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Un lourd coût économique pour la collectivité

14 avril 2014 à 10 h 00 min

D’autres milliards de dinars sont dus aux banques par les souscripteurs de l’Ansej qui sont dans l’incapacité de rembourser. A moins d’une semaine des élections, le gouvernement vient d’évoquer la possibilité de baisser les taux d’intérêt pour les logements LPP. A cela, il faut ajouter un coût de la campagne électorale qui a triplé depuis 2009, un chantage à l’emploi pour les chômeurs, un chantage au logement pour les demandeurs et des cachets pour les artistes.

Des médias ont chiffré à 75 millions d’euros les dépenses de la campagne du président Abdelaziz Bouteflika. Son représentant, Ahmed Ouyahia, a expliqué qu’il n’était pas le seul candidat à «louer des avions et à fabriquer des produits à son effigie». En revanche, «les autres candidats n’ont pas les moyens pour prendre des décisions populistes», observe un analyste politique. Au-delà du montant de la campagne électorale, l’élection présidentielle et ce que le sociologique Nacer Djabi a qualifié de «corruption sociale», entamé au lendemain des événements de janvier 2011pourrait coûter plus cher au citoyen et à l’économie à moyen et long termes. «Le populisme est déjà pratiqué par le pouvoir dans la mesure où le budget de 2014 dépasse 100 milliards de dollars et que le déficit représente 18% du PIB», estime l’économiste Camille Sari. «On est sur des chiffres budgétaires faramineux». L’Etat «distribue beaucoup d’argent pour calmer la rue dans une situation où les gens refusent le quatrième mandat. On injecte des milliards pour gagner du temps et passer cette année.»

En mars dernier, une dépêche APS précisait que les programmes complémentaires alloués aux wilayas se chiffrent «en centaines de milliards de dinars pour les 48 wilayas (à raison de quelque 30 milliards par wilaya)». Abdelmalek Sellal, alors Premier ministre, assurait que ces dotations ne poursuivent aucun but électoraliste. Le même responsable rassurait récemment dans l’un de ses meetings les jeunes souscripteurs à l’Ansej qu’ils pouvaient aussi bien «se marier» avec l’argent du dispositif, au moment où la fraude touchant le dispositif est dénoncée.

L’arme ANSEJ

Bien avant le début de la campagne, on parlait déjà d’un rééchelonnement des dettes pour les jeunes dans l’incapacité de rembourser. Une opération qui, «si elle ne donne pas lieu à une évaluation des opérations similaires, risque d’être sans impact et la source de nouveaux gaspillages de fonds publics», avertit Abderrahmane Benkhalfa, consultant indépendant, spécialiste des questions bancaires. L’évaluation s’impose dans la mesure où l’Etat a eu recours ces dernières années à maintes fois au Trésor public dans le cadre du traitement des dettes : celles des agriculteurs (41 milliards de dinars), celle de l’assainissement pour les entreprises publiques et celle du rééchelonnement des dettes des entreprises privées (200 milliards de dinars). Avant qu’il y ait un sauvetage pour les entreprises de l’Ansej, il faut essayer de savoir si ce type de décision a eu un impact, à défaut «le rééchelonnement ne serait qu’une opération d’étalement dans le temps» pour des entreprises qui sont en difficulté parce qu’elles «ne génèrent plus l’argent», explique notre interlocuteur.

En 2013, des chiffres publiés dans la presse faisaient état de plus de 5000 jeunes souscripteurs à l’Ansej poursuivis en justice. Ahmed Ouyahia, en représentant du Président-candidat, a démenti à la télévision publique la semaine dernière toute poursuite judiciaire. Les jeunes qui ont bénéficié de fonds dans le cadre de ce dispositif depuis les événements de 2011 «n’ont pas à s’inquiéter», avait-il déclaré, précisant qu’ils avaient «une période de grâce de 3 ans», se terminant en 2014 et qu’en cas de non-remboursement, il y a un fonds de garantie pour prendre en charge le défaut de payement.    

Si rééchelonnement il doit y avoir, «il faut l’accompagner par un contrôle de la performance post-rééchelonnement, les bénéficiaires doivent signer des conventions de performance avec des audits réguliers», insiste M. Benkhalfa. Car cela à «un coût direct pour le Trésor, pour les banques et pour l’économie, car ces ressources auraient dû servir à autre chose». D’autant plus que tous les jeunes ne sont pas demandeurs de projets Ansej. «On veut un vrai travail», revendique M. Abdelmalek Aïbek, représentant du comité national de défense des droits des chômeurs. «Les meilleurs projets les plus rentables vont à certaines catégories de gens et les non rentables sans gros bénéficies sont pour nous, pour en plus se retrouver devant les tribunaux.» L’Ansej n’est pas la panacée mais s’avère être un bon instrument de propagande électorale. «Vouloir séduire des électeurs, surtout les jeunes avec des promesses démagogiques sur le non-remboursement de leur dû, c’est dangereux. L’Etat est au maximum de ce qu’il peut distribuer», avertit Camille Sari.  

Risques à long terme  

L’augmentation des dépenses publiques à travers des investissements non industriels générant des postes d’emplois non permanents, conjuguée à une hausse des importations et une pression sur le Trésor public à travers des mesures économiquement «peu viables», selon certains économistes, a de quoi inquiéter. Car l’Algérie «n’est pas à l’abri d’un contrechoc extérieur». Plusieurs experts parlent de scénarios-catastrophes même avec un baril à 80 ou 100 dollars, dans un contexte de baisse des recettes d’exportations d’hydrocarbures et de hausse des importations.  

«On est en train de gaspiller des milliards pour le court terme au lieu de préparer le moyen et le long termes», déplore M. Sari. Même les 200 milliards de réserves de change ne suffiraient pas. «Quand vous avez un budget de 100 milliards de dollars, des importations de 70 milliards et vous prenez les recettes d’hydrocarbures qui sont en diminution, il est clair que  les 200 milliards de réserves vont fondre en trois ou quatre ans.» De plus, précise l’économiste, cet argent «ne peut pas être retiré du jour au lendemain» sans conséquences. Il y a des placements «sur le moyen et long termes, vous pouvez les récupérer mais vous subissez une décote».

Le simple citoyen algérien sera le premier à pâtir de «cette gabegie budgétaire destinée à saupoudrer tout le monde». Une autre dépréciation du dinar, une augmentation de l’inflation, réduction de budget, annulation de certaines dépenses et peut-être à terme suppression des subventions et compression dans la fonction publique. Les experts les plus alarmistes n’écartent aucun scénario. Mais, pour l’heure, les tenants du pouvoir de décision semblent imperméables aux mises en garde, élections obligent.


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