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Un retard et des interrogations

22 juillet 2006 à 19 h 52 min

Les colonnes d’El Watan n’ont pas cessé depuis longtemps de souligner son énigmatique occultation par le pouvoir politique. Pourtant, sa création figure en très bonne place parmi les recommandations de la Commission nationale de la réforme du système éducatif. Et elle date de cinq ans, s’il vous plaît !
D’ailleurs, les spécialistes s’étonnent de voir le système éducatif algérien fonctionner depuis l’indépendance en l’absence d’une telle institution.
Il ne s’agit pas de s’attarder sur l’utilité d’un tel organisme : elle coule de source. Auraient-elles disparu, les raisons qui ont bloqué la matérialisation de cette recommandation, hautement stratégique ? Pas sûr ! Il faut compter sur les vieux réflexes du parti unique. N’a-t-on pas chanté de nobles idées pour mieux les contourner, voire les assassiner ?
En voici quelques-unes : l’épanouissement de la langue arabe, l’enseignement scientifique de l’histoire, le retour au réalisme linguistique à l’école, l’informatique à l’école, la généralisation de la classe préparatoire (les enfants âgés de cinq ans), les droits de l’homme, l’amazighité, etc. La liste est longue des bonnes intentions qui chez nous ont été orientées vers le chemin de la médiocrité. Le doute est permis et les sceptiques auront raison de se poser des questions. D’abord, pourquoi ce retard de cinq ans ? Difficile à le justifier quand on sait la somme d’erreurs commises dans ce que les officiels appellent les chantiers de la réforme. La précipitation – ce poison qui guette la réforme et dénoncé par le ministre en personne – n’aurait jamais été inoculée dans le corps sensible de l’éducation si cet observatoire avait existé. Encore faudrait-il que l’engineering suive. Un observatoire de l’éducation ne peut être opérationnel et efficace qu’à la condition qu’il soit nourri à la mamelle de la recherche en sciences de l’éducation. Sur ce chapitre, il y a lieu de relever la quasi-absence de laboratoires universitaires. Les rares qui existent – le CREAD, le CRASCC, la SARP et la SAOR – sont peu (ou pas du tout) mis à contribution. D’emblée, ses futurs locataires seront confrontés à une mission autre que celles normalement liées à leur vocation. Au lieu de s’atteler à déblayer et éclairer le terrain pour l’application sereine et judicieuse des recommandations de la commission Benzaghou, ils seront confrontés à d’épineuses questions à résoudre. De celles qui ne méritent pas de figurer sur leur agenda si la raison avait prévalu dans la gestion de la cité.

Un révélateur

Les questions à élucider sont nombreuses. La tâche des observateurs consistera dans un premier temps à évaluer – non pas les résultats escomptés des dossiers ouverts jusque-là – la pertinence de leur mise en œuvre (de ces dossiers). Bien entendu que des dégâts – ce sont les résultats induits – seront constatés. Et la difficulté sera de corriger le tir. Pas facile.
Le blocage, la rétention de l’information, le refus de l’innovation, de la transparence et du contrôle sont les armes favorites des tenants du statu quo. Ils auront peur pour leurs privilèges.
La mise en place d’un tel organisme permettra la communication bien comprise à tous les niveaux de la hiérarchie. Les enseignants et tous les acteurs du terrain seront – en théorie – sollicités, responsabilisés et surtout mis en confiance quant à leur rôle majeur dans la réforme. Par définition, le cœur battant – si tel est le but visé – d’un observatoire de l’éducation se trouve au niveau de la base. Il se situe au carrefour des décisions (de la conception) et de la sphère d’application. Dans une démocratie, cette institution est une sorte de cour des comptes et de Conseil d’Etat jumelés. Mieux : l’équivalent d’un centre de veille sanitaire qui prévoit les dangers de maladie encourus par les citoyens.
En aucun cas, ses locataires ne doivent être des hommes liges du pouvoir.
Leur regard sera sans complaisance aucune pour les gouvernants. Leur profil s’impose de lui-même : indépendants de toute tutelle partisane, fins connaisseurs des arcanes du secteur scolaire, porteurs d’une longue expérience et de compétences avérées, producteurs d’idées. Ainsi munis de cette maîtrise de la chose scolaire, ils apporteront cette dose de sagesse qui manque tant à notre école. Nos sages ayant été envoyés à la casse, réformés avant usure par la logique du clinquant.
Il paraît qu’ils font trop d’ombre par leur immense talent. Des qualités périmées en Algérie mais recyclées avec succès par d’autres pays.
En attendant de voir sur pièces – ses missions, sa composante et les moyens qui lui seront alloués – l’opinion publique peut se réjouir de l’existence d’un observatoire de l’éducation en Algérie. Nous sommes déjà en retard d’une bonne longueur par rapport à d’autres pays moins bien lotis en pétrodollars.
Mais le bon sens nous invite à la vigilance du fait de la présence massive, et à des postes-clé, des partisans du refus de moderniser l’école algérienne selon les normes universelles. L’observatoire pourra servir à contourner leur
mainmise et à arbitrer au nom de la science les nombreux conflits larvés qui minent l’école algérienne depuis le limogeage d’un certain Mostefa Lacheraf. L’espoir est permis de redresser la barre d’un navire fou lancé à corps perdu en plein océan de la mondialisation.
L’observatoire, en véritable tour de contrôle, pourra-t-il sauver nos enfants du naufrage ? Rêvons, cela ne coûte rien.

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