le bourreau ou La mort d’un cycliste qui témoignent de la profondeur de l’humanisme espagnol. Les cinéaste Fernando Trueba est de ceux qui affirment le grand respect que méritent leurs aînés, plus particulièrement encore Luis Berlanga. Le cinéma espagnol n’a pas l’envergure du cinéma américain dont l’influence sur les futurs cinéastes est énorme. Le public espagnol lui-même préférait les grandes œuvres hollywoodiennes aux espagnolades dont il était distant. En fait, l’Espagne des années soixante était devenue une plaque tournante pour le cinéma américain qui avait fait d’Almeria un immense studio de tournage où l’Espagnol n’avait qu’une place secondaire.
C’était l’époque dorée des superproductions qui permettait de réaliser dans des conditions avantageuses des films qui aspiraient à la démesure. Les grands noms du cinéma mondial, comme Charlton Heston, George C. Scott, Clint Eastwood ou Sofia Loren, faisaient le voyage d’Almeria. Cette intrusion américaine n’a pas été d’un grand secours pour le cinéma espagnol dont l’essentiel de l’activité se concentrait autour de rares maîtres d’œuvre dont le plus méconnu reste le cinéaste Antonio Del Amo (1911-1991) qui fut le réalisateur attitré de l’immense star que fut Joselito, l’enfant à la voix d’or. Réalisateur prolifique, Antonio Del Amo a mis son savoir-faire au service de films chantants où l’apparition de Joselito arrachait des larmes au plus endurci des spectateurs. Dans ce genre, on doit à Del Amo un chef-d’œuvre absolu du mélo avec Les deux gamins. Même sous la censure la plus implacable, il s’est trouvé tout de même des scénaristes et des cinéastes espagnols pour décrire la grisaille d’un quotidien amer, plombé par l’absence de bonheur alors que les blessures de la guerre civile n’étaient pas encore cautérisées. Il en allait évidemment tout autrement pour l’Espagne des années 1980 qui allait intégrer l’Europe et entamer une véritable révolution qui faisait tomber les tabous un à un. Cela avait commencé avec des cinéastes tels que Carlos Saura, Bigas Luna et un peu avant le cosmopolite Jesus Franco, iconoclaste qui avait ouvert la voie à une génération qui ne connaît pas l’absence des libertés. C’est cette transition qui a permis à Pedro Almodovar de s’imposer comme le génie des lieux. Il serait ovationné même s’il filmait les pages de l’annuaire téléphonique. C’est aussi cela le paradoxe du cinéma espagnol que son identification à un seul cinéaste, Almodovar, faisant figure d’arbre qui cache la forêt.


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