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Un sultan et 12 millions de «sujets»

18 juin 2017 à 12 h 00 min

L’exemple de la société de production et de réalisation audiovisuelle faisant franchement dans la création, les cinématographiques, le conseil, la publicité, l’événementiel est un exemple édifiant. C’est un Djaâfar Gacem serein, mais d’une grande humilité — pas du tout grisé par le succès de Achour El Acher — que nous avons rencontré.
Il commentera à l’issue de l’épisode de la mort «prématurée» de Achour El Acher, le souverain du royaume Achouria, incarné magistralement par l’acteur principal, l’un des plus grands comédiens actuels — s’il est mis à contribution au cinéma, il crèvera le grand l’écran —, l’hilarant Salah Aougrout. Un suspense rappelant le fameux feuilleton Dallas et son Who’s shot JR ? (qui a tiré sur JR ?).
 

LES INSTITUTS DE SONDAGE SONT UNANIMES

«Les sondages sont unanimes. Trois instituts de sondage, l’Immar ( Research and Consultancy), MMR (Media and Market Research) et Media and Survey font ressortir que, sur deux semaines, Achour El Acher – saison II est le programme le plus regardé, toutes chaînes confondues. 12 millions de téléspectateurs chaque soir. Plus que le JT (journal télévisé). C’est unanime, Achour El Acher est classé premier…» Un labeur de longue haleine et une ambition affichée : «L’ambition génère de nombreuses difficultés. Relever des défis, accepter le risque et le prix à payer…

Et quand des difficultés (de création et réalisation) surgissent, il faut les considérer comme faisant partie des conditions de faisabilité de la production…» L’idée du feuilleton Achour El Acher a germé en 2014, pour passer à une autre phase de production afin de prouver qu’en Algérie il existe du talent et une volonté de se surpasser, la qualité. En matière de technicité et de production. Histoire de montrer aux autres pays arabes, ou encore au Maghreb, qu’en Algérie, on est capables de réaliser une série de qualité. Une fiction — Achour El Acher n’a jamais existé — où le personnage peut s’exprimer. Mettre en avant les maux de la société, ses espoirs, ses rêves, ses attentes… En s’inspirant, non pas du feuilleton turc Harim Sultan, mais plutôt de la série télévisée canado-irlandaise intitulée Camelot, créée par Morgan O’Sullivan et Michael Hirst. Et il a décidé d’être décalé pour apposer sa signature. D’où l’anachronisme de Achour El Acher.

ANACHRONISME, DECALAGE ET ESPERANTO DIALECTAL

Un royaume fictif en Afrique du Nord vivant du PNB de l’huile d’olive (allusion au pétrole). Donc, pauvre et riche à la fois. Où «Sa Majesté», Achour El Acher (Salah Aougrout), le ministre Qandil ( Sid Ahmed Agoumi) s’expriment en dialecte algérois, Sultane Razan (la chanteuse Yasmine Ammari, qui excelle dans la comédie, une découverte) en oranais… Dans un espéranto dialectal algérien. Et où tout le monde se comprend. Et qui ne fait qu’engendrer l’effet gag de cette cacophonie ignorant la langue de bois. Et du coup, le téléspectateur n’est pas évincé du dialogue. Pour ce faire, la conception et la réalisation de la saison II de Achour El Acher a pris une année. Un atelier d’écriture regroupant huit personnes s’est attelé à cette tâche de juillet à décembre 2016.

Déplorant le manque d’infrastructures adéquates de cinéma, de studios, Djaâfar Gacem et son équipe sont partis tourner dans les studios de Hammamet, en Tunisie. Son staff, acteurs et techniciens, est typiquement algérien. Hormis quelques chefs de poste tunisiens. Et dans leurs bagages, une exigence, faire mieux que la précédente saison. Cela est visible à travers la confection des costumes d’époque (médiévale), les décors, les couleurs, l’image en 3D, les effets spéciaux… La magie de Achour El Acher II est un compromis entre un visuel attractif d’une grande technicité et d’un contenu actuel. Un divertissement «utile» sans cibler les pouvoirs publics, les partis politiques ou des personnes à dessein et frontalement. La série Achour El Acher II, une fiction satirique, dressant un constat de la société avec l’avers et le revers de la médaille. Sans se répéter, les sujets de Achour El Acher II abordant des sujets, brûlants et très actuels. Malgré l’anachronisme déjanté.
 

ON INONDE lE BAC

Parmi les épisodes figurent «Les fuites du bac» où une certaine ministre de l’Education nationale, Benaâfrit (Benghabrit Nouria, ministre de l’Education nationale) se bat vaillamment pour que l’on n’inonde pas le bac, «Demos Kratos» où Dahmanus, roi d’un pays romain, riverain et créancier de Achour El Acher, qui, faisant dans l’ingérence, s’invite pour soutenir la démocratie… Après une embellie d’expression libre où un sujet lance : «Toi Achour El Acher, tu es un roi nul(karaâ).»

Mais l’on déchantera aussitôt, «l’équipe nationale de football perd tous les matchs, le prix de l’huile chute, l’ail flambe à 2000 DA, la reine s’angoisse pour une ridule et parle de botox et detox…» Alors le peuple marche sur le palais. Le royaume de Achour El Acher est menacé. Il casse sa tirelire et sème à tout vent à la plèbe des pièces de monnaie… Alors ça change tout. Mais un calme précaire. D’autres épisodes à se dilater la rate, comme La dernière chance du général, Le royaume des femmes, décriant l’oppression contre les femmes et promouvant leurs droits et où les hommes sont présentés au féminin. Achour devient Achoura, Nouri devient Nouria…

Et ce, avec un clin d’œil à la série Game of Thrones et son dragon. Un roi sans peuple. Un beau jour, un matin, Achour se réveille, il est 11h et point de peuple. En fait, le peuple est parti se réfugier… au royaume voisin de Dahmanus. Ou encore La princesse fugitive fuyant un mariage forcé et dénonçant la polygamie et L’armée des mixeurs très original. Bref, de très bons sujets !


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