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Une date en quête de reconnaissance officielle

12 janvier 2011 à 3 h 00 min

Cette date symbolique demeure frappée d’ostracisme par le pouvoir politique. En dépit des propositions formulées par le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), le Mouvement culturel berbère (MCB) et le mouvement associatif, le jour de l’an amazigh n’est toujours pas «admis» sur le plan légal. Sa consécration comme journée fériée, chômée et payée, à l’instar des calendriers julien et hégirien, n’est pas pour demain.


«Chaque année, nous renouvelons le même appel en direction des décideurs pour qu’ils franchissent ce cap. Au HCA, nous avons toujours réclamé l’inscription de Yennayer comme fête nationale dans le calendrier. Il y a une ordonnance pour l’inscription du 12 janvier dans la nomenclature des dates officielles, mais ce texte n’est pas encore amendé», nous a déclaré Assad Si El Hachemi, directeur de la promotion de la culture au HCA. Pour Abdennour Abdesslam, militant de la cause amazigh, journaliste et écrivain, «Yennayer est une revendication de toute la société berbère, soutenue par le HCA et le milieu associatif ainsi que les personnalités du monde de la culture». Il ajoute : «Il est impératif que l’Etat algérien reconnaisse et décrète le 12 janvier comme étant une fête nationale, auquel cas ce serait un renoncement à un haut fait de l’histoire de notre pays.»


Younès Adli, écrivain, titulaire d’un doctorat en langues, littérature et société obtenu à l’Inalco de Paris, abonde dans le même sens : «Yennayer doit être reconnu comme fête nationale. C’est le premier calendrier de l’Afrique du Nord, aussi vieux que la  civilisation égyptienne. Je pense qu’il est temps que le nouvel an berbère soit reconnu officiellement, car il renvoie à l’histoire authentique non seulement de l’Algérie, mais de l’Afrique du Nord toute entière. On ne peut pas ignorer Yennayer, d’autant plus que cette date est célébrée aux quatre coins du pays, beaucoup plus en Kabylie.» Selon lui, «la reconnaissance de cette date dans le calendrier officiel a déjà été réclamée par le Mouvement culturel berbère dans les années 1980». Plusieurs voix se sont élevées, ici et là, demandant la reconnaissance sur le plan officiel de Yennayer. «Yennayer est un jour de congé, même s’il n’est pas reconnu comme tel par les autorités du pays. Il faut un texte réglementaire pour décréter le premier  jour de l’an berbère comme fête nationale», affirme le président d’une association culturelle activant au chef-lieu de wilaya.


Notons que la capitale du M’zab, Ghardaïa, a été choisie par le HCA pour abriter, du 10 au 12 janvier, les festivités de la célébration du nouvel an amazigh Yennayer 2061, nous a annoncé Assad Si El Hachemi, chargé du département culturel au HCA : «Ce choix est dicté par le fait qu’il existe toujours à Ghardaïa, qui a une histoire millénaire, une tradition vivace de la célébration de l’an amazigh.» Le HCA organise annuellement une célébration «itinérante» de Yennayer à travers les régions du pays, «afin de réhabiliter l’amazighité de l’Algérie, son identité, sa culture et sa langue», a-t-il ajouté. Cette célébration, à Ghardaïa, s’articule autour d’un programme riche et varié concocté par le HCA, en collaboration avec la wilaya, « pour que Yennayer devienne un symbole de retrouvailles entre Algériens», a-t-il estimé.


Un calendrier symbolique


««Adfghen ibarkan, ad kecmen imellalen». Par cet adage est annoncé le premier jour de l’an, «ixef useggwas» ou Yennayer dans certains villages de Kabylie», écrit Malha Benbrahim, historienne spécialiste de l’oralité, dans une contribution. Selon elle, ce moment marque la séparation entre deux cycles solaires, le passage des journées courtes, «noires», aux journées longues, «blanches». Yennayer est fêté dans la quasi-totalité des régions du nord de l’Afrique. Elle ajoute : «Dans son livre La Femme chaouia de l’Aurès, Mathéa Gaudry, citant E. Masqueray, rappelle que Yennayer est appelé «ass n’Feraoun» (le jour du pharaon).

Selon la légende, «les Chaouis fêtaient ce jour-là la mort du pharaon tombé dans la mer». Cette évocation populaire, qui se nourrirait de la victoire des Libyens sur l’Egypte et de l’installation du roi Chechonq 1er au sommet de la 22e dynastie pharaonique, en 950 av. J.-C.» «D’ailleurs en 1968, l’Académie berbère, une association berbériste fondée en 1966 par Mohand Arab Bessaoud à Paris, porta son choix sur cette date qui devint le point de départ de l’actuel calendrier berbère. Inscrit dans le mouvement de la revendication identitaire berbère du XXe siècle, l’usage de ce calendrier reste empreint d’une valeur fortement symbolique et permet aux Imazighen de passer du temps cyclique de la tradition et du vécu à un temps linéaire, historique», conclut-elle.
 


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