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Généralisée en Algérie, décriée partout

19 janvier 2012 à 1 h 00 min

On peut dire que c’est lui qui a vendu la nouvelle méthode d’enseignement aux responsables algériens. Il s’agit  de Xavier Roegiers, professeur à l’université catholique de Louvain-la-Neuve, en Belgique, et directeur du Bureau d’ingénierie en éducation et en formation (BIEF). Selon son CV, «il est spécialiste de l’accompagnement des systèmes éducatifs en matière de curricula, d’évaluation des acquis et de manuels scolaires, en particulier en termes de compétences. Son expertise est reconnue par les grandes organisations internationales qui se préoccupent du développement de l’éducation à travers le monde, comme l’Agence intergouvernementale de la francophonie, l’Unicef, la Banque mondiale, l’Unesco ou encore l’Union européenne».

Des sources bien au fait de la situation affirment que les responsables algériens l’ont suivi aveuglément. Xavier Roegiers a séjourné plusieurs fois dans le pays, au milieu des années 2000. Il a donné des formations dont on retrouve la trace dans son CV : «Formation au pilotage d’une réforme des membres du comité de la réforme éducative en termes de compétences. Formation des concepteurs des programmes de l’enseignement primaire en termes de compétences. Formation de concepteurs et d’évaluateurs de manuels scolaires en termes de compétences.»
Seulement, l’approche en question n’a pas eu longue vie dans le monde. Hormis une vingtaine de pays, exclusivement francophones, où elle a été appliquée dans les systèmes éducatifs, aucun autre ne s’en est inspiré. La plupart l’ont mise en œuvre, disent plusieurs experts, mais seulement à titre expérimental.

En Algérie, elle a été généralisée dès le départ. L’APC a été très critiquée dans tous les pays où elle a été essayée. Pour certains, c’est «une mystification pédagogique», pour d’autres c’est «un concept flou».  Selon une étude réalisée par Gerald Boutin, professeur de sciences de l’éducation à l’université du Québec à Montréal (UQAM), «au Québec, lors de la tenue de la Commission des états généraux sur la situation de la langue française, plusieurs linguistes et professeurs d’université ont exprimé leur inquiétude sur la façon dont le nouveau programme de français, basé avant tout sur la notion de compétences, négligeait l’acquisition des connaissances.» D’après lui, «curieusement, on trouve encore peu de textes critiques concernant l’APC dans le monde de la francophonie, alors que les Australiens, les Britanniques et les Américains, dont la longue pratique de l’approche par les compétences remonte aux années 1970, émettent à son endroit de nombreuses objections et réticences».

«L’APC, même dans sa version la plus récente de la pédagogie des résultats attendus (Out-Come Based Education), ne semble pas, et de loin, être la panacée tant attendue dans le domaine de l’éducation.» «Elle n’a pas réussi à ‘‘assurer le succès de tous’’, pour reprendre un slogan à la mode», dit-il en faisant remarquer qu’«il ne se passe pas un mois sans que les journaux spécialisés fassent allusion aux limites d’une telle démarche». Jean-Claude Michea, pédagogue, a écrit un brûlot sur le sujet, en 1999 : L’enseignement de l’ignorance. Dans ce livre, il a établi un rapport très net entre la logique libérale et l’APC.
 

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