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L’universel démocratique face au «dégagisme»

18 avril 2011 à 1 h 00 min

 

Lyon.
De notre correspondant

La dignité, c’est l’exigence de l’heure dans les mouvements populaires qui agitent le monde arabe depuis des mois. Trois syllabes qui, en arabe, veulent dire beaucoup «ka-ra-ma». Ce furent les premières paroles d’un colloque qui tombait très bien récemment à Dieulefit, dans la Drôme. Dans cette ville, le terme n’est pas malvenu, car la bourgade a été un des bastions de la résistance contre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale, puis une des villes de soutien aux militants algériens après 1954. Ici, en ce printemps de 2011, le thème choisi pour réfléchir «France-Maghreb», prévu de longue date par l’université populaire «Le savoir partagé», a été mis à profit pour faire le point de la façon la plus érudite qui soit sur le mouvement d’ampleur qui gagne la rive sud de la Méditerranée, du Maroc jusqu’en Syrie, et dont l’Algérie n’est pas à l’écart.
Vu de France, qui a marqué par sa botte colonisatrice une bonne partie de ces contrées révoltées, les interrogations valaient qu’on s’y arrête.


Relancée par la journaliste du Monde, Catherine Simon, c’est tout d’abord Sophie Bessis qui enclencha la réflexion sur la «Révolution tunisienne». Aujourd’hui, l’universitaire, d’origine tunisoise, fait partie du «Haut conseil de sauvegarde de la Révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique». «Il fallait contenter tout le monde», dit-elle, c’est une «appellation consensuelle». Assemblée cooptée, elle doit préparer la voie à l’élection, en été, de l’assemblée constituante. Sophie Bessis a apporté à l’assistance des informations de première main. Le Haut conseil a pour tâche d’établir la désignation d’une commission électorale indépendante, d’adopter un code électoral valable dans un premier temps pour l’élection de l’assemblée constituante qui décidera de la suite à donner à la révolution en cours au plan des structures démocratiques. Il doit aussi établir un code qui va régir les associations et partis politiques dont déjà 50 ont vu le jour. 24 ans après que Ben Ali ait dit, en prenant le pouvoir, que «le peuple est mûr pour la démocratie», le chemin semble aller dans ce sens, mais sans lui. Pour Sophie Bessis, la révolution tunisienne est universelle. Elle répondait à l’assistance qui se demandait s’il n’y avait pas eu l’influence de la Révolution française. «Il ne faut pas être nombriliste», répondit-elle avec le sourire. «Les mots d’ordre, la façon de faire confine à l’universel. Les analyses culturalistes sur le monde arabe sont là démenties, comme le choc des civilisations.» Inventant une nouvelle catégorie politique qui s’appellerait le «dégagisme». Pas pour remplacer un chef par un autre, mais pour que le peuple, à travers des instances représentatives, s’invente un avenir. En cela, explique Sophie Bessis, le cas tunisien est unique pour l’heure.


Comme on est en France, bien évidemment la question de l’islamisme devait nécessairement se poser. Non pas qu’elle ne soit pas pertinente, au contraire. Elle l’est d’autant plus que le parti longtemps interdit, Ennadha, a maintenant pignon sur rue, installe ses réseaux : «Très bien organisés, ils sont très présents.» Pas gênants dans le processus, elle estime cependant qu’ils sont «ambigus» : «modérés dans le débat public, islamistes dans les mosquées ou les réunions de parti». Ainsi, dans un pays sécularisé depuis longtemps, la discussion sur la laïcité n’aboutira pas à retirer la religion du projet d’évolution de la Constitution. «L’Islam reste une norme, un surplomb idéologique.» Face à cette réalité, quel sera le pacte républicain que le Haut conseil, puis la constituante élaboreront ? Telle est la question essentielle.
Le deuxième intervenant de haut niveau fut l’historien Mohammed Harbi. On ne résumera pas une pensée forte qui a souvent sa place dans les colonnes d’El Watan. Au bout d’une explication qui part d’avant la colonisation, puis la présence française et enfin la Révolution et l’indépendance, l’universitaire a su anticiper les questions que le public français se pose toujours depuis janvier 2011 : A quand le tour de l’Algérie ? «Toutes les manifestations depuis deux ans ont des objectifs divers, mais pas politiques.

Aujourd’hui, il y a plusieurs coordinations, la société est effervescente, capable de revendications, sans définir des objectifs centraux. Les particularismes sont toujours à l’œuvre, sans déboucher sur un pacte politique contre les forces centrifuges». De 1954 à 1962, on est passés de «l’autoritarisme colonial à l’autoritarisme national». Dans une «société fatiguée» par une révolution puis l’indépendance qui n’a pas rendu aux Algériens la liberté démocratique, concédée en 1988 sous forme de «décompression autoritaire», puis brisée par les années de terrorisme, «comment se libérer du conditionnement ?». Harbi s’est montré un brin pessimiste, contrairement à Bessis, qui, sur la Tunisie, avait conclu qu’«on peut être inquiet, mais optimiste». D’ailleurs, le pire, comme le meilleur, ne sont jamais sûrs. Ce ne sont que des hypothèses. Le réel, lui, est bien plus terre-à-terre.


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