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Pour une loi organique portant mise en œuvre de l’officialisation de tamazight

10 décembre 2017 à 12 h 00 min

En ces moments d’incertitude, de confusion que vit notre pays, l’amendement portant prise en charge de la généralisation de l’enseignement de tamazight avec caractère obligatoire présenté par la députée Nadia Chouitem, lors de l’élaboration de la loi de finances 2018, constitue un acte politique important. C’est un amendement utile qui participe d’un combat politique indispensable.

Cet amendement, au-delà des aspects juridiques et réglementaires propres au fonctionnement de l’Assemblée nationale qui peuvent être soulevés ici et là, a pu replacer le débat autour de tamazight, permettant de mettre en évidence l’absence d’une politique gouvernementale, mais aussi l’exigence de la lutte pour y remédier. En effet, un processus d’officialisation inachevé est un processus raté. Une reconnaissance qui n’est pas mise en œuvre n’est pas une reconnaissance effective ! Un mouvement incapable de capitaliser ses acquis et de les approfondir est voué à la disparition.

Manque de volonté politique

La réponse légère, aberrante, condamnable de la commission des finances à l’amendement de Mme Chouitem nous renseigne suffisamment sur le manque de volonté politique du pouvoir quant à la promotion de tamazight, du moins ses composantes agissantes au niveau des pouvoirs exécutif et législatif.

L’absence de toute stratégie de soutien à la culture amazighe au niveau du ministère de la Culture, les 57 postes sur les 1000 ouverts au niveau de l’éducation nationale alloués à l’enseignement de tamazight en sont une illustration parfaite. A ce propos, il est clair que la réponse de la commission des finances est en parfaite harmonie avec le plan d’action présenté par M. Ouyahia, du moins concernant la question amazighe qu’il a réduit à la mise en place de l’académie, avec mission pour le HCA de généraliser son enseignement !

Avant de développer ce point, je souligne que si la commission des finances n’est pas habilitée à décider de la généralisation de l’enseignement de tamazight comme l’avancent certains spécialistes ici et là, elle n’est pas non plus compétente, de ce point de vue, à formuler une réponse dans laquelle elle omet le caractère officiel de la langue amazighe, en ne citant que son statut de langue nationale et en désignant insidieusement le HCA comme responsable de cette généralisation, comme inscrit dans le plan du gouvernement.

Tamazight est langue officielle depuis 2016, elle n’est pas seulement langue nationale comme l’avaient écrit les parlementaires et les technocrates siégeant à la commission. C’est là une omission sournoise, grave. Venant de parlementaires confectionneurs de lois de la République, l’erreur devient une faute politique avérée, qui n’est autre que la violation de la Constitution dans son article 4.

Parlons maintenant du HCA et de son rôle. Il est admis que cette institution ne peut en aucun cas être désignée comme responsable de la généralisation de tamazight, ni dans l’enseignement, ni dans la communication, ni dans l’administration ou autres secteurs. Elle peut aider, elle peut initier des actions de soutien, sans plus. Cette institution, qui fonctionne depuis la mort de Mohand Ouyidir Aït Amrane, le 30 octobre 2004, sans président, et dont toutes les commissions sont dissoutes, n’a pas de prérogatives exécutives.

Malgré la bonne volonté qui peut paraître chez sa composante administrative, elle ne peut pas exiger de Mme Benghabrit, ministre de l’Education nationale, de généraliser l’enseignement de tamazight ! Elle peut faire des recommandations dans ce sens, mais elle n’a aucun pouvoir de remédiations, de sanctions en cas de refus, de négligences ou autres obstructions.

Pour une loi organique portant mise en œuvre de l’officialisation de Tamazight

Ce sont les aspects les plus essentiels qu’il faut retenir, à mon avis, pour pouvoir continuer à mener notre combat pour tamazight et la démocratie. C’est l’absence de la loi organique portant mise en œuvre de la reconnaissance constitutionnelle de tamazight comme langue officielle qu’il faut soulever à l’occasion de ce débat qui s’installe.

C’est l’absence d’une loi portant généralisation de l’enseignement de tamazight qu’il faut désigner du doigt. C’est l’abrogation de la loi portant organisation et fonctionnement de l’APN qui impose la seule langue arabe qu’il faut réclamer afin de pouvoir mettre en place un système de traduction simultanée qui permettra l’exercice des deux langues officielles à l’Assemblée.

Ce sont toutes les lois, tous les décrets qui font obstacle à tamazight qu’il faut reformuler ou abroger.
A ce sujet, l’éthique politique nous impose de distinguer entre l’amendement introduit par Mme Chouitem et la loi portant généralisation de l’enseignement de tamazight qui n’a jamais été déposée devant le bureau de l’APN par aucun des partis politiques qui y siègent.

