Amnésie dangereuse | El Watan
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Amnésie dangereuse

11 janvier 2012 à 1 h 00 min

Le commando, composé de jeunes militants islamistes, est mené par le maire de la ville affilié au FIS. Le parti de Abassi Madani et Ali Benhadj ne condamnera jamais l’attentat. A un mois des élections législatives du 26 décembre 1991, les Algériens, déjà au fait du caractère violent des «frères de la mosquée», découvrent incrédules l’autre facette du FIS. L’attentat inaugure le cycle terroriste islamiste en Algérie faisant un bilan de plus de 200 000 morts et la liste reste ouverte.
Aujourd’hui, l’une des deux thèses qui s’affrontent assure que le recours par les militants du FIS aux armes est la conséquence de l’arrêt du processus électoral le 11 janvier 1992.

«En refusant l’alternance, le pouvoir a poussé les gens à prendre le maquis. Nous étions élus pour 5 ans. Si on nous avait laissé accomplir notre mandat, rien de tout cela ne serait arrivé», confiait Kamal Guemazi, cadre du FIS et ex-maire d’Alger, dans les colonnes du magazine français L’Express en janvier 2006. Cette thèse est endossée par une partie de l’opinion nationale et internationale, partisane du retour du FIS sur la scène politique. Les faits sont têtus et l’histoire retiendra que les différentes organisations terroristes algériennes, du MIA jusqu’à AQMI, en passant par le MEI, l’AIS, le GIA et le GSPC, ont été créées par des militants du FIS. On retiendra aussi la longue lettre adressée par Ali Benhadj à «ses frères du maquis», depuis sa cellule, les exhortant à poursuivre leur combat.
Ces groupes se sont tous revendiqués du djihad, la guerre sainte, non seulement contre l’Etat, mais aussi contre le peuple. Non seulement en réaction à l’annulation des élections législatives remportées par le FIS, mais comme stratégie fascisante contenue dans la nature même du parti.

Les différentes idéologies qui traversaient le front n’ont jamais tranché la question du choix du chemin à suivre en quête du pouvoir. Les modérés défendaient l’idée d’une participation aux élections, alors que les ultras jugeaient que le recours aux armes était la seule solution pour arracher le pouvoir. Certains observateurs estiment que les deux tendances ont servi l’objectif du parti. Les dividendes engendrés par la pression et les actes de violence étaient récoltés par les politiques.
D’ailleurs, en plus de l’attaque de la caserne de Guemmar, plusieurs faits ont été signalés avant l’échéance électorale de décembre 1991. A commencer par la découverte d’une quantité d’armes lors d’une perquisition opérée dans les locaux du mouvement au lendemain de la grève insurrectionnelle de mai 1991, ou encore la découverte, à Dellys, d’une casemate où était stocké du ravitaillement. Quelques années plus tôt, le mouvement islamique armé (MIA), fondé par Bouyali, commettait ses premiers attentats.

Les partisans de cette tendance ont pour la plupart bénéficié de formations paramilitaires dans des camps, à Jijel notamment. Et des centaines de jeunes Algériens nourris à l’idéologie islamiste ont pris part à la guerre en Afghanistan. Ils viendront grossir les rangs du FIS et organiseront même des parades en tenue militaire lors de manifestations du parti. Auparavant, en 1982, les islamistes avaient fait leur première victime civile en assassinant à l’université d’Alger un étudiant trotskyste. Le mouvement islamiste en Algérie, et a fortiori le FIS, a toujours porté en lui les germes de la violence.Le numéro 2 du FIS, Ali Benhadj, n’a jamais caché le fond de sa pensée. A l’occasion de nombreux prêches ou discours qu’il a donnés avant l’interruption du processus électoral, il avait proclamé la démocratie impie et annoncé que l’Algérie deviendra un Etat islamique, «quitte à liquider les deux tiers des Algériens».
Des déclarations pareilles couronnaient des pratiques quasi quotidiennes de moralisation forcée de la société. Les femmes étaient les premières cibles des soldats d’Allah, en barbe et qamis.

La mixité dans les écoles et sur les lieux de travail, les manifestations culturelles et toutes les formes d’activités assimilées à l’Occident sont remises en question. Des brigades de police parallèle se chargeaient d’exécuter les nouveaux préceptes. En trois ans d’existence, le FIS a fondé son discours sur la haine divisant les Algériens entre croyants et apostats. Vingt ans après, la politique de l’amnésie entretenue par les islamistes et leurs relais stratégiques, à l’extérieur et à l’intérieur du pays, tente d’innocenter le FIS de son implication dans la tragédie algérienne. Les Algériens oublieront-ils qui a tué qui ?

 


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