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Un grand peintre de talent et d’amour

08 septembre 2011 à 1 h 00 min

En effet, l’ayant connu et côtoyé à des moments forts de la vie, car ami de son fils Nadir et de la famille Sahouli, je peux dire qu’il ne cultivait pas le culte de la personnalité et son ego était inexistant car humble et généreux, toujours souriant et affable. Il ne se mettait pas au devant de la scène, et la meilleure preuve est son dévouement à partager son art et son savoir-faire en ayant été près de vingt-cinq ans professeur de peinture à l’école des beaux-arts d’Alger, à la place Emir Abdelkader, non pour des raisons alimentaires, car il avait sa propre entreprise de sérigraphie à Bologhine, mais par désir d’enseigner son «savoir-faire», comme l’ont fait avec lui Youcef Khodja pour la musique et bien d’autres artistes.

Au-delà du savoir-faire, Abderrahmane Sahouli enseignait aussi un «savoir-être». Il était l’élégance même, et de nombreux jeunes ont bénéficié de ce dévouement. Je sais qu’il a redonné confiance à de nombreux jeunes rejetés par le système scolaire, mais qui avaient un don artistique. La société des Beaux-Arts, ouverte à tous sans aucune restriction de classe, a produit de nombreux talents aujourd’hui reconnus. C’était une manière à lui de remercier cette société des Beaux-Arts où il a lui-même étudié et qui lui a permis de vivre sa passion, lui, un enfant de La Casbah, né en 1915.

Pair d'Issiakhem

Il appartenait à cette école de peintres algériens composée de Mohamed Issiakhem, Mohamed Bensemmane ou Mohamed Temmam. Sa passion pour la peinture lui collait tellement à la peau qu’il était face à son chevalet tous les jours, et ce, jusque l’âge de 90 ans, jusqu’à ce que son état de santé ne le lui permette plus. On peut dire aujourd’hui, qu’il a voué sa vie à la peinture, à son épouse Yasmin qui l’a soutenu et encouragé dans cette vie d’artiste, jusqu’à la fin. Il laisse une œuvre pleine de vie et de couleurs vives, une œuvre pleine de cette Algérie si chère. Sa peinture est certainement réaliste et il a fait beaucoup de portraits qui allaient au-delà de la ressemblance photographique.

En effet, il peignait un instant, une émotion, un regard, un profil. Le peintre n’a jamais été attiré par la tendance frénétique du cubisme, du modernisme qu’il respectait mais qui ne l’inspirait pas. Cependant, ses tableaux, même s’ils appartiennent au style figuratif, intégraient des pointes de peinture abstraite. Les objets et les motifs ne reflètent pas uniquement la réalité car Sahouli peignait aussi à la manière des impressionnistes. S’il s’est éteint à Baïnem, c’est à Bologhine qu’il a vécu, son quartier, son lieu de vie et de travail et à ce propos il a laissé des peintures superbes de la côte de Saint-Eugène, des Deux Moulins. A partir de la plage, il a immortalisé cette corniche avec le boulevard qui surplombe cette belle Méditerranée, deux rues plus bas de l’immeuble où il habitait.

En regardant encore cette peinture je ressens une grande émotion grâce au mariage du mouvement des vagues et des nuages blancs au-dessus des villas de la côte, et donc par le mouvement, le peintre a su transmettre tout son amour pour cette superbe ville qu’est Alger.

Casbah, son amour !

Il a peint La Casbah, son lieu de naissance, les hauteurs d’Alger, bien entendu Baïnem et sa forêt où il aimait se promener et qu’il aimait peindre. Il a peint aussi le Sahara et les espaces désertiques. La nature a été au centre de ses motifs car il recherchait une spiritualité et un repos loin du tumulte de la ville. Il a été aussi acteur de la vie culturelle cinématographique et théâtrale d’Alger avec l’affiche si connue du film Le vent des Aurès avec la comédienne Keltoum, ou encore les décors de pièces de théâtre au TNA qu’il a fait à la demande de Bachtarzi, sans oublier sa participation à certaines affiches du 1er Festival panafricain de 1969. Aujourd’hui, certaines de ses œuvres peuvent être vues au musée des Beaux-Arts.

Cependant, il serait important de vite lui rendre hommage en organisant une exposition pour permettre à l’artiste d’être toujours parmi nous et de le faire connaître à la nouvelle génération qui a tant besoin de repères, d’ouverture, d’amour et d’art. Abderrahmane Sahouli a eu la vie qu’il a voulu vivre. Repose en paix.
 


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