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«Il faut aller à la racine de nos maux pour les traiter»

23 janvier 2012 à 1 h 00 min

-Pour son premier déplacement à l’étranger, le ministre marocain des Affaires étrangères a choisi l’Algérie. Que représente, à votre avis, ce geste pour les relations bilatérales ?

Les relations entre le Maroc et l’Algérie sont une clé absolument déterminante pour le progrès, la stabilité et le développement dans la région. Il me semble que les signaux positifs émis de part et d’autre pendant la période récente sont tout à fait les bienvenus. Cependant, juger des perspectives ne dépendra pas simplement d’un activisme pour montrer de la bonne volonté, mais de la capacité des deux partenaires à aller au fond des choses et aplanir de manière profonde, rapide et stable les différends qui existent entre les deux pays. Je pense que tant que ces différends ne sont pas aplanis, nos pays vont continuer de se réfugier dans l’image du voisin ennemi qui motive la fuite dans l’équipement militaire, dans l’autoritarisme étatique et qui permet de légitimer le mal-développement de la région et le maintien des sources de tension et de conflits à tous les égards.

Evidemment, la question du Sahara est la plus lourde dans ces différends, mais il y a d’autres questions que sont la finalisation des accords frontaliers, la gestion des flux migratoires, l’ouverture des frontières, la gestion de la lutte antiterroriste, la gestion de divers trafics, notamment de contrebande et de drogue, les relations humaines, la question des populations qui ont été déplacées de part et d’autre et lésées dans leurs droits. Il y a énormément de choses à faire et je ne m’avance pas trop loin en arguant que, des deux côtés, il y a eu des crimes contre le Maghreb et il est temps qu’on en finisse.

Personnellement, j’aurais aimé que le nouveau gouvernement marocain aille dans son intégralité en Algérie et annonce qu’il vient pour traiter l’ensemble des dossiers litigieux ou conflictuels ou en suspens et qu’il y aille avec une obligation de résultat. On ne reste plus, d’un côté comme de l’autre, sur le discours de «nous avons fait de notre mieux et ce sont les autres qui sont des salopards». Je crois que nous n’avons pas d’autre choix que d’avancer.

Quelque part, je considérerai quand même que nous sommes servis non seulement par le renouvellement relatif du personnel dirigeant au Maroc, mais aussi et surtout par ce printemps de la démocratie qui est en train de s’ébaucher, qui montre que les expédients avec lesquels on a traité la situation jusqu’à maintenant ne suffisent plus et qu’il faut aller à la racine de nos maux pour les traiter. Je pense en particulier à la crise économique internationale, la crise dans chacun de nos pays et la crise sociale qui s’ensuit et qui est appelée très vraisemblablement à s’aggraver de manière radicale pendant les prochains mois ; ce contexte imposera, s’il y a un minimum de sens stratégique, de sens des responsabilités et de sens civique chez nos dirigeants, non pas simplement de se rencontrer, mais de trouver des solutions intégrales, radicales, rapides et convenues communément pour nous sortir de l’impasse dans laquelle nos Etats nous ont placés jusqu’à maintenant.

-L’ouverture des frontières se pose comme une de ces solutions ?

Clairement. La fermeture des frontières et l’insignifiance des partenariats économiques et des échanges commerciaux sont une contre-performance très grave des Etats marocain et algérien et je crois que l’ouverture très rapide des frontières s’impose. Je ne dis pas que les torts sont d’un côté ou de l’autre, pour moi, ils sont très largement partagés. L’essentiel, ce n’est pas de nous enserrer dans les litiges qui ont été créés par les générations antérieures de dirigeants de nos pays, mais de trouver les solutions qui serviront le futur de nos enfants.

-Ne pensez-vous pas que c’est le printemps démocratique qui pousse les officiels des deux pays à ce rapprochement ?

Absolument, je le pense et je l’espère. Je crois que nos dirigeants se complaisaient dans le maintien du statu quo parce qu’il permettait de maintenir leur leadership, de maintenir la barque et de maintenir des intérêts qu’ils servent de part et d’autre des frontières. Je crois qu’aujourd’hui, nos populations ont dit : c’en est assez et il est temps que vous rendiez compte de ce que vous êtes en train de faire ou de ne pas faire pour notre développement. Et qu’il est clair que nous priver de l’unité économique du Maghreb, nous priver de la liberté de circulation des biens, des personnes et des idées, nous priver de la liberté d’expression et de la liberté d’organisation collective, nous priver des opportunités de mutualisation de nos moyens et de nos efforts, sont des crimes qui sont commis par les responsables de nos Etats et il est temps d’y mettre un frein.

-Pensez-vous qu’il est aussi temps pour la construction d’un Maghreb des peuples en opposition à l’idée de ce Maghreb des dirigeants ?

Il est plus qu’impératif. Le Maghreb des peuples est quelque chose qui s’impose et va s’imposer de plus en plus, mais qui ne peut pas se construire de manière significative si nous continuons à ne pas avoir des structures d’accueil et d’accompagnement de ce Maghreb des peuples. Si les frontières restent fermées, si les instances maghrébines ne sont pas construites, si des moyens significatifs ne sont pas mis ensemble à tous les égards, que ce soit dans les échanges entre représentations de nos sociétés civiles, de partis politiques, de nos syndicats, de nos universités, de notre recherche scientifique, de notre presse, etc., eh bien, nous allons continuer de végéter. Le Maghreb des peuples restera quelque chose qui miroite dans les yeux de nos concitoyens, mais il n’aura pas d’effectivité tant que nos dirigeants y opposent leur veto.
 

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