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Ahmed Cherchari, guillotiné à Lyon

03 avril 2012 à 10 h 00 min

Les condamnés à mort sont les oubliés de la glorieuse révolution algérienne. Il faut corriger le déni. Voilà à quoi s’emploie l’association nationale des anciens condamnés à mort drivée par Mustapha Boudina. C’est foncièrement la mission qu’il s’assigne, déclare-t-il au cours de la conférence publique organisée la semaine dernière au TRB, à la mémoire du chahid Ahmed Cherchari, conjointement par l’association Ait Amar Ouali et l’éditeur Brahim Tazaghart.
Pour ce dernier, qui a ouvert les débats, il est temps de parler des cadres intermédiaires de la révolution, sans lesquels les héros du sommet ne seraient pas. Pour le responsable de Tira Editions, il est temps de témoigner, car d’ici dix ans la tendance est à la disparition des derniers témoins, tous d’un âge avancé. Sinon il ne restera pour l’écriture de l’histoire que la difficile exploitation des archives.

L’appel de cet ancien militant du MCB et écrivain est aussi, «quand on voit la situation qui prévaut actuellement», à l’adresse des jeunes  générations, pour construire le présent, interrogées par le sacrifice qu’ont consenti ces jeunes héros au péril de leur vie. Ahmed Cherchari n’avait que 30 ans lorsque lui et son compagnon d’armes, Mouloud Ait Rabah, furent exécutés le 23 février 1960 dans la sinistre prison de Fort Montluc.

C’est avec une émotion perceptible dans le registre de la voix de Mustapha Boudina que sera retracé succinctement le parcours de Cherchari. Originaire du village Izeghrane, du douar Aït Amar Ouali, ce dernier émigre en 1953 à Lyon et intègre aussitôt l’OS. Alors que son frère Tahar rejoindra l’ALN et tombera au champ d’honneur en 1959. Ahmed Cherchari, homme élégant et lettré était animé d’un patriotisme sans faille. Son allure d’acteur hollywoodien et sa passion de la lecture des grands quotidiens ne laissaient pas, de visu, transparaître son implication dans le front ouvert en France en août 1958, qui a injecté dans l’assaut 1500 fidayis. 657 actions sont alors enregistrées sur le territoire français dont la plus spectaculaire est celle accomplie contre la raffinerie de Marseille. L’ampleur et la multiplication des opérations à l’intérieur même du territoire de l’occupant dissuadaient De Gaulle de l’envoi des 260 000 soldats qu’il avait envisagés pour accentuer l’étau sur les troupes de l’ALN.

La France vit désormais sur son territoire un véritable climat de guerre. Le couvre-feu est instauré. Surveillance de tout celui qui présente un faciès maghrébin, torture et chasse à l’homme sont le quotidien de tout suspect. Et c’est après une action perpétrée à Lyon en septembre 1959 par sa cellule que Ahmed Cherchari est pris. La surveillance par la DST du café el Maghreb, un des QG de la wilaya VII, s’est soldée par son arrestation.

Posture digne

Boudina relate que le jour de l’exécution, Ahmed Cherchari et Mouloud Ait Rabah «étaient déjà sur leurs gardes, attendant derrière la porte les gardiens. Des voix s’élèvent des cellules. Allah ou Akbar ! Allah ou Akbar Les deux frères répondent à leur tour : adieu frères, saluez nos familles et l’Algérie indépendante. L’un des gardiens avait rapporté aux prisonniers que, devant la sinistre machine de mort, les deux valeureux combattants se donnent l’accolade et dans une posture digne, Ait Rabah prononce ces mots à l’adresse de son compagnon, en français pour que l’assistance puisse en saisir toute la signification : Je te dis adieu pour de vrai puisqu’on va se revoir au paradis, dès qu’on aura terminé avec ces criminels qui se sont donné rendez vous en enfer».

Ahmed Cherchari rejoint à l’aube de ce 23 février 1960 son frère aîné Tahar mort dans un maquis de la wilaya III et laisse une veuve et une petite fille orpheline. Triste destin, son père ne savourera pas longtemps le fruit du sacrifice de ses deux fils, l’indépendance du pays, il décède à son tour en 1963. Il reste toujours de graver dans l’histoire du pays tout le sacrifice consenti.
Mustapha Boudina, dans les débats qui ont suivi son allocution, se dit pour l’écriture de l’histoire avec «tout ce qu’elle comporte de positif et de négatif».

 


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