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Les harkis, histoire d’une collaboration

18 mai 2016 à 10 h 00 min

Un livre qui fait déjà polémique. Au terme de deux ans d’enquête où il a rencontré des «indigènes» qui avaient le choix de se battre aux côtés de l’armée coloniale contre les indépendantistes, l’auteur tente d’expliquer les dynamiques qui ont amené des dizaines de milliers d’Algériens à «collaborer».

Contrairement à la thèse répandue depuis l’indépendance selon laquelle les harkis ont soit quitté le pays, soit ont été massacrés par l’ALN, Pierre Daum révèle que la plupart d’entre eux sont restés en Algérie sans être inquiétés ; certains ont même occupé de hautes fonctions. Il démolit ainsi le discours dominant chez les nostalgiques de l’«Algérie française».

Cependant, Pierre Daum aborde la question du choix des harkis de porter les armes contre leurs compatriotes en lutte pour l’indépendance sous un angle très discutable d’un point de vue historique. Il soutient que le choix fait par cette catégorie était sous la contrainte des deux parties en guerre. Pour défendre cette thèse, il s’appuie sur les témoignages de harkis encore en vie qu’il a recueillis dans plusieurs régions du pays et sur certains écrits — sortis de leur contexte — d’historiens, dont Mohamed Harbi. Ce qui a conduit probablement l’auteur à ne pas qualifier de «collabos» les musulmans qui ont combattu les militants du FLN-ALN. Tous victimes d’une tragédie.

Une approche que l’éditeur algérien a recadrée en quatrième de couverture sous le titre «Pourquoi nous publions ce livre». Connu pour son engagement et son courage d’aborder de front et sans concession les questions de l’histoire et du pouvoir, Arezki Aït Larbi tient à nommer vigoureusement les choses : «Au nom d’un patriotisme rentier, des voix, pas toujours amies, nous ont conseillé de ne pas publier ce livre, nous avons décidé de passer outre malgré de sérieuses divergences avec l’auteur. A commencer par ce classement condescendant des Algériens pris dans la tourmente d’une guerre impitoyable.

D’un côté, les pauvres bougres poussés par la misère dans les casernes de l’armée française et, de l’autre, ceux qui ont rejoint les maquis sous la menace du FLN. Ni traîtres ni résistants. Tous des victimes… Dans certains cas, la compassion peut être humainement compréhensible, voire partagée.

Lorsqu’elle déborde sur le refus de qualifier de ‘collabos’ les partisans indigènes de l’Algérie française, elle tend à légitimer le choix de porter l’uniforme ennemi et de pointer l’arme contre ses compatriotes. Comme si la durée d’une occupation étrangère et le nombre de ses supplétifs locaux valaient absolution», écrit l’éditeur. Un rappel aussi important que nécessaire.

L’enquête de Pierre Daum est une opportunité d’ouvrir sereinement le débat sur la question. Aït Larbi le suggère fortement : «Par ces temps de révisionnisme décomplexé qui a permis aux imposteurs de squatter la mémoire collective, il est temps d’ouvrir les placards à double fond de l’histoire. Dans la sérénité, mais sans tabou. Il ne s’agit pas d’ériger des tribunaux populaires pour faire le procès, en différé, de la collaboration, mais d’analyser les leviers qui ont permis au système autoritaire de prendre le pays en otage et dévoiler les forces qui ont assuré sa longévité.» 

 


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