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Hommage à Albert Memmi

20 octobre 2005 à 0 h 00 min

Profondément attaché à la Tunisie de son enfance et de son adolescence, ce Tunisois éternel, comme il aime à se définir, est resté culturellement maghrébin et manie parfaitement le dialecte de son pays. Pris entre trois mondes et trois cultures (la juive, l’arabe et la française), Albert Memmi a traduit sa propre expérience d’une «conscience douloureuse» dans des essais qui s’apparentent à des études sociologiques : Portrait d’un colonisé (1956), Portrait du colonisateur (1957), Portrait d’un juif (1964), Juifs et Arabes (1974).
Dans ces essais, il exprime la difficulté d’être «indigène dans un pays de colonisation, juif dans un univers antisémite et Africain dans un monde où triomphe l’homme européen et donc l’homme blanc».
Mais c’est dans son œuvre romanesque que s’exprime le sentiment douloureux de l’homme rejeté par tous les autres hommes ; d’autant plus qu’humaniste invétéré, Albert Memmi aime les hommes quelles que soient leur race, leur peau ou leur origine.
Dans la Statue de sel paru en 1953, il dit cette douleur d’être juif, tunisien et très pauvre. Livre écrit dans un style superbe et construit avec beaucoup de rigueur et de complexité, il est d’une facture moderne qui n’a pas été mise en exergue à l’époque de sa parution. Car Albert Memmi est un styliste que les universités maghrébines ont le plus souvent marginalisé. Par préjugé ? Par ignorance ? Par indifférence ?
Le même déchirement s’exprime dans son deuxième roman Agar, paru en 1955, dont le titre suffit à lui-même pour exprimer l’injustice faite à la femme et la remise en cause de la vision religieuse et monothéiste, pour lui restituer une vision humanitaire et humaniste. Lui qui a toujours soutenu la cause palestinienne et refusé le sionisme en tant qu’idéologie de l’exclusion.
Ce qui ne l’a pas empêché, par ailleurs, de critiquer le fanatisme et le racisme musulmans envers les juifs maghrébins, vivant dans leurs ghettos et subissant parfois (mais très rarement) des pogromes ignobles.
Albert Memmi a toujours été à côté du faible. Que ce soit l’arabe colonisé, le juif en but au racisme, le nègre lynché par les «blancs blêmes», comme les appelait Jean-Paul Sartre.
«Essayant de vivre sa particularité en la dépassant vers l’universel», comme l’écrit Jean-Paul Sartre dans la préface du Portrait du colonisé, Albert Memmi cerne en outre «le drame linguistique» que connaît la littérature maghrébine : «La littérature colonisée de langue européenne semble condamnée à mourir jeune.» Mais il réaffirme quand même «les pouvoirs de l’écriture» dans Terre intérieure (1976).
Albert Memmi a essayé, à travers sa propre histoire multidimentionnelle, de comprendre ce que veut dire être juif, être arabe, être nègre, être femme, être colonisé, être colonisateur, être victime, etc. Il dira à un journaliste : «A travers mon destin de juif, j’ai raconté le destin commun de tous les malheurs et de toutes les injustices dont l’homme est victime.»
Epris de justice, résolu à dénoncer les iniquités et les préjugés où qu’ils se trouvent, il parcourt tous les malheurs
(et parfois les bonheurs de l’homme).
Avec cet immense écrivain qui n’a pas eu la place qu’il mérite dans la littérature maghrébine, rien n’est laissé dans l’ombre.
Y compris le bonheur de l’écriture….


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