La distinction est plus qu’impérative. Elle relève non seulement du devoir de vérité, mais aussi et surtout du devoir de pédagogie.
Un débat enclenché sur la base de fausses informations, de confusions, du mauvais usage des concepts, de manipulations des mots est voué à l’échec. L’ethnique politique, la morale militante, la noblesse de notre combat ne nous permettent pas de tricher avec la population, de mentir devant le peuple, de déformer la formation politique de nos étudiants et de notre jeunesse.

C’est cette mauvaise communication qui a provoqué des questions telles que : c’est vrai qu’ils veulent supprimer l’enseignement de tamazight ? qu’on retrouve malheureusement chez les étudiants, les enseignants et les citoyens ! C’est le silence des partis politiques, leur non-communication qui ont laissé les manipulateurs de tous les bords se donner à cœur joie à leur métier préféré.

Face à cette situation, notre devoir est de faire en sorte que tamazight gagne et avance avec chaque événement, au lieu de servir des desseins inavoués et de perdre en crédit. Il faut être à la hauteur de sécuriser le combat pour tamazight, pour la démocratie, dans ce moment politique très trouble. Les meilleures armes pour le faire sont bien le libre débat et la vérité dans le propos. Aussi, les considérations tactiques, qui relèguent souvent le stratégique au second plan, ne doivent plus faire obstacle à notre sens de lucidité, de devoir et d’engagement. Ceux-ci doivent guider notre analyse, notre approche et notre démarche.

Mise en place d’une architecture juridique et réglementaire

Conscient que la lutte pour tamazight doit se faire dans la sérénité, la responsabilité et la rigueur, je fais appel à Mme Nadia Chouitem et au Parti des travailleurs, initiateur de l’amendement, pour se pencher sur la rédaction de la loi organique portant mise en œuvre de la reconnaissance constitutionnelle de tamazight comme langue officielle, tel que le stipule l’article 4 de la Constitution.

Cette sollicitation concerne aussi bien les partis qui siègent à l’Assemblée nationale que les partis en dehors de l’Assemblée, mais aussi toutes les institutions habilitées à saisir le bureau de l’APN. A cet effet, la loi sur la généralisation de l’enseignement de la langue tamazight, les décrets exécutifs doivent constituer l’architecture juridique qui offrira à tamazight les outils et les moyens pour son développement. Ici et maintenant, il s’agit d’opter pour une démarche globale, politique qui permettra la construction d’une pluralité véritable, dans le cadre d’un Etat de droit qui garantira l’équité entre toutes et tous les Algériens.

Avant de conclure cette contribution au débat, je tiens à saluer les actions pacifiques et colorées des lycéennes et lycéens, des étudiantes et étudiants qui expriment un attachement indéfectible à leur langue qu’ils doivent apprendre, travailler et développer sans arrêt. Dans ce sens, il est clair que la création des modules de tamazight dans les départements arabe, français, anglais, sociologie et autres — qui est une prérogative interne à chaque université — sera un pas dans la prise en charge sociétale et institutionnelle de notre langue. En effet, laisser la situation telle quelle, se suffire des actions de rue, des polémiques virtuelles, c’est empêcher en tant qu’enseignants, étudiants, cadres de l’université la généralisation progressive de tamazight qui est à la portée.

Il ne faut pas se mentir ni cacher le soleil avec un tamis : si l’Etat a la plus grande responsabilité, la société n’est pas sans devoir dans ce processus de revalorisation de tamazight. Son rôle est primordial, qu’il soit à la maison, dans la rue, au marché, dans le commerce, à l’usine, dans les stades et autres.

Plus que jamais, notre devoir est de sortir de la réaction et du conditionnement qui nous ont coûté trop cher par le passé et de regarder l’horizon avec sérénité. Il est plus qu’urgent de réapprendre à faire de la politique sur des bases saines, de tracer les stratégies de lutte, de mener des actions utiles sans tomber dans le nihilisme et l’approximation qui dominent le champ public. Agir ou lieu de réagir. Choisir son terrain et ses instruments au lieu de se laisser entraîner sur des champs minés.

Marcher pour signifier son mécontentement, son attachement à sa langue après le rejet de l’amendement de Mme Chouitem est une chose, mais persister à fermer l’université, comme c’est le cas pour le département amazigh de Batna, en s’engouffrant dans une grève illimitée, est une autre chose, d’autant plus qu’au bout aucune revendication claire et précise n’est formulée.

L’Université algérienne, bastion traditionnel des luttes citoyennes, doit être ouverte pour le débat, pour la production des idées, pour la promotion des thèses démocratiques, au lieu d’être cadenassée comme un vulgaire hangar. Elle doit participer à la mise en place d’une feuille de route militante ambitieuse à sa conduite éclairée et clairvoyante. Pour conclure, je dirais que la réhabilitation de tamazight est indissociable de la réhabilitation de l’intelligence, de la lucidité, du courage et de la persévérance, car seule la lutte répondant à une stratégie bien menée paie !                  


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