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Les vies brisées par la CIA

09 août 2007 à 22 h 31 min

Locarno (Suisse).
De notre envoyé spécial

Extraordinary rendition, du cinéaste britannique Jim Threapleton, met en évidence le cas d’un Pakistanais, professeur à l’université de Londres ; un cas parmi des milliers qui, depuis le 11 septembre 2001, ont été kidnappés et envoyés secrètement par la CIA dans des bagnes au Maroc, en Egypte, en Jordanie, en Bulgarie où ils sont gardés au secret absolu et torturés.
Certains sont jetés ensuite sans explication dans une banlieue de Londres (dont l’aéroport Heathrow est le pivot des charters de la CIA). Le film de Threapleton est très violent parce qu’il montre explicitement des scènes de tortures pratiquées probablement par des agents marocains à la solde de la CIA. Ils sont aussi bien Egyptiens ou Syriens.
Ce qui apparaît d’emblée évident dans ce film anglais, c’est l’insignifiance des droits de ces prisonniers secrets. Washington ne leur reconnaît absolument aucun droit de défense, ni avocat, ni information aux familles. La CIA a brisé ainsi depuis 2001 d’innombrables vies innocentes. Le projet macabre de Dick Chenny et ses complices au sein de l’Administration américaine trouve des appuis essentiels en Europe, notamment à Londres, sous Tony Blair, théâtre du brutal enlèvement du professeur pakistanais dans ce film. Dans une mise en scène quasi-documentaire, assez pointue, le film de Jim Threapleton a provoqué un choc lors de la projection de presse, mardi, au Festival de Locarno. On savait tous les sombres desseins de la CIA et les tragédies absolues des personnes qui ont vécu ces expériences de torture de longue durée.
Quand elles ont la chance de sortir de là, leur chemin les conduit souvent à la folie et à la mort. Les images de Extraordinary rendition soulignent la grande cruauté des agents de la CIA, d’autant plus cruels qu’on leur dit de confondre un professeur innocent et un terroriste. Jim Threapleton met ironiquement en exergue une citation de Dick Cheney qui date de 2005 : «Les hommes sans conscience sont capables d’une telle cruauté qu’aucun esprit humain ne peut imaginer.» Large public, très beau temps sur les rives du lac majeur, ambiance cool, le Festival de Locarno est l’endroit rare où on peut conjuguer le plaisir de voir beaucoup de films du monde entier et la farniente (avec quelques plongeons dans les eaux limpides du lac). Le président du festival, Marco Solari, répète toujours : «A Locarno, les stars sont les films» pour souligner la dimension agréable, sans pression du festival qui réunit pourtant des milliers de spectateurs sur l’immense Piazza Grande chaque soir où les films passent sur grand écran. Sur la Piazza Grande, on a vu ainsi le dernier épisode de la série Bourne : The Bourne ultimatum, de Paul Greengras, avec Matt Damon. Les péripéties épiques de Jason Bourne, ex-agent de la CIA, pourchassé par ses anciens collègues qui l’ont formé à être un assassin sans scrupules.
Jason Bourne perd la mémoire, sa femme assassinée à Mexico, court pour sa survie de Moscou à Paris en passant par Madrid et Tanger. Les séquences tournées à Tanger à un rythme incroyablement rapide, un temps ardu, sont un plaisir visuel très obsédant. On dirait Hitchcock quand il a tourné dans le souk de Marrakech. En tout cas, les 8000 spectateurs réunis ce soir-là sur la Piazza Grande semblaient transportés de joie devant les insaisissables sauts de Matt Damon d’un toit à l’autre, dans la Médina de Tanger. Dans ce cas, les images de Paul Greengras deviennent un hymne joyeux à la beauté envoûtante de Tanger.
Si on oublie l’angoisse et la gorge serrée de Matt Damon qui se bat pour survivre.

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