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Prix Nobel de littérature : Bob Dylan enfin à Stockholm

02 avril 2017 à 12 h 00 min

Le mystère demeure entier quant à son discours de réception, qui peut aussi être une chanson. Tout lauréat doit rendre sa «leçon Nobel» dans les six mois suivant la cérémonie de remise du prix le 10 décembre, soit avant le 10 juin. «L’Académie suédoise et Bob Dylan ont convenu de se rencontrer ce week-end.

Cela se fera en petit comité et dans l’intimité, et aucun média ne sera présent, seuls Bob Dylan et des académiciens seront présents, conformément au souhait de Dylan», a expliqué la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, Sara Danius, sans préciser si cela aura lieu samedi ou dimanche. «Aucun discours Nobel ne sera prononcé. L’Académie a de bonnes raisons de penser qu’une version enregistrée du discours sera envoyée à une date ultérieure», a-t-elle ajouté. Car sans leçon, pas de cachet : le chèque de huit millions de couronnes (838 000 euros) accompagnant les lauriers Nobel n’est signé et remis que si la leçon a été donnée.


Hippies séniles

Seule certitude : Bob Dylan donne deux concerts dans la capitale suédoise, samedi et dimanche, coup d’envoi d’une tournée européenne à l’occasion de la sortie de son nouvel opus, un triple album de reprises de Frank Sinatra. A quelques heures de sa première prestation, hier, les médias suédois, comme lassés, évoquaient à peine le cas Dylan sur leurs sites. De l’avis des spécialistes, il ne devrait pas faire mention de son prix sur scène. «Dès que vous voulez l’emmener dans une direction, il prend le contre-pied», explique Martin Nyström, critique musical du quotidien Dagens Nyheter. A la surprise générale – parfois teintée d’indignation -, Bob Dylan, de son vrai nom Robert Allen Zimmerman, avait été récompensé en octobre «pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique», selon les attendus de l’Académie. Premier musicien nobélisé par les sages suédois, son nom, comme celui du Canadien Leonard Cohen, qui allait décéder en novembre, revenait de temps en temps dans les spéculations, sans jamais être pris au sérieux.

Là où les puristes attendaient ses compatriotes Philip Roth ou Don DeLillo, la secrétaire perpétuelle, Sara Danius, a âprement défendu son choix et celui de ses pairs, inscrivant la poésie chantée par Dylan dans la tradition homérienne. Du côté des indignés, l’Ecossais Irvine Welsh, auteur de Trainspotting, s’était moqué d’un prix décerné par «des hippies séniles», tandis que le romancier français, Pierre Assouline, dénonçait un choix «affligeant». Pris à son corps défendant dans ce tumulte de louanges et de critiques, Bob Dylan a accueilli l’annonce dans un silence non moins tonitruant. Au point de s’attirer les foudres d’un notable de l’Académie, Per Wästberg, s’était emporté contre son «arrogance».

Le soir du banquet, le 10 décembre, c’est l’ambassadrice américaine en Suède qui a lu son discours de remerciements, dans lequel il confiait son étonnement de voir son nom aux côtés de ceux d’auteurs, comme Rudyard Kipling (1907) ou Ernest Hemingway (1954). «Ces géants de la littérature, dont les œuvres sont enseignées dans les classes, figurent dans les rayonnages des bibliothèques du monde entier et dont on parle avec tant de déférence, ont toujours fait sur moi la plus profonde impression», disait-il alors.


Arrogance

Pour Martin Nyström, les absents n’ont pas toujours tort. A l’en croire, le natif du Minnesota (nord des Etats-Unis) passe son temps à accorder sa lyre. «Il a un emploi du temps incroyable. C’est un artiste, il écrit des livres, des textes, de la musique et il est en tournée sans arrêt avec son groupe», plaide-t-il. Avec son folk-rock lettré, ses lunettes noires et sa voix rugueuse, Bob Dylan est passé du troubadour folk, à l’aube des années 1960, à la superstar décorée en 2012 par le président américain Barack Obama. L’homme à l’harmonica est souvent absent des grands rendez-vous où le monde entier l’espère. En 1969 déjà, jeune tête d’affiche du festival de la contre-culture organisé à Woodstock (nord-est des Etats-Unis), il avait été soudainement déprogrammé, occupé ailleurs. 

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