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Révélations sur l’attaque avortée de l’aéroport de Djanet

21 novembre 2007 à 21 h 25 min

Djanet.
De notre envoyée spéciale

Les circonstances de cette opération ne sont pas connues de tous. Mais au fur et à mesure que l’enquête avance, les langues se délient. Que s’est-il donc passé ? Qui sont les auteurs ? Et surtout comment ont-ils pu pénétrer un aéroport beaucoup plus militaire que civil, censé être hautement sécurisé ? Autant de questions pour lesquelles un déplacement sur les lieux était nécessaire. Les nombreux responsables, notables et membres des services de sécurité avec lesquels nous nous sommes entretenus, sont unanimes à relever que cet attentat, même avorté, n’a rien à voir avec les activités terroristes du GSPC, qui agit sous la houlette de Abou Zeïd, émir de la zone 9 du Sahara, qui englobe toute la région du Sahel. Il a mis la région en état d’alerte maximum et mobilisé toutes les tribus touareg du Tassili n’Agger autour d’un seul objectif : neutraliser le plus rapidement possible les auteurs et éviter que de tels actes ne se reproduisent. Pour certains, le groupe armé a bénéficié de complicités internes alors que d’autres affirment que les assaillants ont profité des graves défaillances dans le dispositif de sécurité de l’aéroport. Mais en fait, dans cette attaque, il n’est pas exclu que les deux causes, négligence et complicité, soient réunies. Retour sur les événements. C’est vers 3h du matin, juste après l’approvisionnement de l’avion de transport militaire en kérosène et après le décollage d’un avion d’Air Algérie, que les terroristes sont entrés dans l’enceinte même de l’aéroport. Au nombre d’une douzaine, venus à bord de deux Station (Toyota), volés quelques jours auparavant à Tamanrasset et Ghardaïa, les terroristes ont d’abord cisaillé une partie du fil barbelé qui entoure l’aéroport. Le choix de cette partie de l’aérodrome et le moment de l’attaque ne sont pas fortuits. Le groupe était bien informé sur les points faibles de cet aéroport. Une grande partie de son espace n’est pas éclairée et la garde, assurée par des militaires, était totalement relâchée après le décollage de l’avion d’Air Algérie. Quelques minutes ont suffi au groupe pour installer les deux Douchka et de prendre position à quelque 500 m de l’imposant appareil militaire. Les premiers tirs proviennent des lance-roquettes (RPG 7), des hawn (à obus artisanaux) et des Douchka (avec trépied). Quelques secondes et c’est la riposte des militaires en faction. L’appareil militaire est légèrement touché. Fort heureusement, les obus ne l’ont pas atteint. L’aéroport a échappé à une catastrophe certaine. Les échanges de coups de feu durent moins d’une quinzaine de minutes. Visiblement pris de court par la réaction des militaires, les assaillants quittent les lieux pour disparaître dans l’immensité du désert, avant le lever du jour. Il est 3h30. Le silence réoccupe le terrain et l’aéroport est envahi par les troupes militaires. Même si les dégâts ne sont pas importants, l’avion de transport des troupes ne cesse de perdre son gasoil. Il ne peut plus reprendre son vol. Le groupe armé est, pour sa part, déjà loin au nord de la ville de Djanet, en direction de Tamanrasset. Aucune poursuite nocturne n’est engagée, jusqu’à 7h. Encore une interrogation à laquelle aucune réponse n’est donnée. Incompétence ? Négligence ? Manque de moyens ? Aucune explication officielle ne sera donnée. Dans tous les cas, cette inaction a profité à la retraite du groupe armé. Fait bizarre : à des centaines de kilomètres, les terroristes abandonnent les deux Station, à leur bord une dizaine de pièces d’armement dont deux Douchka, des hawn et des kalachnikovs. Un arsenal que les terroristes du GSPC n’auraient jamais abandonné en cours de route. Certaines sources affirment que le groupe était attendu par deux autres Station. Une information très difficile à confirmer dans la mesure où aucune trace de ces véhicules n’a été retrouvée, nous a-t-on indiqué de source sécuritaire. Pour celle-ci, l’énigme de l’abandon de l’armement dans cette région à plus de 400 km de l’aéroport reste entière, tout comme d’ailleurs les conditions qui ont aidé à l’exécution de l’opération. Ce qui est certain, c’est que les guides de la région, dont une grande partie est mobilisée avec les forces de sécurité, ont remonté les traces des terroristes pour les mener droit vers la frontière sud-est, à cheval entre la Libye et le Niger, à peine 80 km à vol d’oiseau de Djanet. Les premiers éléments d’information auxquels sont arrivés les services de sécurité confirment les appréhensions et les inquiétudes des Touareg de Djanet.

