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Frank La Rue : Les réformes en Algérie ne sont pas seulement nécessaires, mais inévitables 

22 avril 2011 à 1 h 00 min

Durant son séjour, il a rencontré plusieurs responsables, dont les ministres des Affaires étrangères,  de la Communication et Poste et TIC, des représentants du Conseil de la nation et de l’APN, le président de la Commission nationale de la promotion des droits de l’homme, des dirigeants de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP) et de l’Autorité de régulation de la poste et de télécommunications (ARPT) ainsi que des animateurs de la société civile et des journalistes. 

Le 17 avril, Frank La Rue a rendu public, lors d’une conférence de presse au siège du PNUD à Alger, un premier rapport sur sa mission à Alger. Ses conclusions critiques ont été largement censurées par les médias dits publics et par une partie de la presse écrite. 

 

–  Vos déclarations et vos recommandations faites lors de la conférence de presse que vous avez  animée à Alger le 17 avril ont été largement censurées par les médias publics (radios, télévision et agence de presse). Comment expliquez-vous ce comportement ? Est-ce le signe d’un pays qui aspire à l’ouverture ?


Si cela était censuré, ce dont je suis incapable de confirmer, ce serait un mauvais signe. Il y a aussi la peur chez les gens qui sont dans les médias publics d’engager des réformes du système et permettre davantage d’ouverture.

Vous avez préconisé la dépénalisation de la diffamation. Quel est le meilleur moyen pour y arriver ?


 Ce que j’ai recommandé au monde est le suivant : le Parlement doit promulguer une loi pour faire sortir la diffamation du code pénal et la transférer en une action civile.

Quelles ont été les réponses des autorités algériennes sur le refus d’ouvrir le champ audiovisuel à l’initiative privée en Algérie ? Et comment faire pour que les médias publics soient indépendants du pouvoir politique dans le pays ?


Les hauts responsables que j’ai pu rencontrer n’ont pas rejeté ma proposition. Ils ont seulement dit qu’ils vont l’étudier. Selon eux, cela fera partie d’un package de réformes qu’aura à annoncer le président. Ils ont aussi dit que cette ouverture est inévitable.

Selon ce qui vous a été dit à Alger, pensez-vous que toutes les opinions s’expriment librement en Algérie ?


 Je pense que l’Algérie a fait un long chemin, spécialement en matière de presse écrite, mais il y a encore du chemin à faire pour ce qui est de l’audiovisuel.


 
Ne trouvez-vous pas contradictoire que les autorités algériennes lèvent l’état d’urgence et maintiennent les interdictions des marches à Alger et dans les autres villes ?


 Oui, c’est contradictoire. Mais je pense que les autorités sont conscientes de cette situation. Mon impression est qu’il faut continuer les réformes en matière législative pour le futur.

Pourquoi avez-vous recommandé de ne pas utiliser les visas et les accréditations pour limiter la liberté des journalistes de couvrir tous les sujets ?


Parce que je crois que les visas relèvent d’une procédure administrative seulement basée sur le principe de l’égalité pour tous. Les journalistes doivent bénéficier de facilités pour les visas. Pour les accréditations, je crois que cela doit se faire sur une base volontaire, à la demande des journalistes.

 


Pensez-vous que les autorités manipulent l’octroi de la publicité de l’ANEP pour acheter la docilité des journaux et menacer ceux qui osent critiquer le pouvoir politique ?


 La manière avec laquelle l’ANEP (Agence nationale d’édition et de publicité, organisme étatique) fonctionne actuellement et l’opacité dans laquelle la publicité publique est accordée ont généré un système d’abus pénalisant les voix les plus critiques parmi la presse.


 
Comment sera-t-il possible de permettre au groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU de venir en Algérie puisque vous avez souhaité cette venue autant que celle du rapporteur sur la liberté d’association ?


 Je crois que le gouvernement a exprimé son désir de s’ouvrir sur les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme (de l’ONU, ndlr). Aussi, ai-je été informé qu’il va inviter le groupe de travail sur les disparitions forcées et involontaires à visiter le pays.


 
Vous avez déclaré que «le gouvernement algérien envisage d’engager davantage  de réformes politiques». Que vous a-t-on dit à ce propos lors de votre visite à Alger ?


 J’ai dit que le Président et les officiels de haut niveau ont compris que les temps ont changé et compris les demandes et les désirs des jeunes. Ils ont compris que les réformes ne sont pas seulement nécessaires, mais inévitables.

Vous avez remarqué que la réconciliation ne peut pas être achevée en imposant le silence. Qu’est-ce qui a motivé cette observation?


 Ma propre expérience dans mon pays m’a montré que dans chaque période tragique de violence, il y a ce besoin de faire la paix. Boutros Ghali (ancien secrétaire général de l’ONU) a dit : «Il y a une différence entre faire la paix et construire la paix.» Faire la paix est liée aux négociations relatives à la transition durant laquelle la construction de la paix se fera, cela signifie une réconciliation nécessaire devant permettre à la société de retrouver une vie normale. Dans ce processus, la vérité et la justice sont fondamentales.

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