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«L’Algérie peut faire davantage pour rendre les investissements plus faciles»

20 octobre 2011 à 1 h 00 min

– Comment évolue le dialogue entre le Royaume-Uni et l’Algérie en matière de défense et de sécurité ?


Nous avons une excellente relation avec l’Algérie dans le domaine de la défense et de la lutte contre le terrorisme, qui couvre un large éventail d’activités. Le Royaume-Uni et l’Algérie ont un dialogue annuel sur les questions de la lutte antiterroriste, le prochain devant avoir lieu à Alger en automne. Le Royaume-Uni et l’Algérie ont une grande expertise que nous pouvons partager afin de travailler ensemble pour lutter contre la menace commune à laquelle nous sommes tous confrontés : le terrorisme et en particulier Al Qaîda. Notre relation dans le domaine de la défense, qui est déjà forte, s’est renforcée davantage à la faveur de la signature de l’Accord de Défense en 2009. Depuis lors, il y a eu augmentation des contacts dans tous les domaines ainsi que des possibilités de coopération, notamment dans la formation.


– Au-delà de la coopération dans la lutte contre le terrorisme entre les deux pays, qualifiée par des observateurs d’excellente, les autres aspects du partenariat sont négligés. La sécurité est-elle prioritaire, pour vous, par rapport aux questions économiques ?


Non. La sécurité et le développement sont d’importance égale et se renforcent mutuellement. C’est pourquoi la prospérité est au cœur de la politique étrangère britannique tout autant que la sécurité. Le Royaume-Uni a exporté l’équivalent de 277 millions de livres sterling de biens vers l’Algérie durant les six premiers mois de 2011, en hausse de 117% par rapport à la même période de 2010. Cependant, l’Algérie a importé pour près de 15 milliards de livres sterling durant cette période, ce qui signifie que la part du Royaume-Uni est d’à peine de 2%. Donc, il y a un grand potentiel pour accroître notre part du marché algérien et les deux pays travaillent dur pour atteindre ce résultat. Le Royaume-Uni offre parmi les meilleurs produits et services dans le monde et se focalise sur la création d’emplois en Algérie et le transfert de technologie.


– L’effort d’investissement britannique en Algérie est toujours faible. Quels sont, d’après vous, les obstacles au développement de cet investissement ? Y a-t-il des chances pour que le partenariat entre les deux pays sorte du cadre énergétique ?


Quand j’ai pris mes fonctions en tant que ministre des Affaires étrangères, je me suis engagé à répondre spécifiquement à ce problème. Le premier défi du Royaume-Uni est de mieux faire connaître les opportunités d’investissement que présente l’Algérie. Nous travaillons étroitement avec les sociétés britanniques et les associations commerciales pour sensibiliser les hommes d’affaires britanniques à travers des séminaires, des missions commerciales et des visites de prospection. Des entretiens tels que celui-ci dans les deux pays contribuent également à assurer aux entreprises que l’Algérie est un bon endroit pour faire des affaires. Mais il y a également un message lancé par les hommes d’affaires selon lequel l’Algérie peut faire davantage pour rendre les investissements plus faciles pour eux : simplification des procédures douanières et des lois plus ouvertes en matière d’investissement figurent souvent parmi leurs souhaits. Le partenariat entre le Royaume-Uni et l’Algérie s’étend déjà bien au-delà de l’énergie. Des sociétés britanniques internationales telles que Unilever et GSK ont déjà des installations de production en Algérie, offrant des centaines d’emplois à Oran et à Boumerdès. Des négociations pour ouvrir d’autres usines seront prochainement conclues. Le Royaume-Uni est actif dans le secteur de l’éducation et de la formation professionnelle, par exemple à travers le programme du British Council de formation des enseignants et des fournisseurs d’enseignement d’anglais (Language Solutions, Linguaphone). Le géant bancaire HSBC est déjà bien établi et a des plans ambitieux de développement dans le secteur financier algérien.


– L’Algérie a adopté un plan de développement des énergies renouvelables de 60 milliards de dollars jusqu’à 2030. Le Royaume Uni est-il prêt à appuyer ce projet sur le plan technologique dans la mesure où cela peut consolider la sécurité énergétique de l’Europe ?


