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Camille Sari, docteur en économie : «Un seul critère, la compétence»

28 mai 2012 à 10 h 00 min

– On a l’impression qu’en dehors des programmes présidentiels, il n’y a pas de stratégie économique bien claire et définie. Quel est votre sentiment ?

C’est dû à notre économie de rente, c’est ce qu’on appelle le syndrome hollandais ou la malédiction des hydrocarbures. Il y a une manne pétrolière et gazière qui fait que le sous-sol est généreux et donc les dirigeants n’ont pas la motivation pour créer des richesses par le travail et la production et même ceux qui veulent créer, et il y en a dans le privé et même dans le public, et qui ont en la volonté, mais malheureusement, on ne les encourage pas, et même parfois, on se demande si on ne fait pas en sorte de les freiner. Il y a certaines forces qui ont tout intérêt à l’importation parce qu’elle est plus rentable, surtout quand vous avez des facilités (douanières, formalités…) ce qui est le cas.

Malheureusement, ça avantage quelques-uns, mais ça va à l’encontre de l’intérêt des couches populaires, surtout des jeunes dont c’est l’avenir qui est en jeu. Actuellement, il y a une manne pétrolière, des réserves de change qui peuvent faire vivre le pays pendant 4 ou 5 ans, mais par la suite, les ressources se tariront, c’est pour cela qu’il est indispensable de préparer l’avenir, qui est dans la production. L’Algérie a eu de grandes sociétés (sidérurgie, textile…), mais il y a eu un contexte économique qui ne les pas avantagé et qui n’a pas créé une dynamique pour encourager la diversification de l’économie. On peut parler aussi du système bancaire, qui est toujours resté archaïque, mais là aussi on se demande si ce n’est pas fait exprès. Sur le plan technique, il y a des Algériens qui sont tout à fait aptes à accompagner la modernisation du secteur financier, bancaire et même de la production. Mais si on n’encourage pas ces compétences et qu’on ne leur donne pas la chance d’accéder à des postes importants, ils ne pourront pas exprimer leur talent, ni prendre le pouvoir économique. On n’a peut-être pas intérêt à moderniser ce système financier et bancaire, après tout. On dit qu’il faut préparer l’après-pétrole, mais c’est maintenant que ça se passe.

Les pays de l’Est ont mis 20 ans à assurer la transition vers une économie de marché. Actuellement, il y a beaucoup de mesures dans le cadre de l’Ansej et autres, mais je pense qu’il faut vraiment donner du travail aux jeunes parce que n’importe qui ne peut pas être chef d’entreprise.

Or, les jeunes ont besoin d’emplois pérennes. Par ailleurs, on n’encourage pas les cadres algériens qui sont à l’étranger qui ont bien réussi. Il ne s’agit pas de faire revenir tout le monde, mais au moins pour ceux qui le veulent, les accompagner afin qu’ils puissent exprimer leur talent. Plus généralement, le plan quinquennal de 280 milliards de dollars risque de créer de gros frais de fonctionnement futurs.

Quand vous créez des équipements publics, c’est bien, mais vous allez générer aussi des frais de fonctionnement, de maintenance qui sont beaucoup plus chers. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, mais il faut toujours développer des secteurs productifs en même temps qu’on développe des équipements productifs. Un Etat ne peut pas faire que des infrastructures, il faut également de la production. Ce n’est pas normal qu’un pays qui a 180 milliards de dollars de réserve de change n’arrive pas à produire pour satisfaire ses besoins.


– Pour prendre en charge ces lacunes, pensez-vous qu’il faille mieux mettre en place des ministres technocrates ou plutôt des politiciens à la tête des futurs départements économiques?

Je pense que le critère doit être la compétence. Un ministre c’est un vrai chef d’entreprise, c’est un leader, c’est lui qui impulse. Il faut qu’il ait beaucoup d’imagination et d’idées. Après l’indépendance, on avait une économie administrée, gérée par le secteur public dominant où l’Etat intervenait beaucoup. Aujourd’hui, il faut une vraie transition, mais pour ça, il faut qu’il y ait de vrais managers. Ce n’est pas forcément quelqu’un qui viendrait du secteur privé, mais quelqu’un qui doit placer l’intérêt supérieur du pays avant toute chose. Cette notion d’intérêt public, on ne la voit pas. Il faudrait arriver à avoir ce profil. Technocrates pourquoi pas, mais des gens qui ont un esprit de servir l’intérêt général et non pas se servir. L’Algérie pourrait être un vrai pays émergent, mais pour ça, il faut encourager le professionnalisme et la compétence. Ce qui peut arriver c’est d’avoir des gens qu’on récompense pour services rendus, parce que tel ou tel est servile, obéissant, partisan… . Il faut un travail de remise en cause.
 

– Chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement, on parle de chantiers et de priorités. Quels seraient ceux du prochain exécutif ?

La priorité c’est celle de la réforme bancaire et du marché financier, car la Bourse en Algérie est très faible, aller dans le sens des vraies privatisations, favoriser des partenariats avec des sociétés étrangères avec un apport technologique. Et puis réformer le code des investissements qui désavantage l’investissement étranger. Par contre, il faut être sélectif sur les projets qui ne sont pas dans l’intérêt de l’Algérie.

Ça s’examine. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Ce n’est pas parce qu’il y en a certains qui profitent qu’il faut punir tout le monde. Enfin, développer les PME, ce qu’on appelle les incubateurs et plus généralement les initiatives privées. Je pense que ce qu’il faudrait c’est aider au développement de grandes PME, pas celles qui vont spéculer dans l’immobilier ou certaines activités, mais des PME qui produisent. Il en faudrait 500 000 au niveau national. S’il y a des aides financières, il faut qu’elles aillent dans le sens de l’encouragement de la production. En revanche, il faut pénaliser les importations parce qu’elles détruisent les emplois locaux. Le dernier chantier, c’est le Maghreb qu’il faut encourager.   


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