L’école des femmes | El Watan
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L’école des femmes

05 novembre 2014 à 10 h 00 min

De père peuhl et de mère égyptienne, Djaïdali Amadou Amel a eu un parcours littéraire des plus atypiques. Elle est entrée par amour dans l’univers de la littérature. Avec un franc-parler, elle explique ce qu’elle est et comment elle a décidé d’écrire. Aussi, elle raconte une anecdote d’enfance bien singulière.

A l’âge de huit ans, elle rencontre un enfant avec un livre à la main, alors qu’elle n’avait jamais vu de livre auparavant, car les bibliothèques étaient inexistantes dans son village. Après avoir lu le livre, elle se rend compte très vite que ce n’était pas un objet, mais tout un univers. Il fallait absolument qu’elle lise et qu’elle trouve des livres à dévorer. Un seul endroit existait pour se procurer ce genre de lecture, c’était la mission catholique de son village, à Marwa.

Il n’était pas facile pour un enfant musulman d’accéder à un tel endroit. Elle a dû sauter par-dessus le mur pour entrer dans l’église. Pendant une année, elle a continué à faire le mur jusqu’au jour où son père prend connaissance de ses escapades. Croyant qu’elle allait être punie, son paternel lui demande simplement d’entrer à l’église désormais par la grande porte. «Cela, dit-elle, m’a montré à quel point j’avais de la chance d’avoir un père tolérant. Et c’est de là que m’est venue l’envie d’écrire et ma vocation d’écrivaine».

Adolescente, elle a dû faire face, comme toutes les filles de son âge, à divers problèmes, dont entre autres le mariage précoce. «J’ai eu une vie de femme. Je me suis mariée une première fois, puis une deuxième fois. J’ai été répudiée. On m’a traitée d’insoumise, de rebelle, de folle, bien évidemment, car je disais que je n’étais pas d’accord avec les violences conjugales, ni avec toutes les choses que mon mari me racontait sous prétexte que cela était écrit dans le Coran. Alors, je suis allée chercher dans le Coran et je n’ai rien trouvé. Quand on veut se battre contre quelque chose, on utilise les armes que nous possédons».

L’arme qu’elle avait en sa possession pour justement aider les femmes de sa communauté à s’en sortir était sa plume. En effet, elle voulait l’utiliser pour coucher sur le papier toutes les exactions commises à l’encontre des femmes. «Pour moi, la culture c’est aussi le moyen d’apporter quelque chose de bien et de sensibiliser les femmes et les jeunes filles par rapport au mariage forcé, à la violence conjugale, à l’école et aux discriminations.

Après que les gens ont compris le message, je pense qu’il faudrait chercher ensemble, dans toutes les ethnies, comment apporter des solutions à ces problèmes de femmes qui ne sont pas spécifiques à la société camerounaise». Auteure de deux romans, La mangeuse d’âme et Malaande, l’écrivaine camerounaise tient toutefois à indiquer que la cible dans ses écrits ce n’est pas spécifiquement les femmes qui ne sont pas instruites, mais l’Etat.

Un Etat qui est à même de faire beaucoup de choses pour changer la situation. «La littérature peut apporter en sensibilisant. Mon rôle n’est pas de juger, mais d’expliquer aux gens ce que les femmes ressentent, par exemple, quand elles vivent dans un milieu polygame. La polygamie, c’est comme l’homme politique. Utiliser pour mieux régner», lance-t-elle. Dans chacun de ses romans et de ses personnages,
«il y a un peu de soi», avoue-t-elle.

Ces récits sont inspirés du réel. Ce sont des expériences vécues par des femmes. A la question de savoir si la littérature doit être engagée, la romancière explique que le style littéraire ne se discute pas. «Tout dépend de la sensibilité de chacun et de son but dans la vie. La littérature ne doit pas être cloisonnée,  c’est un domaine artistique».


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