Le Royaume-Uni s’est engagé à aider l’Algérie à réaliser ce plan ambitieux. Lord Marland, ministre d’Etat britannique au sein du département de l’Energie et du Changement climatique, dirigera une mission commerciale en janvier 2012, axée spécifiquement sur les énergies renouvelables. Il s’agit d’une mission régionale couvrant l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Elle sera en Algérie les 15 et 16 janvier 2012. Les représentants de sociétés spécialisées qui l’accompagneront auront l’occasion de voir le marché personnellement et de rencontrer les acteurs-clés, comme au ministère de l’Energie et des Mines et à la NEAL (New Energy Algeria).


– Comment votre pays peut-il contribuer à soutenir l’Algérie dans sa stratégie de diversification économique ?


Le Royaume-Uni a une grande expérience en matière d’attrait des investissements. En 2010, le Royaume-Uni a reçu près de 1500 projets d’investissement étrangers qui ont créé ou sauvegardé 94 500 emplois. Nous pouvons utiliser cette expérience pour aider l’Algérie à attirer les investissements nécessaires pour réussir à diversifier son économie.
Cela se traduira par le transfert de la technologie et du savoir-faire et la création d’emplois, et c’est ce qui se passera grâce au nombre croissant d’entreprises britanniques qui s’établiront ici.
Il existe une opportunité particulière dans l’enseignement de la langue anglaise pour laquelle la demande est énorme et nous aimerions mettre en place des partenariats entre les institutions algériennes privées, le British Council et les sociétés britanniques.  Des discussions sont déjà en cours avec les autorités à Oran.   


– Le dossier de l’extradition de l’ex-homme d’affaires Abdelmoumen Khalifa a-t-il évolué ? Ou est-il à ce point sensible pour que, des deux côtés, l’on table sur l’épreuve du temps pour le faire oublier ?


Je comprends que cette affaire s’est prolongée dans le temps. Mais elle continue à évoluer à travers les tribunaux britanniques. Il ne serait pas correct de ma part de me prononcer sur le résultat probable.


– Alger et Londres ne sont pas sur la même longueur d’onde sur le dossier libyen. Pourquoi ces divergences, surtout que les deux capitales partagent des points de vue similaires sur un certain nombre de questions internationales ?


Les nations souveraines ont le droit d’avoir des points de vue différents sur les questions internationales. Ces décisions sont prises sur la base de nombre de facteurs, y compris la perception des intérêts et les valeurs nationales. Les pays ne seront pas d’accord sur tout, mais cela ne devrait pas avoir d’incidence sur la coopération où les intérêts et les valeurs coïncident. Le Royaume-Uni et l’Algérie travaillent en étroite collaboration concernant un nombre de domaines et j’espère que ma visite aidera à réaliser cela. Bien sûr, nous comprenons aussi les préoccupations de l’Algérie envers la situation sécuritaire en Libye et l’impact potentiel de la prolifération des armes. J’encouragerai l’Algérie à travailler avec les nouvelles autorités en Libye pour contrer cette menace commune. Je me réjouis que le CNT ait prévu de visiter l’Algérie prochainement pour en discuter davantage. Il est important que les pays de la région soutiennent le peuple libyen pour construire un nouvel avenir.


– Pourquoi la position du Royaume-Uni est-elle moins engagée sur les demandes populaires de changements politiques en Syrie, au Bahreïn et au Yémen qu’en Libye ? Cela obéit-il à des considérations géostratégiques ?


Je ne suis pas d’accord là-dessus : nos valeurs sont constantes et constituent la base de notre politique étrangère. Nous soutenons plus de liberté, d’ouverture, de pluralisme et de droits de l’homme dans tous les pays. Là où les régimes ont utilisé la violence contre leurs propres citoyens, le Royaume-Uni a été sans équivoque dans sa condamnation. Cependant, les situations en Libye, en Syrie, au Bahreïn et au Yémen sont différentes les unes des autres et notre réponse doit être ajustée en conséquence. En février, le colonel El Gueddafi était sur le point de massacrer la population de Benghazi.