La France, la Libye et la rébellion

Le groupe est nouveau dans la région. A sa tête se trouve un ancien contrebandier dont les accointances avec les différents émirs du GSPC qui se sont succédé à la tête de la zone 9 sont connues de tous. Une histoire d’intérêts. Chacun veut assurer la sécurité de sa route — pour l’un celle de la contrebande et pour l’autre celle des convois d’armement — sans entrer en conflit avec ceux qui l’empruntent. Ce nouveau chef, identifié par les services de sécurité, se trouverait actuellement au nord du Niger avec la rébellion touareg. Il aurait enrôlé dans ses rangs quelques enfants de Touareg de la région, qui ont disparu depuis des années. Selon nos sources, la région de Djanet compte au moins une dizaine de jeunes qui seraient recherchés : six pour des activités terroristes au sein du GSPC, alors que le sort des cinq autres reste encore inconnu. Pour nos interlocuteurs, aucune revendication de cet attentat n’a été faite à ce jour. Mais de nombreux indices, précise-t-on, «permettent de pencher vers la thèse d’un pseudo ‘‘Mouvement pour l’autonomie du Sahara’’, groupe d’obédience politique, avec des ramifications extraterritoriales, financé notamment par la France et la Libye, les deux pays qui se disputent le contrôle des Touareg du Sahel. Des phalanges ont été alimentées en armement, ont bénéficié de logistique et ont été entraînées dans des camps au Mali et au Niger aux frais de ces deux pays pour mener une guerre fratricide au nom d’une lutte d’intérêts d’Etats étrangers. Il ne faut surtout pas oublier que l’attaque de l’aéroport est intervenue quelques jours seulement avant la visite à Djanet du président allemand. Qui avait l’information ? Ce n’est certainement pas les terroristes du GSPC. L’opération n’est qu’un message destiné aux plus avertis». Pour étayer ses propos, notre source n’hésite pas à faire le lien entre l’attaque avortée de l’aéroport de Djanet et l’embuscade tendue en début de ce mois sur l’axe Agadez-Arlit par les rebelles nigériens contre les forces militaires du Niger, faisant 15 morts parmi les militaires et quatre otages. Tout l’armement ainsi qu’une partie des véhicules tout-terrains ont été subtilisés. Depuis quelques mois, ajoute notre interlocuteur, la situation s’est gravement détériorée. L’implication de forces étrangères n’est plus un secret. Le gouvernement nigérien n’a pas mis de gants pour accuser directement la compagnie française Areva d’exploitation d’uranuim (au nord du Niger) d’avoir financé la rébellion au Nord. Au nord du Mali, le consul algérien échappe miraculeusement à un attentat au moment où l’Algérie menait des tractations pour mettre un terme à la violence. Les rebelles nigériens n’hésitent plus, depuis quelques semaines, à interdire aux civils l’accès aux axes routiers les plus importants menant vers Agadez comme Tahoua-Agadez, Zinder-Agadez, Agadez-Arlit, Agadez-Bilma, axes qui, faut-il le préciser, sont généralement empruntés non seulement pas les terroristes du GSPC mais également par les contrebandiers et les trafiquants en tout genre. Un no man’s land ou le terreau idéal pour toutes les activités illicites et illégales, dont le trafic de drogue dure qui vient de Mauritanie, pour être convoyée vers l’Egypte et le Moyen-Orient via la Libye. Cette tentative de déstabilisation de la région est une vérité que tous les notables de Djanet prennent au sérieux.
Dans les nombreuses rencontres que nous avons eues avec certains d’entre eux, l’inquiétude et la crainte de voir les événements avoir des répercussions sur leur ville sont apparentes. «A chaque fois que nous avons l’occasion de discuter avec les notables des Touareg du Niger et du Mali, nous leur exprimons notre désapprobation en les mettant en garde contre les conséquences néfastes d’une guerre fratricide. Nous les mettons aussi en garde contre toute éventuelle implication dans une action menée sur notre territoire. Une fois que les auteurs de l’attaque avortée contre l’aéroport de Djanet seront arrêtés, et s’il s’avère que ce pseudo mouvement a une quelconque relation directe ou indirecte avec cette opération criminelle, notre réaction à son égard changera totalement. Nous serons leurs ennemis jurés, parce que nous n’acceptons jamais des gens qui détruisent leur pays et réduisent leur peuple à la famine», déclare un des notables de Tassili n’Agger. Pour lui, l’affaire de l’enlèvement des touristes allemands, vers la fin de l’année 2002 début 2003, n’a rien à voir avec l’attaque manquée contre l’aéroport. Il insiste pour relever la grande différence entre les deux actions qui sont à la base des opérations terroristes. «Enlever des touristes et détruire entièrement un aéroport, l’oxygène de la ville, sont deux actes totalement différents. C’est toute la population qui était visée à travers cet acte ignoble. C’est pour cela que nous nous sommes tous mobilisés pour retrouver les auteurs et leurs complices quel qu’en soit le prix», note le notable. Des propos qui reviennent chez tous nos interlocuteurs. A Djanet, l’opération de l’attaque contre l’aéroport est le sujet principal de toutes les discussions, tant l’affaire est pour la population très grave. Celle-ci n’arrive pas à croire qu’un groupe peut oser attaquer l’aéroport, utilisé beaucoup plus par les militaires que par les civils. Depuis, la ville a changé de visage. Deux barrages fixes de la gendarmerie, l’un à l’entrée et l’autre à la sortie de la ville, filtrent désormais la circulation routière. La visite du président allemand, accompagné d’une forte délégation d’hommes d’affaires, a quelque peu fait oublier l’attentat et fait renaître le sentiment de sécurité chez la population et les touristes très nombreux en cette période. L’aéroport, quant à lui, donne l’impression d’être en état de siège. Un nouveau barrage militaire a été installé au lendemain de l’attaque. Les treillis verts sont visibles partout, y compris sur la piste et la lumière éclaire les trois quarts de la piste, laissant quelques zones plongées dans le noir.


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