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«L’Etat paie le prix d’une gestion catastrophique de ses dépenses»

07 novembre 2012 à 10 h 00 min

-Le ministre des Finances, Karim Djoudi, a affiché récemment certaines inquiétudes quant à l’impact de la crise de la zone euro. Il ne compte pourtant pas revoir la politique gouvernementale en matière de dépenses publiques. Qu’est-ce qui pourrait expliquer le maintien de ce cap malgré une situation plutôt menaçante ?

L’Etat doit jouer un rôle important dans le développement économique du pays, mais effectivement, on doit s’interroger sur l’efficacité de son action en matière de dépenses publiques, développement économique et de création d’emplois. Malgré les milliards de dollars injectés dans l’économie, la croissance du produit intérieur brut (PIB) algérien reste faible (2,6%). Dans une interview récente, le président Obama confessait que durant son mandat de 4 ans, il avait appris une chose importante : un Etat ne se réforme pas si facilement.

Utilisant l’image d’un gros pétrolier, il expliquait qu’après avoir déterminé le cap à prendre, la manœuvre pour l’orienter dans la bonne direction prenait du temps. Il ajoutait que peu importe le temps que cela devait prendre, il était impératif d’avoir une vision claire pour l’avenir de son pays et de la partager avec ses concitoyens. En période de crise, il est normal que les leaders politiques expliquent leurs choix et objectifs. Cela permet de rassurer et d’impliquer le citoyen dans la gestion responsable des affaires de l’Etat. En Algérie, faute d’action gouvernementale structurée et bien définie, on préfère maintenir le même cap au risque de rester dans l’erreur. Ainsi, les résultats escomptés du plan quinquennal 2010-2014 sont aujourd’hui décevants.

-Croyez-vous au final que l’Etat soit piégé dans une logique de dépense ?

L’Etat peut se sentir «piégé» dans une quelconque logique mais l’Algérie, pays riche, n’a que des choix qui s’offrent à elle. Aujourd’hui, l’Etat paie le prix d’une gestion catastrophique et laxiste de ses dépenses publiques. Il est donc difficile pour le gouvernement de changer son fusil d’épaule lorsque les leviers qui permettent d’adopter un autre modèle économique et de réformer la société en profondeur sont quasi inexistants. En ce sens, oui, l’Etat est piégé dans ce qu’il a toujours fait, à savoir dépenser de façon irrationnelle et surtout irresponsable.

-Quelle pourrait être l’alternative en matière de gestion des réserves et des richesses afin de sortir enfin du modèle mono-exportateur qui prévaut actuellement ?

Il y a un peu plus d’un an, cette question m’avait déjà été posée par un journaliste, et je crois même me souvenir que c’était vous. Je vous avais expliqué que la crise qui touche l’Europe et les Etats-Unis allait inéluctablement fragiliser l’Algérie. En août 2010, dans un article publié dans le journal Liberté intitulé «La guerre des mondes», j’expliquais que le monde serait face à un véritable dilemme, à savoir mettre en place un programme de relance et créer plus de dettes ou, au contraire, rassurer les agences de notation en faisant de l’austérité budgétaire une priorité, au risque d’enfoncer l’économie mondiale dans la dépression.

J’avais ajouté que cette crise était une formidable opportunité pour notre pays et qu’elle pourrait nous permettre de rattraper notre retard industriel en nous dotant d’une structure de type fonds souverain à l’exemple de Singapour, de la Chine ou encore du Koweït. Ces structures de fonds ont non seulement permis à ces pays d’amortir les effets de la crise (contraction du PIB, chômage, etc.), mais aussi d’acquérir à bon prix certaines technologies et savoir-faire dont ils ont besoin.

Je pourrais entrer plus dans le détail sur la structure de fonds dont l’Algérie aurait besoin et comment cela fonctionnerait, mais malheureusement une rubrique entière du journal El Watan me serait nécessaire. Alors, pour résumer et démontrer la pertinence d’un fonds souverain en Algérie, appuyons-nous sur des données empiriques. Je prendrais l’exemple du Kuweit Investment Authority (KIA) créé en 1953 et dont les dividendes sur investissement ont représenté en 2007 l’équivalent de 40% des revenus des hydrocarbures du pays.

Entre le 22 août 2011, jour de la publication de mon interview par El Watan, et aujourd’hui, l’indice Standard & Poor’s 500 (les 500 plus grandes sociétés américaines) a augmenté de près de 26% alors que les bons du Trésor américain offrent un rendement inférieur à 2%.

 

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