La Ligue arabe a appelé à une zone d’exclusion aérienne et le Conseil de sécurité des Nations unies a mandaté «toutes les mesures nécessaires» afin de protéger les civils. L’OTAN ainsi que les autres partenaires ont ensuite agi pour protéger la population d’une dictature brutale et répressive. En Syrie, malgré les atrocités du régime Assad et un fort lobbying du Royaume-Uni pour qu’une résolution soit adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies, il n’y a pas le même niveau de soutien international pour entreprendre une action – encore moins une intervention militaire. Mais ceci ne veut pas dire que ne nous n’allons rien faire ; nous avons entrepris des actions afin de mettre la pression sur le régime pour qu’il change son comportement et arrête la répression – l’Union européenne et les Etats-Unis ont imposé des sanctions sévères à ceux qui sont au pouvoir et nous allons continuer à faire pression sur le régime. Les situations au Yémen et au Bahreïn sont également différentes, mais dans les deux pays nous allons continuer à soutenir la réforme, l’accountability (rendre des comptes, ndlr) ainsi que la liberté. Il ne nous appartient jamais d’imposer notre volonté sur ces pays. Le changement doit être mené par les peuples de la région. Nous allons continuer à être fidèles à nos valeurs et à les soutenir autant que nous pouvons.


– Le Printemps arabe est-il pour vous une saison qui  dure ? N’est-il pas menacé par les vents contraires poussés par des intérêts hostiles à la démocratisation du Monde arabe ?


J’ai dit en maintes occasions que le Printemps arabe était le développement le plus important du XXe siècle. C’est un moment d’opportunités : les populations en Tunisie, en Egypte et maintenant en Libye ont, pour la première fois, l’espoir d’une liberté réelle. Nous, aux côtés de la communauté internationale, allons continuer à soutenir cela. Il y a bien évidemment ceux, dans la région, qui sont opposés à un quelconque changement du statu quo. Mais les leçons tirées des dix derniers mois nous ont appris qu’une répression brutale ne peut en aucun cas se mettre sur le chemin des populations pour la liberté et la dignité et pour que les gouvernements rendent des comptes.


– Les révoltes arabes sont-elles une chance pour la relance du processus de paix au Moyen-Orient ? Pourquoi la présence de la Palestine en tant qu’Etat membre de l’ONU est-elle perçue en Occident comme un frein à ce processus ?


Le temps nous manque pour arriver à une solution à deux Etats. Les événements du Printemps arabe n’ont fait qu’accentuer l’urgence d’arriver à cette solution. L’opinion publique à travers la région est de plus en plus sensible à l’échec de la réalisation des aspirations légitimes des Palestiniens d’une façon qui répondrait aux besoins des Israéliens.
Nous continuons à presser les parties à entamer des négociations. Le Royaume-Uni soutient pleinement le principe d’un Etat palestinien, mais nous croyons également que seule une résolution négociée pourrait créer un Etat viable. Aucune résolution aux Nations unies ne peut se substituer à la volonté politique nécessaire si les deux parties devaient s’asseoir à la table des négociations.


– Comment suivez-vous l’évolution des réformes politiques engagées en Algérie depuis sept mois ? Où se trouve la priorité pour vous : dans la stabilité du régime ou dans la démocratisation du pays ?


J’ai suivi attentivement l’évolution des réformes politiques et sociales menées par le président Bouteflika. Nous croyons que les affaires internes de l’Algérie – et de tout autre pays – sont du ressort du peuple algérien. Le Printemps arabe a démontré que les demandes pour plus de libertés politiques et économiques ont émané des peuples non pas parce que prônées par des nations occidentales, mais parce qu’elles constituent des aspirations naturelles des peuples partout dans le monde.
En tant que pays ami, le Royaume-Uni demeure disposé à offrir son aide et son soutien là où ils sont les bienvenus. J’ai annoncé récemment la création du Fonds de partenariat arabe à travers lequel nous aspirons à travailler avec les gouvernements de la région pour les aider à réaliser les aspirations de beaucoup de leurs peuples pour un avenir meilleur. Nous avons alloué 50 000 de livres sterling de ce fonds à des projets en Algérie.


– Pourquoi aucun Premier ministre britannique n’a visité officiellement l’Algérie en dépit du déplacement de plusieurs hauts responsables algériens à Londres, y compris le président Abdelaziz Bouteflika en 2006 ?


Ma visite en Algérie est la première pour un ministre britannique des Affaires étrangères depuis 2006. En tant que nouveau gouvernement, nous voudrions renforcer notre engagement avec l’Algérie et je suis ravi que le ministre d’Etat pour la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ait déjà visité l’Algérie deux fois depuis
les élections.


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